De Grigny à Fleury-Merogis

Amedy Coulibaly ressemblerait à un mouton. C’est en tout cas ce que pensaient ses codétenus de Fleury-Merogis. Son surnom était tout trouvé : Doly, en référence à la brebis clônée. De là à poursuivre le parallèle avec la douceur d’un agneau, il n’y a certes qu’un pas, mais le parcours d’Amedy Coulibaly le rend infranchissable.

Pourtant, l’enfance d’Amedy Coulibaly, septième et seul garçon d’une fratrie de dix, a plutôt été celle d’une famille sans histoire. Né le 27 février 1982 à Juvisy-sur-Orge, dans l’Essonne, il grandit à Grigny, dans la cité de la Grande-Borne. Là, avec son meilleur et “seul ami”, il multiplie les petits délits. C’est d’ailleurs au cours d’un cambriolage qu’Ali Rezgui meurt, sous ses yeux, d’une balle dans le ventre, tirée par les forces de l’ordre. L’événement est particulièrement traumatisant pour Amedy Coulibaly.

Rencontres en prison

Lui, décroche un BEP d’installateur en conseil audiovisuel électronique entre des périodes d’incarcération, tout en poursuivant sa carrière de petit délinquant. Le 26 avril 2006, il est incarcéré à Fleury-Merogis pour transport non-autorisé de stupéfiant. Autre tournant de sa vie. Car c’est là, dans la maison d’arrêt de l’Essonne qu’Amedy Coulibaly va rencontrer ses nouveaux amis. Cherif Kouachi, mais aussi Djamel Beghal qui, bien qu’à l’isolement, occupe la cellule juste au-dessus de la sienne et avec qui il peut donc communiquer aisément.

Choqué par ses conditions de détentions, agacé par l”image très éloignée de la réalité selon lui qui transparaît dans les médias, il fait entrer deux mini caméras lors des parloirs. Avec quatre autres détenus, il filme ses conditions de détention. Pendant des mois. A sa libération, en juin 2007, il contacte des journalistes pour diffuser ses images. Au Monde, il explique :

La prison, c’est la putain de meilleur école de la criminalité (...) comment voulez-vous apprendre la justice avec l’injustice?

Finalement, c’est à France 2 qu’il vend ses vidéos. Elles seront diffusées dans Envoyé spécial.

Du rap aux chants coraniques

Deux ans après, le 9 mars 2009, Amedy Coulibaly est incarcéré à Villejuif pour vols en réunion, en l’occurrence une banque à Orléans. Il bénéficie d’un régime de semi-liberté et travaille alors pour Coca-Cola, en horaires décalés. Il revoit aussi ses amis de Grigny où ceux rencontré en prison. L’un deux a qui il prête régulièrement sa voiture observe du jour au lendemain :finies les collections de CD de rap, place aux chants coraniques dans le poste radio . A la même époque, Amedy Coulibaly qui a rencontré une jolie brune de six ans sa cadette par des amis communs. Il épouse religieusement Hayat Boumedienne le 4 juillet 2009 et emménage avec elle à Bagneux. Peu de temps avant, Hayat avait commencé à porter le voile intégrale, renonçant de facto à son emploi de caissière.

Toutefois, le jeune couple mène une vie plutôt banale. Presque banale. Si l'on exclut les voyages réguliers dans le Cantal. Là, à Murat, le jeune couple retrouve Djamel Beghal. L’ancien membre du GIA y est assigné à résidence depuis sa sortie de détention. Alors c’est Amedy Coulibaly qui vient à lui. Là, sous couvert de promenades en forêt, l’ancien caïd poursuit sa radicalisation. Le 18 mai 2010, il est à nouveau interpellé. Dans la rue, à grands renforts de forces de l’ordre. Pour cause : il est soupçonné de préparer, avec Djamel Beghal et Cherif Kouachi, l’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, incarcéré après les attentats de 1995 à Paris. Condamné à cinq ans de prison, il passe à Villepinte, puis Nanterre avant d’être libéré en mai 2014. La suite ressemble fort à la préparation des attentats de janvier 2015.

Dans les pas des frères Kouachi

Tout d’abord, Amedy Coulibaly a besoin d’argent. Alors il fait le tour de ses connaissances, insiste pour récupérer les prêts qu’il a octroyé dans le passé. Les choses s’accélèrent début janvier. Amedy Coulibaly explique qu’il a besoin de liquidités. Puis, quelques heures après les attentats de Charlie Hebdo, il discute par SMS avec un numéro étranger. Dans les messages qui lui sont adressés, on peut lire :

Fais ce que tu as à faire aujourd’hui. Tu planques.

Amedy Coulibaly répond :

J’ai un fusil d’assaut avec 275 cartouches.

Le lendemain, le terroriste enregistre les extraits vidéos de la revendication qui sera mise en ligne après sa mort. Le 9 janvier, il est 13h10 quand il entre dans le magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Il abat quatre personnes, prend en otage plusieurs clients et leur lance :

Vous leur direz bien qu’ils arrêtent, qu’ils arrêtent d’attaquer l’Etat islamique, qu’ils arrêtent de dévoiler nos femmes, qu’ils arrêtent de mettre nos frères en prison pour rien du tout.

Il s’écarte ensuite pour faire sa prière. Le Raid en profite pour lancer l’assaut et le tue.

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