Kamel Daoudi, plus ancien assigné à résidence de France, a été condamné ce mardi par le tribunal correctionnel d'Aurillac a un an de détention pour ne pas avoir respecté les conditions de cette assignation. Jugement au terme d'un procès qui pose la question du suivi des anciens islamistes, une fois leur peine purgée.

Salle d'audience du palais de justice d'Aurillac
Salle d'audience du palais de justice d'Aurillac © Radio France / Ariane Griessel

Kamel Daoudi a l'habitude d'avoir à faire à la justice et cela s'entend. "Monsieur le président, Mesdames les assesseurs," commence le prévenu, dans son box de la salle d'audience du palais de justice d'Aurillac. Déclaration solennelle à une institution qui ne le quitte plus, puisque c'est elle qui veille à faire respecter, depuis douze ans, les conditions strictes de son assignation à résidence

Le président rappelle les faits : "Vous avez été interpellé le 25 septembre 2020 à 21h25 devant le bar associatif La Loupiote. Vous deviez être chez vous, assigné à résidence". Cette assignation prévoit, en effet, que Kamel Daoudi ne quitte pas son domicile entre 21h et 7h du matin. Mais, ce soir-là, il laisse filer l'heure : c'est soirée karaoké et fallafel, et Kamel Daoudi donne un coup de main. 

Dans la foulée de son interpellation, une perquisition est menée au domicile du quadragénaire. Les enquêteurs tombent sur des photos dans l'ordinateur et le téléphone du prévenu : elles révèlent d'autres sorties nocturnes. L'avocat de la défense, Me Hugo Partouche, jugera dans sa plaidoirie que ces éléments ne constituent pas une preuve suffisante.

"J'ai payé ma dette à la société"

"J'ai reconnu en garde à vue ne pas avoir respecté les horaires qui m'étaient imposés, et je m'en suis expliqué, plaide Kamel Daoudi. _Vous-même, Monsieur le président, avez pu constater pendant le confinement ce que veut dire 'être assigné à résidence'_. Ce confinement, je le subis depuis douze ans et demi". Le président détaille également une liste de condamnations pour violences dont a fait l'objet le prévenu, pendant ses séjours en détention. Ce-dernier assure s'être "défendu". 

"J'ai payé ma dette à la société, et je me retrouve, après avoir purgé ma peine, dans une forme de détention. J'ai été trimbalé dans toute la France", juge celui qui a dû changer sept fois de domicile, à la demande des autorités, depuis sa sortie de prison en 2008

Payé sa dette ? La procureure, qui reproche au prévenu de se présenter comme une victime, a une autre lecture du dossier : "Monsieur Daoudi ne peut pas dire 'J'ai payé ma dette'. Il n'a pas purgé sa peine : il n'a pas quitté le territoire !".

Obligation de quitter le territoire

Nous sommes bien loin des 25 minutes de retard qui valent à Kamel Daoudi de se retrouver dans le box. Mais au cœur du problème que représente la situation administrative du prévenu, pour la justice, pour le ministère de l'Intérieur. Et surtout pour lui-même. Déchu de sa nationalité française après son arrestation en 2001, celui qui n'est désormais plus qu'Algérien est sous le coup d'une obligation de quitter la France. Mais sans point de chute. La Cour européenne des droits de l'Homme estime qu'il ne peut être renvoyé en Algérie, en raison du risque de torture qu'il y encourt. Kamel Daoudi affirme avoir sollicité une quarantaine de pays pour l'accueillir. Sans succès.

Aujourd'hui, cet homme de 46 ans a fondé une famille en France. Sa compagne, mère de ses trois enfants, s'agace dans la salle d'audience, assise au milieu de la quinzaine de proches venus soutenir le détenu (certains attendent dehors, jauge anti-covid oblige). Le président l'invite à s'exprimer à la barre. "J'étais contente qu'il ait trouvé des gens avec qui faire des choses", explique cette enseignante, qui est restée vivre dans la maison qu'ils ont achetée, à 150km d'Aurillac. Elle décrit les vexations des voisins, les pointages de son compagnon jusqu'à quatre fois par jour au commissariat où à la gendarmerie : "Je me sens comme le petit lapin dans Alice au pays des merveilles, qui dit toujours 'je suis en retard'". Puis conclut, ironique : "C'est quand même inimaginable qu'un dangereux terroriste violent qui n'aime pas les femmes puisse être condamné pour avoir passé la soirée avec des marginaux qui faisaient la fête!."

Grève de la faim

Le jugement tombe au bout de vingt minutes de délibéré : un an de prison avec maintien en détention. Pas d'explication. Hugo Partouche, lui, voit un lien entre cette condamnation et l'attaque près des anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris, survenue quelques heures avant l'arrestation de Kamel Daoudi : "On poursuit monsieur Daoudi à des moments où il faut être d'un courage particulièrement exceptionnel pour accepter de le relaxer."

Kamel Daoudi est reparti, dans la foulée de sa condamnation, à la prison de Lyon-Corbas, où il entame, ce mardi soir, une grève de la faim. "Tout ça pour des fallafels et un karaoké", souffle sa compagne à la sortie du palais de justice. Son avocat a d'ores et déjà fait appel.

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