Au procès de l’ex-avocat Sidney Amiel, poursuivi pour viol et agressions sexuelles, une question se pose : les faits auraient-ils pu être dénoncés plus tôt ?

Le procès de l'ex-avocat Sidney Amiel se déroule à la cour d'assises de Versailles
Le procès de l'ex-avocat Sidney Amiel se déroule à la cour d'assises de Versailles © Maxppp / OLIVIER BOITET

A la barre de la cour d’assises de Versailles, on en apprend beaucoup sur le climat qui régnait dans le cabinet de l’ex-avocat Sidney Amiel, à Chartres. Des dizaines de femmes ont dénoncé son comportement aors que, pour la plupart, les faits dénoncés sont prescrits.

Les ex-bâtonniers du barreau de Chartres avaient été alertés de plusieurs cas, au cours des dernières années, et c’est la plainte d’une jeune femme en 2010, cliente de Sidney Amiel, qui a tout déclenché. Aujourd’hui la question se pose lors de ce procès : les faits auraient-ils pu être dénoncés plus tôt ?

Alain Malet était le bâtonnier du barreau de Chartres en 2009 et 2010. Dans ce petit ordre de 150 avocats, son rôle, explique-t-il, est de régler les litiges entre avocats, de veiller à ce qu’il n’y ait pas de "débordement dans le barreau".

"Trop tard" pour changer d'avocat

Dominique vient se confier à lui en 2009. Ex-collaboratrice du cabinet Amiel, elle lui dit avoir été victime de son employeur, six ans plus tôt. "Elle s’est effondrée en sanglots, elle était incapable d’en dire plus, elle ne voulait pas porter plainte. On était dans un cadre strictement confidentiel", insiste l’ex-bâtonnier. En 2010, c’est Nadia, cliente de Sidney Amiel, qui vient le voir à son tour : "Je lui ai dit qu’elle pouvait prendre un autre avocat", assure Alain Malet, "mais elle préférait attendre que son procès aux prud’hommes soit terminé". Sur le banc des parties civiles, Nadia secoue la tête. Selon elle, le bâtonnier lui aurait dit qu’il était trop tard pour changer d’avocat, et conseillé de porter plainte.

Les versions s’affrontent, Alain Malet n’en démord pas. Il estime avoir fait tout ce qui était en son pouvoir de bâtonnier : "Des pouvoirs limités", explique-t-il, dans une affaire d’agression sexuelle qui relève de la justice pénale. Sidney Amiel ne sera suspendu qu’en mars 2011, sur demande du juge. Aurait-il pu entendre Sidney Amiel à propos de ces accusations ? Alain Malet répond qu’il ne pouvait pas lancer de procédure sans plainte. Qu’avec Dominique, il était lié par le secret professionnel, et qu’on ne peut pas "bafouer la présomption d’innocence en suspendant de façon précipitée un avocat" :

Avec le recul, je me suis beaucoup interrogé… mais vous ne pouvez pas me reprocher d’avoir été prudent

Le procès se poursuit jusqu’au 23 juin.

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