Selon une djihadiste de retour de Syrie, l'épouse d'Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hypercacher, est toujours vivante : Hayat Boumeddiene aurait réussi à s'échapper du camp de Al-Hol. Les enquêteurs continuent à la rechercher, dans l'espoir qu'elle puisse être arrêtée avant le procès qui s'ouvre le 2 septembre à Paris.

Une femme identifiée comme Hayat Boumeddiene sur les images de vidéosurveillance de l'un des aéroports d'Istanbul, le 2 janvier 2015
Une femme identifiée comme Hayat Boumeddiene sur les images de vidéosurveillance de l'un des aéroports d'Istanbul, le 2 janvier 2015 © AFP / Haberturk Newspaper

Elle est l’une des quatorze accusés. L’unique femme. La veuve d’un des trois terroristes de janvier 2015. Son époux s’appelait Amedy Coulibaly, le tueur de la policière de Montrouge, le sanglant preneur d’otages de l’Hypercacher. Son nom à elle, c'est Hayat Boumeddiene. À deux mois et demi de son procès, elle est toujours en cavale, vraisemblablement en Syrie, et vivante, selon de récents témoignages. Sera-t-elle arrêtée avant d’être jugée, lors du procès des attentats de janvier 2015 qui s'ouvre le 2 septembre prochain à Paris ?

Interviewée dans le magazine de l'État Islamique

La dernière fois que Hayat Boumeddiene s’est exprimée publiquement, c’était dans le magazine de propagande de l’État islamique, en janvier 2015, juste après les attentats perpétrés en partie par son époux. Dar Al Islam, la revue francophone de Daech avait choisi ce titre funeste : “Qu’Allah maudisse la France". Et mettait en exergue l’interview de "l’épouse de notre frère Abou Basir Abdoullah Al-Ifriqi", le nom de guerre posthume d’Amedy Coulibaly. "Salem Aleykoum, Louange à Allah qui m’a facilité la route, c’est une bonne chose de vivre sur une terre qui est régie par les lois d’Allah. Je ressens un soulagement d’avoir accompli cette obligation al-Hamdoulillah", confiait alors Hayat Boumeddiene.

La dernière fois qu’on l’avait vue en France, c’était le 30 décembre 2014, avenue Bolivar, à Paris. La police avait contrôlé la voiture que conduisait Amedy Coulibaly. Elle était assise à la place de la passagère. Les policiers avaient vu que Coulibaly était fiché S, mais l’avaient laissé repartir, au volant de sa petite Seat, n’ayant rien à lui reprocher ce jour-là. Le 2 janvier 2015, c’est avec cette voiture que Coulibaly a emmené Hayat Boumeddiene à l’aéroport de Madrid, d’où elle s’est envolée pour la Turquie, avec les frères Belhoucine, eux aussi accusés. Atterrissage à Istanbul. Puis Mehdi et Mohamed Belhoucine devaient accompagner Hayat Boumeddiene en Syrie, rejoindre le califat de Daech.

"Ils s'occupent de moi comme si j'étais une princesse"

Au printemps 2015, les policiers antiterroristes interceptent une conversation téléphonique, depuis Raqqa. Hayat Boumeddiene appelle l’une de ses plus proches amies, une de ses sœurs de cœur, restée en France. Au téléphone, Hayat Boumeddiene s’excuse d’avoir fait du mal à ses proches, puis s’extasie : "Je suis mieux qu’en France, si tu savais ce qu’il y a ici, wallah, si tu savais, tu t’inquièterais même pas une seconde ! C’est des diamants ici, c’est des trésors les gens, je suis dans une maison que j’ai jamais vue de ma vie, ils s’occupent de moi comme si j’étais une princesse, j’suis venue ici comme si j’étais une princesse, je suis entourée, je suis bien." Et Hayat Boumeddiene ajoute alors : "Ils prennent des précautions pour ma sécurité."

Est-ce grâce à toutes ces précautions prises pour elle qu’Hayat Boumeddiene a réussi à survivre à tous les bombardements et échapper à toutes les forces anti-djihadistes ? Elle serait en tous cas toujours en vie, selon le témoignage d’une revenante, interrogée par un juge antiterroriste, ainsi que l’a révélé France 2. Cette revenante, rentrée en France, assure avoir croisé Hayat Boumeddiene en octobre 2019, dans le gigantesque camp de Al-Hol, gardé par les Kurdes, dans le nord-est de la Syrie. À l’en croire, Hayat Boumeddiene se cachait là-bas sous une fausse identité. Puis aurait fui Al Hol, comme tant d’autres femmes djihadistes, qui réussissent à s’échapper depuis des mois, en soulevant un simple grillage, avec l’aide de passeurs.

Accusée d'avoir financé les actes terroristes de son mari

Où se trouve exactement Hayat Boumedienne, aujourd’hui ? Aucune certitude pour les services de renseignement, qui continuent à la pister, dans l’espoir qu’elle puisse être arrêtée avant son procès. Procès lors duquel elle doit être jugée, présente ou absente, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, et financement de terrorisme. Hayat Boumeddiene est notamment accusée d’avoir multiplié les escroqueries, en achetant à crédit, avec de faux dossiers, des voitures aussitôt revendues. Des voitures qui ont permis d’acquérir les armes de guerre de janvier 2015. Hayat Boumeddiene avait aussi acheté à son nom le caméscope qui a été retrouvé dans l’Hypercacher, après la sanglante prise d’otages, qu’Amedy Coulibaly a en partie filmée.

Si Hayat Boumeddiene est arrêtée avant le 2 septembre, la question du renvoi du procès d’assises pourrait automatiquement se poser. Mais son cas pourrait aussi être disjoint, selon des magistrats antiterroristes. Magistrats qui ont ouvert contre elle une autre enquête : pour tous les faits criminels qu’elle aurait pu commettre en Syrie depuis 2015, elle qui cinq ans plus tôt, s’entraînait à manier une arbalète dans les monts du Cantal, l’une des photos les plus célèbres de toutes les femmes de djihadistes.

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