37 ans après l'attentat à la bombe qui avait coûté la vie à quatre personnes dans l'attentat de la rue Copernic à Paris, les juges d'instruction estiment qu'il n'y a pas de charges suffisantes à l'encontre de Hassan Diab, libano-canadien extradé en 2014 : ils ont ordonné ce vendredi matin sa libération immédiate.

Le 3 octobre 1980, un attentat antisémite contre la synagogue de la rue Copernic, à Paris, faisait quatre morts et quarante-six blessés.
Le 3 octobre 1980, un attentat antisémite contre la synagogue de la rue Copernic, à Paris, faisait quatre morts et quarante-six blessés. © AFP / JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP

Hassan Diab, 64 ans, incarcéré à l'isolement depuis novembre 2014, doit sortir de prison : c'est la conséquence immédiate de l'ordonnance de non-lieu signé ce 12 janvier par deux juges d'instruction, et dont France Inter et l'AFP ont eu connaissance. Une décision plutôt rare au pôle antiterroriste. Selon les magistrats, "les charges pouvant être retenues contre Hassan Diab ne sont pas suffisamment probantes et se heurtent à trop d'éléments à décharge pour pouvoir justifier un renvoi devant la cour d'assises".

Décision de justice "exceptionnelle"

"C'est une décision exceptionnelle, parce que dans l'histoire judiciaire française, s'agissant de faits de terrorisme les plus graves, obtenir d'innocenter celui qui a été présenté à tort comme  un suspect pendant des années, c'est tout à fait inédit", se félicite l'un de ses avocats, William Bourdon. "Cela consacre aussi le fait qu'il y a, face à toutes les pressions, un bouclier qui s'appelle l'État de droit et qui n'existe pas sans des juges indépendants et courageux". Me Amélie Lefèbvre ajoute : "Nous sommes soulagés et heureux, soulagés surtout qu’Hassan Diab puisse retrouver la liberté après plus de trois ans passés à l’isolement". Même s'il n'en n'a peut-être pas fini avec la justice française, il peut rentrer au Canada.

C'est l'une des plus vieilles enquêtes en cours. Le vendredi 3 octobre 1980, une bombe dissimulée dans une sacoche de moto souffle les alentours de la synagogue de la Copernic, dans le 16e arrondissement de Paris. Quatre personnes sont tuées et une quarantaine de blessés. Le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd si l'explosion s'était produite quelques instants plus tard, à la sortie des fidèles.

Du poseur de bombe, on n'a connu longtemps qu'un portrait robot, une fiche d'hôtel brièvement remplie, et un faux passeport chypriote. Après avoir considéré la piste de l'extrême-droite, les services de renseignement apprendront au fil des années par des sources étrangères, notamment israéliennes, que l'attentat serait l'oeuvre d'un commando libanais, dissident du FPLP, le Front de Libération de la Palestine. Le faux passeport  cacherait un certain Hassan Diab, réfugié aux États-Unis, puis au Canada, où il enseigne la sociologie. En 2008 le juge Marc Trévidic demande l'extradition du suspect, qui clame son innocence, appuyé par un comité de soutien. Après une longue bataille de procédure, Hassan Diab est finalement extradé, mis en examen et écroué en novembre 2014. 

Un passeport au cœur des débats

Parmi les éléments à charge, il y avait surtout son vrai passeport, retrouvé en 1981 à Rome, avec des tampons d'entrée et sortie en Europe à la période de l'attentat. Depuis,  les deux juges qui ont repris le dossier ont recueilli des témoignages à décharge, comme ceux de quatre anciens camarades d'université, qui se souviennent qu'à la fin de l'été 1980, ils révisaient ensemble leurs examens à Beyrouth. Pour les juges d'instruction,"il est probable que Hassan Diab se trouvait au Liban courant septembre et octobre 1980 (...) et il est donc peu vraisemblable qu'il soit l'homme utilisant la fausse identité d'Alexander Panadriyu, qui se trouvait en France à partir du 22 septembre 1980 et qui a ensuite posé la bombe rue Copernic". 

Les juges se livrent aussi à une sévère critique des renseignements transmis par les services étrangers, dont on ignore l’origine, et dont il est "extrêmement difficile d’apprécier la fiabilité". Des renseignements "très riches", mais qui "fourmillent de contradictions et d'inexactitudes". Les juges concluent que dans "un dossier qui a d'indéniables aspects politiques et géo-stratégiques pouvant donner lieu à des manipulations", ces informations "ne peuvent pas être considérées comme des éléments probants".

Un procès est encore possible

Fin novembre, le parquet de Paris avait de son côté demandé le renvoi d'Hassan Diab devant la cour d'assises spéciales. Il a annoncé ce vendredi après-midi qu'il faisait faire appel de ce non-lieu, comme sans doute plusieurs parties civiles. 

Pour Eric Morain, l'un de leurs avocats, ce non-lieu, bien que décevant, était attendu, vu l'orientation prise ces derniers temps par les juges d'instruction: « les parties civiles, et en tous cas celles que je représente, ne cherchent pas un coupable à tout prix. Elles souhaitent un débat plus collectif que dans le secret du cabinet d’un juge d’instruction, c’est ce qui se passera devant la cour d’appel, et c’est la raison pour laquelle elles appellent toujours de leurs vœux un procès."

"Le respect qu'on a tous pour les victimes, le besoin de justice qu'elles ont ne doit pas se confondre avec un quelconque acharnement" prévient de son côté William Bourdon, "parce qu'on n'osera pas reconnaître que la justice s'est trompée, qu'il y a eu erreur sur la personne". C’est donc la cour d’appel de Paris qui tranchera dans les prochains mois.

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