Six jeunes hommes, âgés de 23 à 33 ans, sont jugés à Paris pour "association de malfaiteurs terroriste". Ils sont soupçonnés d'avoir projeté des attaques contre des personnes musulmanes, noires, des dealers, mais aussi contre Christophe Castaner et Jean-Luc Mélenchon. Le leader de LFI a demandé à être partie civile.

Le procès se tient devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris
Le procès se tient devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas

Son air de premier de la classe détonne avec la présence derrière lui de deux policiers encagoulés. Petites lunettes, chemise bleu ciel, Logan Nisin, 25 ans, est seul dans le box réservé aux prévenus. Ses cinq acolytes comparaissent libre, sous contrôle judiciaire. Jusqu'au 6 octobre, les six jeunes hommes sont jugés par la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour "association de malfaiteur terroriste". Réunis au sein d'un groupuscule baptisé "OAS" pour Organisation des armées sociales, ils sont soupçonnés d'avoir projeté des actions violentes contre des personnes musulmanes, des dealers, des kebabs, mais aussi Christophe Castaner ou Jean-Luc Mélenchon. Avec un but affiché : "Enclencher la remigration de la France."

Mélenchon, partie civile ?

Avant d'entrer dans le vif des débats ce mardi, le tribunal doit se pencher sur une question. Le leader de La France insoumise peut-il se constituer partie civile ? Déboutés par la chambre de l'instruction, les conseils de Jean-Luc Mélenchon sont revenus à la charge lors de cette première journée d'audience. Car le nom de leur client a été évoqué par des membres de l'OAS comme cible potentielle. "Quand on sait qu'un groupe aussi armé vous vise, cela change votre vie publique, votre vie personnelle, votre vie politique", lance Me Jade Dousselin. "Il faut que M. Mélenchon réponde à ceux qui ont voulu sa mort pour ses idées politiques."

Le parquet s'oppose à cette demande. L'infraction d'association de malfaiteur terroriste ne permet pas, selon la jurisprudence, la constitution de parties civiles. "Il n'y a pas eu de crime, pas eu d'assassinat", rappelle la procureure, l'OAS ayant été démantelée avant tout passage à l'acte. "Si monsieur Mélenchon se constitue partie civile, est-ce que n'importe quelle personne juive, musulmane, peut elle aussi venir à la barre faire valoir un préjudice ? Où s'arrête-t-on ?" En défense, les avocats font bloc, dénonçant une instrumentalisation du procès. "Entendre Jean-Luc Mélenchon serait lui donner une tribune politique", vocifère Me Eric Bourlion. L'incident est finalement joint au fond : le chef de La France insoumise sera donc entendu par le tribunal ce vendredi 24 septembre

Les rouages de l'organisation clandestine

Cette question évacuée, on en vient au fond de l'affaire. Le président s'attache en premier lieu à comprendre les rouages de l'OAS. Dans sa main, un organigramme retrouvé dans l'ordinateur de Logan Nisin. Il y est question d'un "commandant de l'action discrète", d'un autre "commandant de l'action locale", dont un manuel rédigé par Nisin précise qu'il est "une pierre angulaire de l'organisation", "doit savoir tout ce qui se passe dans les sections", sorte "de grand frère pour ses chargés de mission".

Ce commandant, notamment chargé du recrutement, est ainsi placé sous l'autorité d'un "régent". "Il fallait donner un nom pour le chef, j'ai voulu un titre qui ne soit pas très répandu", explique Nisin. Pour autant, celui-ci laissait planer le mystère sur sa place dans la structure.

"La plupart des gens ne savaient pas où j'étais dans l'organigramme. J'ai toujours eu un problème de charisme. Or, ce qu'on ne connaît pas, on le mythifie". 

Sur le plan idéologique, le groupuscule revendique une filiation avec l'Organisation de l'armée secrète, responsable d'une campagne sanglante contre l'indépendance de l'Algérie. "Dans les milieux d'extrême droite, l'OAS est une référence connue et perçue très positivement. Le nom de l'organisation était une référence à l'armée du général de Gaulle… Même si après ils ont essayé de le tuer, mais ça c'est autre chose". 

Xénophobie

Pour justifier son discours de haine (il appelait à "casser de l'arabe", "taper du nègre", "reprendre Marseille à la rue") le prévenu invoque son "parcours de vie" : les "regards de travers" quand il rentre chez lui, le vomi et les préservatifs usagés dans le hall de son immeuble. "Ce sont des choses qui ont pu me rendre xénophobe". Il parle aussi du harcèlement scolaire subi à l'enfance. "La plupart, c'était des enfants magrébins". 

- "Comment en êtes-vous arrivé à essentialiser des catégories de la population qui, pour vous, ne méritaient plus de vivre ?", demande la procureure. 

- "À cette époque, je ne me posais pas la question de savoir s'il y en avait des bien ou des pas bien. J'ai commencé à fréquenter des musulmans en détention. J'ai essentialisé par ignorance." 

Face au tribunal, ses co-prévenus eux disent regretter avoir adhéré à l'OAS. "Moi ce qui m'intéressait, c'était d'avoir des personnes pour m'aider en cas de problème dans le quartier", lance Antony B. 

D'entrée, une ligne de démarcation apparaît. D'un côté, Logan Nisin, le seul à comparaitre détenu, désireux "d'assumer les torts du passé"; de l'autre, ses cinq comparses, soucieux de prendre toute la distance possible avec le chef de l'organisation.