C’est l’un des rares procès d’une attaque terroriste dans lequel l’auteur lui-même devra répondre de ses actes. C’est le cas pour l’attentat raté du Thalys, qui devrait être jugé à la rentrée 2020. Le parquet national antiterroriste vient de rendre son réquisitoire, que France Inter a pu consulter.

Palais de justice à Paris
Palais de justice à Paris © Radio France / Catherine Grain

Dans son réquisitoire de 143 pages daté du 15 novembre 2019, le parquet national antiterroriste (Pnat) réclame notamment le renvoi devant les assises spéciales d'Ayoub El-Khazzani pour l'attentat déjoué du Thalys qui a fait un seul blessé par balles, du fait de l'intervention des passagers du train. 

Une formation express en Syrie

Ayoub El-Khazzani, jeune Marocain de 30 ans, vit dans son pays natal jusqu’à sa majorité. Il s’installe ensuite en Espagne avec sa famille, séjourne un peu en France, puis chez sa sœur dans le quartier bruxellois de Molenbeek, non loin du snack tenu par Mohamed Abrini, connu pour être impliqué dans les préparatifs des attentats du 13 novembre et “l’homme au chapeau” de l’attaque du 22 mars à l’aéroport belge de Zaventem. 

En mai 2015, rappelle le parquet national antiterroriste dans son réquisitoire, Ayoub El-Khazzani rejoint les rangs du groupe terroriste État islamique via la Turquie, après avoir acheté un billet aller-retour “pour paraître moins suspect”. Sur place, il se dit “déterminé”, “prêt à mourir”, relève le procureur. Il passe alors six jours en Syrie, directement pris en charge par Abdelhamid Abaaoud, celui-là même qui s’apprête alors à devenir le coordinateur des attentats du 13 novembre 2015. 

En sa compagnie, Ayoub El-Khazzani s’entraîne au maniement des armes, kalachnikov notamment, “sur des cibles peintes dans des bâtiments en ruines” avant de rentrer en Turquie, missionné pour commettre un attentat en Europe. Mais malgré les cinq passeports en sa possession, le Marocain échoue à prendre un vol pour l’Europe. Il est alors rejoint en Turquie par Abdelhamid Abaaoud lui-même. Et c’est guidé par un troisième homme, Bilal Chatra, Algérien de 23 ans, alias “l’éclaireur”, selon le parquet national antiterroriste, qu’ils vont emprunter la voie des migrants jusqu’à la Belgique. 

Un “massacre” évité de justesse

En Belgique, les trois hommes logent dans un appartement que les enquêteurs n’ont jamais réussi à identifier. Jusqu’au jour où Abdelhamid Abaaoud affirme avoir reçu des ordres de Syrie en vue d’une “opération”. Bilal Chatra prend peur, s’enfuit. Il sera arrêté en Allemagne pour vol à l’étalage. 

Ayoub El-Khazzani, lui, est prêt. Il sait qu’il est venu pour commettre un attentat. Alors ce 21 août 2015, suivant les instructions d’Abdelhamid Abaaoud, il achète un billet en gare du midi, et monte à bord du Thalys où il a pour mission de viser “des Américains”. Des Américains, et d’autres passagers du train dont le parquet national antiterroriste salue l’action héroïque”, ayant permis d’éviter un “massacre”. 

Trois autres renvois requis

Le ministère public réclame ainsi le renvoi devant les assises spéciales d’Ayoub El-Khazzani pour tentative d’assassinats et association de malfaiteurs terroristes, de Bilal Chatra et Mohamed Bakkali, belgo-marocain de 32 ans, alias le “chauffeur” pour complicité d’assassinats et association de malfaiteurs terroristes et de Redouane El Amrani, 29 ans, pour association de malfaiteurs terroristes. 

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