Jour de verdict : après 48 heures de délibéré, la cour d'assises a rendu son verdict pour les 14 accusés jugés depuis le 2 septembre. Certains ont bénéficié d'une requalification non-terroriste. Les onze accusés présents ont été condamnés à des peines de 4 à 30 ans de réclusion. Un autre, présumé mort, à la perpétuité.

Les accusés
Les accusés © Radio France / Matthieu Boucheron

Après 54 jours d'audience, c'est l'heure du verdict au procès des attentats de janvier 2015. La cour d'assises spécialement composée, présidée par Régis de Jorna, était partie délibérer lundi après-midi, après les derniers mots des accusés. Les cinq magistrats professionnels qui composent la cour s'étaient enfermés depuis lundi, dans une caserne à l'adresse tenue secrète. Ils étaient partis sous escorte policière. Les magistrats ont répondu à 255 questions, sur la culpabilité des quatorze accusés, jugés depuis le 2 septembre 2020.

Qui est coupable ou non coupable des faits qui leur sont reprochés ? Deux accusés étaient jugés pour complicité de crimes terroristes. Onze autres pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Un dernier, le seul qui a comparu libre, pour association de malfaiteurs. Avant de partir délibérer, le président de Jorna avait précisé que pour chaque accusé présent à l'audience, une question subsidiaire serait ajoutée sur l'association de malfaiteurs terroriste. Pour certains accusés, la cour pouvait requalifier les chefs d'accusation, et estimer qu'il fallait requalifier en association de malfaiteurs sans la qualification terroriste, ce qui réduit la peine encourue. Lors du réquisitoire à deux voix, les deux magistrats du parquet national antiterroriste avaient justement demandé cette requalification pour un accusé. Au final, six en bénéficient.

Les accusés au procès des attentats de janvier 2015
Les accusés au procès des attentats de janvier 2015 © Radio France / Matthieu Boucheron

Ali Riza Polat

Verdict : Coupable de complicité d'assassinats terroristes, condamné à 30 ans de réclusion criminelle

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Ali Riza Polat, 35 ans, était le seul, dans la salle d’audience, à être jugé pour complicité des attentats terroristes. Le trentenaire volcanique, ami d’Amedy Coulibaly était accusé d’avoir aidé, en toute conscience, les terroristes dans leurs préparatifs des attentats. La cour motive sa condamnation par "la présence constante d'Ali Riza Polat dans les jours précédents les faits", ainsi que "son amitié de longue date avec Amedy Coulibaly alors qu'il savait que celui-ci avait été détenu dans un procédure terroriste".

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La peine requise contre l'accusé Polat était la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, pour complicité de crimes terroristes. Mais le parquet national antiterroriste avait abandonné son accusation d'association de malfaiteurs terroriste criminelle. 

Amar Ramdani

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs terroriste criminelle, condamné à 20 ans de réclusion criminelle

Amar Ramdani, 39 ans, est un autre ami proche d'Amedy Coulibaly qu'il a connu en prison, alors qu’ils travaillaient ensemble à la buanderie de Villepinte. L’homme que l’on a vu charmeur à l’audience, est accusé d’avoir été récupérer des armes à Lille pour le compte du terroriste de Montrouge et de l’Hyper Cacher. La cour estime qu'il "a apporté un soutien logistique déterminant", notamment en prenant part à "une escroquerie automobile dont le fruit était destiné au financement de l'action à venir d'Amedy Coulibaly". Quant à la radicalisation de son ami, la cour considère qu'il en avait "pleinement conscience même s’il ne connaissait pas avec précision les détails".

La peine requise contre l'accusé Ramdani était 17 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers avait été requis à son encontre.

Saïd Makhlouf

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs (non terroriste), condamné à 8 ans de prison

Saïd Makhlouf, 31 ans, ambulancier, est jugé pour avoir accompagné son cousin et voisin de box, Amar Ramdani, lors des voyages à Lille pour récupérer des armes. La peine de 13 ans de réclusion avait été requis par les avocats généraux contre cet homme qui n’avait jamais été incarcéré avant cette affaire. La cour a écarté le caractère terroriste dans son cas, soulignant toutefois "ses explications évolutives et changeantes", semblant se contenter "d'épouser les explications d'Amar Ramdani". Il a toutefois, selon elle, "apporté un acte logistique incontestable et déterminant dans la préparation".

La peine requise contre l'accusé Makhlouf était 13 ans de réclusion requis pour association de malfaiteurs terroriste . Il n’avait jamais été incarcéré avant cette affaire.

Mohamed-Amine Fares

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs (non terroriste), condamné à 8 ans de prison

Mohamed-Amine Fares, 31 ans, est l’accusé au regard rieur, que l’on a souvent vu hilare dans le box. Il était jugé pour avoir joué les intermédiaires entre les trafiquants d’armes qui les ont importées en France et ceux qui les ont transportées pour Amedy Coulibaly. La cour confirme ce chef d'accusation, tout en reconnaissant qu'il ne connaissait pas le terroriste, et qu'il ne présente "aucune adhésion à une quelconque idéologie terroriste".

