Le procès d'Alexandre Benalla et trois autres prévenus s'est ouvert ce lundi devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Cette première journée d'audience a notamment été consacrée au parcours du principal prévenu et à l'affaire "du selfie".

Alexandre Benalla est jugé pendant trois semaines devant le tribunal correctionnel de Paris.
Alexandre Benalla est jugé pendant trois semaines devant le tribunal correctionnel de Paris. © AFP / Thomas Coex

Alexandre Benalla a trente ans et déjà mille vies. Autour d'un fil conducteur : la sécurité. L'ancien chargé de mission de l'Élysée a été interrogé pendant près de trois heures, ce lundi, par la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez. Lors de la première journée de son procès, qui doit durer trois semaines, se dessine un milieu dans lequel tout est question de réseaux et de carnet d'adresses. Le jeune homme, qui a vécu sa première expérience dans le milieu de la sécurité à seulement 16 ans, au festival du film de Cabourg, détaille son parcours calmement, distinctement, le dos droit, dans son costume bleu foncé, cravate bordeaux.

"Je vais vous demander des noms"

Il cite des noms. Beaucoup. La présidente l'a averti : "Je veux des noms ! Tout au long de l'audience, je vais vous demander des noms." Celui de Richard Lizurey, ancien directeur général de la gendarmerie, qui lui a proposé de devenir lieutenant-colonel réserviste. Celui d'Ismaël Emelien, ancien conseiller d'Emmanuel Macron. Celui de Jean-Marc Mormeck, champion de boxe, qui l'a fait venir à son cabinet de la délégation interministérielle pour l'Égalité des chances des Français d'Outre-mer. Et, bien sûr, celui d'Emmanuel Macron, dont il a assuré une partie de la sécurité jusqu'à son licenciement en juillet 2018.

Sollicité, d'abord, pour entrer au service de sécurité du Parti socialiste, Alexandre Benalla s'est occupé de la sûreté de la campagne de François Hollande, en 2012. "Une aventure humaine", dit-il, qui l'incite à abandonner, en 2016, un poste à l'Office européen des brevets, pour renouveler l'expérience et suivre la campagne du candidat Macron, à titre bénévole dans un premier temps. Durant cet échange, Isabelle Prévost-Desprez semble suivre un fil dont elle seule connaît le sens et l'objectif, passant de la jeunesse du prévenu aux perquisitions, avant de revenir à sa fonction de réserviste de la gendarmerie. 

Mais peu importe la chronologie, Alexandre Benalla a réponse à tout : le coffre-fort contenant des armes qui a disparu ? Trop peur qu'elles tombent entre les mains de quelqu'un de mal intentionné, après que son adresse a été rendue publique. Une telle attitude alors qu'il envisageait de devenir commissaire de police ? "Je n'ai pas eu de comportement provocateur ou hostile à la manifestation de la vérité." Et, lorsqu'il n'a pas de réponse, il pointe le rôle des médias, dont il estime qu'une partie a publié de fausses informations. Jusqu'à ce que la présidente lui rappelle qu'elle ne juge pas sur la base d'articles de presse. 

Une première journée consacrée au selfie

L'audience doit durer trois semaines, et si l'"affaire Benalla" a éclaté par la vidéo de la place de la Contrescarpe, la juge, elle, a décidé de commencer par ce selfie dans lequel Alexandre Benalla tient une arme pointée vers la tête d'une employée d'un restaurant de Poitiers. 

L'agent de sécurité n'avait pas d'autorisation de port d'arme hors des locaux d'En Marche. Le cliché a été pris après un meeting du mouvement, en avril 2017. "C'était une erreur, nous étions fatigués, je ne me souvenais même pas de cette photo", juge Alexandre Benalla, devant l'image projetée sur un grand écran de la salle d'audience. Mais il l'assure : l'arme est une fausse. 

La présidente insiste : "Justement un Glock factice alors que vous détenez des Glock…" Rien d'étonnant, estime le prévenu, l'arme étant la plus connue au monde, elle serait également la plus répliquée. Il insiste : en prenant l'avion, impossible de se rendre à Poitiers avec une arme. "La force de l'image est plus importante que la réalité des faits. Comme pour les images du 1er-Mai", lance-t-il. Ces faits, pour lesquels il encourt trois ans de prison, seront abordés la semaine du 20 septembre. Mais c'est bien pour ce port d'arme qu'il risque la plus lourde peine : jusqu'à sept ans de détention.