Le procureur antiterroriste de Paris a tenu un point presse samedi après-midi. Il s'agit de sa première communication depuis l'attaque qui a fait quatre morts jeudi parmi les forces de l'ordre. Jean-François Ricard a détaillé le parcours du tueur au couteau, et a décrit un terroriste islamiste.

Jean-François Ricard, procureur antiterroriste, lors de son premier point de presse sur l'attaque de la préfecture de police de Paris
Jean-François Ricard, procureur antiterroriste, lors de son premier point de presse sur l'attaque de la préfecture de police de Paris © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

L'auteur des faits est décrit par le procureur de la République antiterroriste Jean-François Ricard comme un homme né en 1974, converti à l'islam il y a près de dix ans, atteint de surdité à la suite d'une méningite. Il avait intégré la préfecture de police de Paris en 2003 comme agent administratif. Mickaël Harpon travaillait à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP),

Son casier judiciaire était vierge. Mais il avait tout de même fait l'objet d'une procédure et d'un "blâme administratif" par la préfecture en 2009 pour violences conjugales. 

Une séquence d'"une extrême violence"

Le parcours meurtrier de l'auteur jeudi a pu être retracé avec précision grâce à la vidéosurveillance et à son badge d'accès. Selon le procureur antiterroriste, il démontre le caractère prémédité de ses actes. 

Jeudi, lors de sa pause déjeuner, il sort acheter deux couteaux de cuisine dans un commerce : un couteau en métal et un couteau à huîtres. Il les a dissimulés sur lui et n'a montré à aucun moment un quelconque signe de fébrilité. Il est retourné sur son lieu de travail, à savoir la Préfecture de police de Paris. 

Il tue tout d'abord deux agents, l'un âgé de 50 ans, et l'autre de 38 ans, alors qu'ils déjeunent dans un bureau. Le premier présentait notamment une plaie à la gorge, le second de multiples coups de couteau. 

Les autopsies attestent d'une extrême violence

Puis le tueur se rend dans un autre bureau au même étage. Il poignarde mortellement un agent de 37 ans. Il tente ensuite d'entrer dans un autre local mais les personnes qui déjeunent à l'intérieur ont verrouillé la porte.

Quelques instants plus tard dans l'escalier, il croise une gardienne de la paix de 39 ans, qu'il connait. Il lui assène plusieurs coups de couteau. Elle décède.

Descendu au rez-de-chaussée, il poursuit son parcours meurtrier en portant plusieurs coups de couteau à une autre femme, à la gorge. Blessée, ses jours ne sont plus en danger. 

Dans la cour, un gardien de la paix stagiaire fait plusieurs sommations pour qu'il jette son arme mais l'assaillant court dans sa direction et le jeune gardien de la paix l'abat. 

Une "vision radicale de l'islam"

Selon le procureur, le tueur avait changé d'attitude ces dernières années. Il s'est tout d'abord converti à l'islam il y a dix ans. Puis les enquêteurs ont découvert qu'il entretenait des contacts avec la mouvance islamiste salafiste.

Les premières investigations ont relevé son "approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion". Selon l'un de ses collègues, il aurait tenu des propos approuvant l'attentat de janvier 2015 dans les locaux du journal Charlie Hebdo qui avait fait 12 morts. 

L'attaquant avait également changé de tenue vestimentaire au fil du temps et se rendait désormais à la mosquée en vêtements traditionnels.  Il avait également fait part à son entourage de son souhait de s'éloigner des femmes. 

Par ailleurs, les blessures infligées à l'une des victimes au moins (plaies à la gorge), est également un indice "montrant le caractère terroriste religieux de son geste. 

Sa femme toujours en garde à vue et du matériel saisi

Le matin de la tuerie, l'homme a échangé 33 SMS avec son épouse. Plusieurs étaient à connotation religieuse. 

Sur les deux derniers SMS de Mickaël Harpon, les enquêteurs ont pu lire : 

"Allah akbar" puis "suis notre prophète bien aimé, Muhammad, et médite le Coran"

Âgée de 38 ans, son épouse n'est pas fichée S et n'est pas connue des services de police. 

Sa garde à vue, débutée jeudi, a de nouveau été prolongée samedi pour 48 heures. Les perquisitions du domicile n'ont rien donné de particulier. 

Par ailleurs, du matériel informatique a notamment été saisi dans le bureau de l'individu à la préfecture de police.  "Les recherches vont prendre du temps a précisé le procureur, car il s'agit de matériel sensible, vu le poste que l'homme occupait". 

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