La peine requise contre l'accusé Fares était 7 ans de prison. Le parquet national antiterroriste avait abandonné le caractère terroriste des charges retenues contre lui. 

Nezar Mickaël Pastor Alwatik

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs terroriste criminelle, condamné à 18 ans de réclusion criminelle

Nezar Mickaël Pastor Alwatik, 35 ans, était un ami de Coulibaly, rencontré en prison à Villepinte. De son box, il a clamé son innocence. Mais son ADN a été découvert dans un gant de Coulibaly retrouvé dans l'Hyper Cacher. Ses empreintes génétiques étaient aussi sur deux armes restées dans la planque. Pastor Alwatik affirme qu'il a été trahi par Coulibaly, qu'il ne connaissait pas son degré de radicalisation, ni sa fascination pour Daech. La cour évoque à l'inverse un coup de téléphone entre les deux hommes, démontrant selon elle qu'il "connaissait non seulement l'idéologie djihadiste d'Amedy Coulibaly mais qu'il la partageait". "Nezar Pastor Alwatik avait nécessairement connaissance d'un projet criminel nourri par Amedy Coulibaly, qu'il en connaissait la nature même s'il n'en connaissait pas les détails", ajoute le président.

La peine requise était 20 ans de réclusion, assortie d'une peine de sûreté des deux tiers, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Willy Prévost 

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs terroriste, condamné à 13 ans de réclusion

Willy Prévost, 34 ans, s'est présenté comme le souffre-douleur de Coulibaly, qui a grandi dans la même cité. Il a reconnu avoir acheté dans une armurerie des couteaux, des tasers, des gilets tactiques, une voiture qui a servi à se rendre à l'Hyper Cacher. Il a aussi retiré le traceur de la moto qui a été utilisée pour aller tuer la policière de Montrouge. Willy Prévost reconnaît sans sourciller qu'il a pu participer à une "association de malfaiteurs, pas de problème !" Mais il nie être un terroriste. La cour, au contraire, se base sur tous ces achats pour le juger coupable. "Il ne peut être retenu par la cour qu'il ignorait le profil [djihadiste, NDR] d'Amedy Coulibaly."

Peine requise : Dix-huit ans de réclusion ont été requis contre lui, assortie d'une peine de sûreté des deux tiers, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Abdelaziz Abbad

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs (non terroriste), condamné à 10 ans de réclusion criminelle

Abdelaziz Abbad, 36 ans, condamné pour complicité d’assassinat dans un autre dossier, est accusé d’avoir fait partie de la filière “belgo-ardennaise” et d’avoir fourni des armes aux terroristes de janvier 2015 en sa qualité de "trafiquant aguerri". Comme pour Miguel Martinez, la cour retient le trafic d'armes, tout en ne relevant "aucune idéologie djihadiste".

La peine requise était 18 ans de réclusion criminelle, assortie d'une peine de sûreté des deux tiers, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. 

Miguel Martinez

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs (non terroriste), condamné à 7 ans de prison

Miguel Martinez, 38 ans, est voisin de box et ami de longue date d’Abdelaziz Abbad. Il est cet accusé immense -il mesure deux mètres- soupçonné dans le dossier d’être radicalisé et qui a reconnu avoir transporté un sac d’armes, mais affirme avoir toujours ignoré leur destination. Comme pour Abdelaziz Abbad, la cour retient le trafic d'armes, tout en ne relevant "aucune idéologie djihadiste".

La peine requise était 15 ans de réclusion, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers, pour association de malfaiteurs terroriste. 

Metin Karasular

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs (non terroriste), condamné à 8 ans de prison

Metin Karasular, 50 ans, est ce garagiste belge d’origine turque que l’on a souvent vu somnoler à l’audience. Il est accusé d’avoir recherché des armes pour les terroristes. La cour estime qu'il "a eu des rencontres physiques avec Polat, Coulibaly, Abbad, Martinez pour fournir des armes", mais qu'il n'avait pas conscience de la radicalisation du terroriste. Il s'était également présenté au commissariat de Charleroi en janvier 2015 pour parler de la vente de voiture à Coulibaly.

La peine requise était 15 ans de réclusion, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers et d'une interdiction de territoire français, pour association de malfaiteurs terroriste. 

Michel Catino

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs (non terroriste), condamné à 5 ans de prison

Michel Catino, 68 ans, à la santé fragile, est le plus âgé des accusés. Celui a été décrit comme l'homme à tout faire de Meetin Karasular a reconnu avoir transporté un sac d’armes. Mais dit tout ignorer du projet terroriste qui se préparait alors. La cour le condamne donc, pour avoir transporté ce sac d'armes, pour "association de malfaiteurs", mais ne voit chez lui "aucune adhésion à une quelconque idéologie terroriste".

La peine requise était 15 ans de réclusion, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers et d'une interdiction de territoire français pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.  

