A partir de 2012, la menace djihadiste en France change de visage : il n'est quasiment plus question de réseaux organisés mais de personnes isolées, de plus en plus jeunes.

La menace terroriste a beaucoup évolué depuis 2012
La menace terroriste a beaucoup évolué depuis 2012 © AFP / Kenzo Tribouillard

La liste des attentats en France et des projets déjoués depuis 2012 montre à quel point la menace a évolué. A la section antiterroriste du parquet de Paris, qui nous a exceptionnellement ouvert ses portes, le vice procureur B. (nous ne donnerons pas son nom pour des raisons de sécurité) a assisté à ce changement :

Mohammed Merah c'est la bascule

"C'est le premier attentat en France depuis 16 ans", explique le vice procureur B, "mais il a véritablement décomplexé un certain nombre d'individus et montré que les passages à l'acte n'étaient pas forcément le fait d'organisations structurées mais pouvaient être le fait d'individus isolés, relativement peu préparés et qui pouvaient, à eux seuls, commettre des actes extrêmement graves".

Certains individus radicalisés se structurent néanmoins en groupe. C'est le cas de la cellule de Cannes-Torcy comme l'explique le magistrat B. : "Une quinzaine d'individus radicalisés à Cannes et Torcy autour de Jérémie Louis-Sidney. Ce dernier faisait le lien entre les deux groupes et le jour de parution de caricatures de Charlie Hebdo, le 19 septembre 2012, jette une grenade dans l'épicerie juive de Sarcelles. Ils projetaient de commettre un nouvel attentat avec une bonbonne de gaz et des clous, façon GIA (groupe islamique armé). Ce groupe là annonce déjà ce qui va venir : des frappes en France mais aussi, pour une partie du groupe, des départs en Syrie très prématurés dès 2012. Il y en a un qui est toujours sur zone, et deux autres qui sont revenus en France après un an et demi, avec l'intention de commettre des attentats".

Mais depuis quelques mois, la radicalisation et la décision de passer à l'acte en France se déroulent sur les réseaux sociaux, et notamment sur l'application Telegram, l'outil de prédilection du djihadiste français Rachid Kassim, localisé par les services de renseignement à Mossoul, en Irak.

Des attaques extrêmement difficiles à prévoir

Il est lié à l'assassinat de deux fonctionnaires de police dans les Yvelines et à l'assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray. Désormais, les autorités font face à un "terrorisme de proximité" selon le procureur de Paris, François Molins. Ce que confirme le vice-procureur B. : "On sait que le groupe Etat islamique voudrait faire une nouvelle démonstration de force avec une attaque coordonnée, mais véritablement, l'attaque la plus prégnante en France c'est l'attaque d'individus, d'une à trois personnes, isolés. Une attaque simple avec une arme de poing, s'ils arrivent à s'en doter, ou des couteaux.

"Ce sont des choses extrêmement difficiles à déceler", explique le vice-procureur B. "C'est l'objet des principales interpellations depuis cet été : beaucoup de jeunes de 15 à 18 ans qui repèrent des cibles, qui se dotent de couteaux, qui vont faire des repérages, et qui s'apprêtent à passer à l'action au moment où on les interpelle. On est à un degré de préparation extrêmement précaire et donc extrêmement difficile à déceler".

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Frise interactive © Radio France / Abdelhak El Idrissi

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