L'ancien président Nicolas Sarkozy est jugé par le tribunal correctionnel de Paris pour "corruption" et "trafic d’influence", une première sous la Ve République. Après une semaine de procès aux échanges arides et parfois tendus, c'est à son tour, lundi, d'être interrogé.

Nicolas Sarkozy lors d'une séance de dédicaces à La Baule le 22 juillet 2019
Nicolas Sarkozy lors d'une séance de dédicaces à La Baule le 22 juillet 2019 © AFP / Estelle Ruiz / Hans Lucas

On le regarde, depuis le début du procès, le 23 novembre dernier. Assis sur sa chaise, Nicolas Sarkozy écoute en silence, approuve avec de grands hochements de tête les dépositions qui l’agréent et les interventions des avocats de la défense. Parfois, aussi, il trépigne. Avant lui, l’ancien magistrat Gilbert Azibert et l'avocat Thierry Herzog ont contesté à la barre avoir conclu un "pacte de corruption", en l'occurrence un coup de pouce de Nicolas Sarkozy pour un poste à Monaco, en échange d'informations confidentielles sur une procédure en cours à la Cour de cassation. Et ce, même quand les écoutes téléphoniques semblent suggérer le contraire. 

Gilbert Azibert a fini par confirmer ce qu’il avait dit pendant l’instruction, à savoir qu’il pouvait tenir, au téléphone, des propos "déconnants". Thierry Herzog, confronté à une conversation téléphonique du 4 mars 2014 avec Gilbert Azibert, où il assurait que "la démarche (à Monaco) a été faite", a choisi de citer Edwy Plenel. Le fondateur de Mediapart avait en effet été écouté par l’Élysée sous François Mitterrand. Et Thierry Herzog de citer le journaliste expliquant "qu’au téléphone, on profère des bêtises, on émet des hypothèses, on parle sans réfléchir"

"Je n'avais nul besoin de l'influence de Monsieur Azibert, qui en l'occurrence n'en avait pas"

Quelle sera l‘attitude de Nicolas Sarkozy ? Mercredi dernier, alors qu’Hervé Temime rappelait son opposition de principe aux écoutes téléphoniques entre un avocat et son client et expliquait que Thierry Herzog ne répondrait pas sur le contenu des écoutes de la ligne "Bismuth", l’ancien président avait littéralement bondi de sa chaise. "Moi je veux la vérité. Donc, je m’expliquerai sur toutes les conversations. Même si je partage ce que dit Me Temime… J’ai fait un choix. C’est de répondre à toutes les questions. Comme pendant la garde à vue et l’instruction", avait-il dit avant de se rasseoir.

Nicolas Sarkozy va donc parler, il est même, comprend-on, impatient de le faire. Pendant sa garde à vue, débutée le 30 juin 2014, tout en contestant la légitimité des deux juges d’instruction et leur supposée partialité politique, l’ancien président s’était en effet expliqué : "Je n’avais nul besoin de l’influence de Monsieur Azibert, qui en l’occurrence n’en avait pas, comme l’a démontré le résultat final". Il a en effet perdu le pourvoi en cassation contre la saisie de ses agendas dans l’affaire Bettencourt, ce fameux pourvoi sur lequel Gilbert Azibert aurait, selon l’accusation, tenté d’influer.

Quant à donner un coup de pouce au magistrat pour un poste à Monaco, une telle démarche était d’une "d’une banalité extrême" avait dit Nicolas Sarkozy aux enquêteurs, il aurait pu la faire par simple amitié pour Thierry Herzog, tout en rappelant que cette démarche, justement, il ne l’avait pas faite. Face aux juges d’instruction qui venaient de le mettre en examen, Nicolas Sarkozy avait contesté les infractions reprochées, et qualifié l’accusation de corruption "d’injurieuse".

Méthodes "disproportionnés" et "déloyales" du PNF

À la barre ce lundi après-midi, sa ligne de défense sera la même : "Je ne reconnais naturellement aucune de ces infamies pour lesquelles on me poursuit depuis six ans", a-t-il dit au premier jour du procès. La seule inconnue sera son attitude envers les magistrats. L’ancien président avait attaqué l’impartialité des juges d’instruction ; cette fois, c’est face aux procureurs du Parquet national financier que les échanges risquent de se tendre. 

Depuis le premier jour, la défense n’a en effet cessé de pilonner sans relâche les méthodes "disproportionnées" et "déloyales" du PNF. En cause, l’enquête préliminaire cachée pendant 6 ans aux avocats de la défense, dans laquelle le PNF avait notamment épluché les "fadettes" de dizaines d’avocats. Des critiques "en partie légitimes" a reconnu, à l’audience, le procureur Jean-Luc Blachon. Le procès se poursuit jusqu’au 10 décembre.