L'auteur de l'attaque contre la mosquée de Bayonne qui a fait deux blessés graves, lundi, est en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour "tentative d'assassinats". Ancien candidat local du Front National, décrit par des témoins comme "agressif", Claude Sinké, 84 ans, n'était pas connu des services de police.

Policiers devant la mosquée de Bayonne, qu'un suspect de 84 ans a tenté d'incendier avant de tirer sur deux personnes présentes sur les lieux (28 octobre 2019)
Policiers devant la mosquée de Bayonne, qu'un suspect de 84 ans a tenté d'incendier avant de tirer sur deux personnes présentes sur les lieux (28 octobre 2019) © AFP / GAIZKA IROZ

La garde à vue de Claude Sinké, arrêté lundi après qu'il ait blessé deux hommes devant la mosquée de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), se poursuit. Domicilié à Saint-Martin-de-Seignanx, dans les Landes, l'homme, un retraité de 84 ans, a reconnu être l'auteur des tirs. Lors de son interpellation devant son domicile, il avait "une arme de poing avec lui", un pistolet Smith & Wesson selon les informations de France Bleu Gascogne. L'homme habite une villa, dans un quartier résidentiel. Sur sa boîte aux lettres est inscrit : "Claude Sinké, sculpteur et écrivain".

Lors de la perquisition menée chez lui, les enquêteurs ont aussi trouvé trois armes déclarées, ainsi que des grenades d’exercice qui contiennent une faible dose d’explosif qui éjecte du plâtre lors de la mise à feu. À ce stade, le parquet national antiterroriste (PNAT) ne s'est pas saisi de l'enquête, qui reste donc dirigée par le procureur de Bayonne. Sollicité, le PNAT a toutefois indiqué rester "en lien" avec le parquet de Bayonne. Le profil du tireur se précise : celui d'un homme aux propos souvent agressifs, voire haineux, envers les étrangers et les musulmans. Lors d'un point de presse, Marc Mariée, le procureur a précisé que Claude Sinké était "examiné par un psychiatre afin d'être éclairé sur sa responsabilité pénale". L'octogénaire assure avoir voulu "venger la destruction de la cathédrale de Paris" qu'il attribue aux musulmans, a dit le procureur. Il a en revanche "contesté avoir eu la volonté de tuer quiconque, précisant qu'il avait pris soin de repérer à de nombreuses reprises la mosquée afin d'être certain d'intervenir qu'à un moment où elle était très peu occupée". 

Un suspect "haineux vis-à-vis de beaucoup de gens"

Claude Sinké, amateur de tir sportif, est un ancien candidat du Front national aux élections départementales de 2015. L'ancien maire de sa commune, Lionel Causse, l'avait affronté à l'époque. Il dépeint un homme "agressif" "qui passait son temps à menacer les gens et à être régulièrement colérique lorsqu'on le rencontrait". Selon l'élu, interrogé par franceinfo, "dès que quelque chose n'allait pas dans le sens de ce qu'il voulait, il pouvait être tout de suite agressif. Même moi en tant que maire, il me menaçait régulièrement de porter plainte, il m'écrivait des courriers pour dire qu'il allait déposer plainte contre le président de la République de l'époque".   

Lionel Causse, actuellement député LREM des Landes, se souvient d'avoir eu "des échanges très sévères avec lui" et qu'il venait à ses réunions publiques "pour essayer de foutre le bordel, comme on dit". Claude Sinké était "haineux vis à vis des musulmans, vis à vis de beaucoup de gens", affirme le député. "C'est quelqu'un qui ne faisait pas la différence entre les musulmans qui ont toute leur place dans une société, et les terroristes. Donc, c'était quelqu'un qui était complètement dans l'amalgame de tout ceci".

Un vieux monsieur "un peu malade"

Le propriétaire de la villa qu'habite Claude Sinké décrit un vieux monsieur, "un peu malade, un original", qui tenait des propos racistes, attitude confirmée par d'autres témoins interrogés par Paul Ferrier de France Bleu Gascogne. "Il en voulait à la terre entière", confirme le buraliste de son quartier. Une voisine évoque un homme aux propos violents, "un extrémiste de droite", quand un autre voisin se souvient du vieil homme perturbant la cérémonie organisée en mémoire des victimes de Charlie Hebdo. La maire de la ville aussi se souvient de cet épisode : "Lors de la cérémonie pour Charlie, ce monsieur a semé le trouble et a été sorti de la foule". Son adjoint confirme le tempérament de cet "homme en colère": "De là à passer à l'acte, on ne s'y attendait pas."

Fan d'Eric Zemmour

Un temps président de l’association les Amis des arts bayonnais, sculpteur qualifié "d'inclassable" par le journal Sud-Ouest, et écrivain auto-édité, Claude Sinké se présente sur les réseaux sociaux comme retraité de l'Éducation nationale. En octobre 2014, il avait posté un message sur la page Facebook du "blog de ceux qui aiment Éric Zemmour", suite au passage du polémiste dans l'émission de Laurent Ruquier sur France 2. 

Un texte confus, dans lequel Claude Sinké apporte son soutien à Éric Zemmour, en lui donnant ce conseil : "Bien cher Éric, chez Ruquier, vous auriez été plus cinglant, en disant simplement, que nous étions en guerre contre les islamistes", avant de pointer l'absence "d'intégration" des musulmans, entre deux références obscures au Kosovo et à la "misère humaine des coptes". 

Une attaque condamnée avec fermeté

La ville de Bayonne prête une salle municipale (la salle Albizia) durant deux jours aux fidèles musulmans, le temps que les enquêteurs achèvent leur travail dans la mosquée, selon France Bleu Pays Basque. Le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, s'est déplacé lundi soir à Bayonne, tandis qu'Emmanuel Macron a condamné "avec fermeté" cette "attaque odieuse", à l'encontre de la communauté musulmane.

Vers 15h20 lundi, le suspect avait tenté d’incendier la porte de la mosquée de Bayonne. Surpris par deux hommes de 74 ans et 78 ans, l’octogénaire leur a tiré dessus. Le tireur présumé a ensuite incendié une voiture devant le lieu de culte situé rue Joseph Latxague, avant de prendre la fuite. Les deux hommes grièvement blessés à l'entrée de la mosquée ont été admis aux urgences de l’hôpital de Bayonne. L’un a été touché au bras, l’autre au thorax. le maire Jean-René Etchegaray a indiqué avoir reçu des "nouvelles rassurantes" des deux victimes.

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