Le procès de l’attentat du musée juif de Bruxelles s’est ouvert jeudi 10 janvier. L’accusé principal est jugé pour quatre "assassinats terroristes", commis le 24 mai 2014.

Dessin de presse représentant Mehdi Nemmouche, le 10 janvier 2019 à Bruxelles
Dessin de presse représentant Mehdi Nemmouche, le 10 janvier 2019 à Bruxelles © AFP / Benoit Peyrucq

"Nemmouche, Mehdi. 33 ans, sans profession." Dans l’immense box vitré de la salle de la cour d’assises de Bruxelles, l’accusé est serré de près par trois policiers cagoulés de noir. Le contraste avec le pull jaune safran qu’il porte est frappant. Barbe de trois jours, cheveux très noirs plaqués en arrière, Mehdi Nemmouche répond aux questions d’une voix posée. Domicile ? "Maison d’arrêt de Niville". Lieu de naissance ? "Roubaix, en France".

Cette première journée d’audience est consacrée aux questions de procédure : (l’Association française des victimes de terrorisme, ou Afvt, peut-elle être partie civile ? La cour répond que oui, pour l’instant) puis à la lecture de l’intégralité de l’acte d’accusation. On n’entendra donc pas plus l’accusé, peu marqué par ses quatre années de détention à l’isolement. Affûté, le regard concentré, il suit les débats avec beaucoup d’attention. Son avocat, Henri Laquay, le dit "serein" : c’est effectivement ainsi qu’il apparaît, sans émotion apparente, que ce soit à l’évocation des faits qui lui sont reprochés, ou des éléments de sa personnalité.

Fasciné par Mohamed Merah

Dans les rangs du public, on reconnaît Samuel Sandler (son fils et ses deux petits-fils ont été tués par Mohamed Merah, à Toulouse, en mars 2012). Désormais engagé aux côtés de l’Avft, le vieux monsieur est venu voir, dit-il, "celui qui a voulu copier l’assassin de mes enfants". Car en 2013, Mehdi Nemmouche aurait été le geôlier, en Syrie, des journalistes français Nicolas Hénin, Didier François, Édouard Elias et Pierre Torrès. Les quatre ont formellement reconnu sa voix, trois d’entre eux son visage. C’est devant eux que Mehdi Nemmouche aurait professé son admiration pour le tueur de Toulouse, et son désir de, lui aussi, tuer des Juifs.

En revanche, à l’exception du directeur du musée, aucun proche des quatre victimes de la tuerie n’est présent dans la salle d’audience. Pour la mère d’Alexandre Strens, 26 ans, qui travaillait à l’accueil du musée, c’est trop douloureux, explique son avocat, Christian Dalne.

La maman d’Alexandre viendra la semaine prochaine, pour témoigner en tant que partie. C’est une charge émotionnelle beaucoup trop lourde pour elle d’être confrontée au visage de Mehdi Nemmouche. Comme n’importe quelle mère, elle veut savoir pourquoi on a tué son fils.

Alexandre terminait ses études en marketing, et travaillait à l’accueil du musée. "C’était un garçon brillant, cultivé, curieux de tout, promis sans doute à un bel avenir, qui a été brisé en plein vol", poursuit Christian Dalne. Les autres victimes s’appellent Emmanuel et Miriam Riva, 54 et 53 ans, un couple de touristes israéliens, et Dominique Sabrier, 67 ans, bénévole française au musée juif. Ils ont été tués dans un intervalle de 82 secondes, par un homme seul, armé d’un revolver et d’un fusil d’assaut, un bel après-midi de printemps, en plein cœur de Bruxelles.

"De fumeuses théories du complot"

Mehdi Nemmouche n’a jamais dit qu’il était cet homme, malgré les armes du crime qu’il transportait lors de son arrestation, six jours après la tuerie. Malgré l’ordinateur portable où figurent des enregistrements audio de sa voix, revendiquant l’attentat au nom de l'organisation État islamique en Irak et au Levant. Malgré, enfin, les images de vidéo surveillance qui ont permis de l’identifier. L’accusé n’a pas dit non plus qu’il était totalement innocent : pendant l’instruction, il a gardé le silence la plupart du temps, hormis quelques déclarations sibyllines, disant qu’il "s’expliquerait le moment venu".

Ce moment, ce sera mardi : c’est ce jour-là qu’est prévu le début de l’interrogatoire de Mehdi Nemmouche. En attendant, ses avocats distillent quelques bribes d’informations sur leur ligne de défense. L’attentat n’en serait pas un, parmi les victimes se trouveraient des agents secrets israéliens… Adrien Masset, l’avocat du musée juif de Bruxelles, s’attend à "ces fumeuses théories du complot". "Mais enfin, la défense est libre", poursuit-il, fataliste. "Nous écouterons, et répliquerons. Vous verrez que l’enquête, minutieuse, a permis d’aboutir à des éléments qui, de mon point de vue, paraissent incontestables ». Mehdi Nemmouche encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le procès se poursuit jusqu’au 1er mars.

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