Christophe Raumel 

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs (non terroriste), condamné à 4 ans de prison

Christophe Raumel, 30 ans, a été le meilleur ami de Willy Prévost avant que celui-ci n'ait une relation avec sa femme. Il est le seul homme de ce procès à avoir comparu libre, le seul à ne pas avoir de caractère terroriste dans les accusations retenues contre lui. "Christophe Raumel, qui ne fréquentait que très peu Amedy Coulibaly, admettait savoir qu'il allait commettre des actes répréhensibles", a estimé la cour, qui se dit "convaincue de sa culpabilité".

Peine requise : 5 ans de détention. (Une peine qui, compte-tenu des années de détention provisoire déjà effectués, lui permettrait de ne pas retourner en prison) 

Mohamed Belhoucine

Verdict : Coupable de complicité de crimes terroristes, condamné à la perpétuité

Mohamed Belhoucine est présumé mort en Syrie, où il s'est enfui quelques jours avant les attentats. Il est accusé d’avoir été le complice d’Amedy Coulibaly dans les préparatifs de ces attaques.

La peine requise était la réclusion à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, soit la plus lourde peine du code pénal.

Mehdi Belhoucine

Verdict : La cour constate les faits mais estime qu'ils ont déjà été jugés par la cour d’assises le 17 janvier 2020

Mehdi Belhoucine est présumé mort en Syrie, où il s'est enfui quelques jours avant les attentats, comme son frère Mohamed. La cour rappelle qu'il "a participé à des combats" sur place, même si "aucun élément ne permet avec certitude de le considérer décédé" en Syrie. Toutefois, il a déjà été jugé et condamné pour association de malfaiteurs terroriste criminelle en janvier 2020, et ne peut donc pas être à nouveau condamné, selon la règle du "non bis in idem".

La peine requise était 20 ans de réclusion assortis d’une peine de sûreté des deux tiers pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.  

Hayat Boumeddiene

Verdict : Coupable d'association de malfaiteurs terroriste criminelle et financement du terrorisme, condamnée à 30 ans de réclusion criminelle

Hayat Boumeddiene, veuve du terroriste Amedy Coulibaly, a rejoint la Syrie quelques jours avant les attentats. La “princesse de l’Etat islamique” selon l’accusation serait toujours dans les rangs de Daech. La cour se dit "convaincue de la culpabilité de Hayat Boumeddiene, qui depuis 2015 s'est maintenue dans le groupe État islamique. Elle a aussi eu un rôle important dans le financement des actes terroristes commis par son mari."

La peine requise était 30 ans de réclusion assortis d’une peine de sûreté des deux tiers, soit la peine maximale pour l’infraction d’association de malfaiteurs terroriste criminelle. 

A l'énoncé du verdict, les onze accusés présents, tous debout, à la demande du président de Jorna ont écouté les sentences sans bruit. L'accusé Pastor Alwatik, lourdement condamné, a rapidement fait mine d'applaudir. Puis sa famille, qui était au fond de la salle, s'est approchée de la vitre du box pour le réconforter. Mains serrées, effleurées, à travers le trou de la vitre du box, durant de longues minutes. Dans le box d'en face, l'épouse de Miguel Martinez l'a embrassé. Les autres accusés n'avaient pas de famille dans la salle. Ils ont parlé avec leurs avocats. Les onze accusés présents à ce procès avaient prononcé leurs derniers mots lundi. Si certains reconnaissaient avoir touché ou transporté des armes, tous disaient qu'ils ne savaient pas que des attentats se préparaient. 

"Tout est chagrin depuis le 7 janvier 2015, ce procès est chagrin, mais dans ce verdict, je crois que les juges ont fait attention"

Sur les bancs des parties civiles, beaucoup de survivants et de familles de victimes de Charlie Hebdo, de Montrouge ou de l'Hyper Cacher étaient venus écouter ce verdict. "Un jour pas gai", confiait un Charlie. Un moment attendu et éprouvant pour tous. Certains survivants espéraient des peines sévères. D'autres ne souhaitaient que des peines justes, et avaient déjà dit, comme la romancière Sigolène Vinson, épargnée par les frères Kouachi, qu'ils ne voulaient pas d'une justice vengeresse. À la barre, elle avait dit vouloir "condamner des coupables, s'il y en a". Avant le verdict, elle avait confié à France Inter qu'elle serait "très triste que la justice fasse des accusés des exemples". Après le verdict, sonnée, comme beaucoup d'autres parties civiles, elle dit que "tout est chagrin depuis le 7 janvier 2015, ce procès est chagrin, mais en même temps, dans ce verdict, je crois que les juges ont fait attention. C'est un consensus. Il y a des peines qu'on peut considérer comme légères mais que moi je trouve adaptées". 

Mais au bout de trois mois de procès, auquel elle a assisté presque chaque jour, Sigolène Vinson, malgré cette "vérité judiciaire" se sent toujours "dans l'errance". Autre survivant, l'imprimeur de Dammartin-en-Goële, Michel Catalano, espère que ce verdict va "clore un chapitre", même si ce procès aura remué de terribles douleurs. Douleurs qui seront fatalement ravivées par le procès en appel qui s'annonce déjà. Le principal accusé, Ali Riza Polat, ayant déjà annoncé son intention de faire appel de ce verdict.