Alexandre Benalla a été soudainement incarcéré mardi soir, pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire. Une mise en détention qui survient alors que la commission des Lois du Sénat présente justement ce mercredi son rapport d'enquête sur l'affaire provoquée par l’ancien chargé de mission de l’Elysée.

Alexandre Benalla arrive au Palais de Justice de Paris avec son avocate Audrey Gadot, le 19 février 2019.
Alexandre Benalla arrive au Palais de Justice de Paris avec son avocate Audrey Gadot, le 19 février 2019. © AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT

C'est au terme d’une convocation par les juges qu'Alexandre Benalla a rejoint sa cellule mardi soir : ils ont décidé de révoquer son contrôle judiciaire mis en place cet été au moment de sa mise en examen (dans l'enquête sur les violences du 1er mai 2018 à Paris ), estimant que l'ex-chargé de mission de l'Élysée ne l’avait pas respecté, pas plus que son complice Vincent Crase, lui aussi envoyé en prison au même moment. L'avocate de Benalla dénonce, elle, une justice sous pression et une décision profondément injuste : elle a décidé de faire appel, et demande une audience de référé-liberté dès cette semaine.

En attendant, Alexandre Benalla se retrouve à la prison parisienne de la Santé, dans le quartier des "personnes vulnérables", selon le terme choisi par l’administration pénitentiaire.  Son incarcération a été décidée par une juge des libertés et de la détention. Une juge unique, qui a suivi les réquisitions prises par le parquet, réquisitions également approuvées hier, par les trois juges d’instruction chargés de l’enquête. Car, en juillet dernier, ces magistrats instructeurs avaient clairement interdit à Alexandre Benalla de rencontrer son acolyte Vincent Crase, tous deux étant mis en examen pour les mêmes faits de violence sur des manifestants du premier mai. 

Or, les enregistrements clandestins diffusés ces dernières semaines par Mediapart semblent bien prouver que les deux comparses se sont vus, et concertés, sans respecter leur contrôle judiciaire. Les voilà donc sanctionnés, chacun dans une cellule de prison, pour une détention provisoire qui ne durera peut-être que peu de temps, puisque leurs avocats demandent leur remise en liberté.

Rapport d'enquête sur l'affaire ce mercredi

L'incarcération survient alors que la commission des Lois du Sénat présente justement ce mercredi son rapport d'enquête sur l'affaire Benalla. Au Sénat, la commission des Lois se réunit sous la présidence de Philippe Bas (LR) pour prendre connaissance du rapport de Jean-Pierre Sueur (PS) et Muriel Jourda (LR) et de ses conclusions, soigneusement tenues secrètes. 

Les déclarations du président Bas comme des rapporteurs ces derniers mois ne laissent cependant guère place au doute. Le rapport ne pourra qu'être "sévère"sur les dysfonctionnements dans les services de l'Etat qui ont pu émailler cette affaire. Ce n'est qu'une fois approuvées par la commission que les conclusions seront rendues publiques. 

Selon des sources proches de la commission, Philippe Bas devrait également soumettre à ses membres une lettre adressée au président du Sénat Gérard Larcher, tirant "les conséquences éventuelles" en termes judiciaires. Les personnes qu'a auditionnées la commission d'enquête depuis fin juillet - plus d'une vingtaine - ont en effet prêté serment et sont donc passibles de cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende en cas de faux témoignage. La décision finale de saisir ou non la justice reviendra au Bureau du Sénat. 

Dernier volet, le rapport devrait formuler "13 propositions" pour permettre "l'amélioration des conditions" dans lesquelles est effectuée la protection des chefs de l'Etat et hautes personnalités. 

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