Suite des plaidoiries de la défense avec aujourd'hui la parole aux avocats d'Abdelaziz Abbad, Miguel Martinez et Willy Prévost. Tous ont démonté avec vigueur les accusations d'association de malfaiteurs terroriste sur lesquelles le parquet national antiterroriste a requis entre 15 et 18 ans de réclusion criminelle.

Mes David Apelbaum, Margot Pugliese et Margaux Durand-Poincloux plaident pour la défense de leurs clients
Mes David Apelbaum, Margot Pugliese et Margaux Durand-Poincloux plaident pour la défense de leurs clients © Radio France / Matthieu Boucheron

Pour ce troisième jour de plaidoiries des avocats de la défense, il est question de la suite du volet belgo-ardennais ainsi qu'il est désormais communément appelé. Dans ce volet, la majorité du box de droite lorsque l'on fait face à la cour : les Belges Michel Catino et Meetin Karasular, dont les avocats ont plaidé hier jeudi. Et les Ardennais Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez dont c'est aujourd'hui au tour de se lever pour leur défense. 

Abdelaziz Abbad, l'homme aux armes pourries

C'est d'abord Me Margaux Durand-Poincloux qui s'avance à la barre pour la défense d'Abdelaziz Abbad. Elle est l'une des plus jeune de cette équipe de défense "très verte" comme elle la qualifie elle-même. Et confie d'emblée sa colère face à ce procès. Face à l'accusation surtout. "Le mois de suspension de ce procès aura permis à la fois à Polat de guérir et aux avocats généraux de trouver une nouvelle accusation." La jeune avocate confie sa honte aussi : "faire d'une rencontre fortuite, sans aucun échange, dans un lieu public avec des tiers, en faire la rencontre pendant laquelle Saïd Kouachi aurait demandé des armes à Abdelaziz Abbad, il y a un problème. On nous a dit : 'vous n'avez pas besoin de preuve'. Mais en fait on est au-delà. On nous a dit : 'l'absence d'impossibilité doit conduire à 18 ans de réclusion criminelle'. Mais il n'y a pas que moi qui devrais avoir honte. Car objectivement c'est honteux !" Alors, poursuit-elle, deux jours après le réquisitoire prononcé par les avocats généraux, "j'ai mis un peu de temps à m'en remettre. Et j'ai honte. Et j'ai repensé à cette phrase : 'que considères-tu comme ce qu'il y a de plus humain ? Epargner la honte à quelqu'un'." 

Au sujet du contexte de radicalisation, dont l'accusation, là encore, soutient qu'il ne pouvait être ignoré par Abdelaziz Abbad, Me Durand-Poincloux se tourne, ironique vers le box, désigne son client : "celui-là, avant 2014, avant les premiers attentats sur le sol français, il est abonné au Monde diplomatique. C'est évident !" Quand aux faits matériels eux-mêmes, cette association de malfaiteurs terroriste pour laquelle comparaît Abdelaziz Abbad : "moi je comprends l'intérêt de requérir même quand c'est pas prouvé. Comme on y croit, on tord un peu les preuves, on dit que c'est démontré. Mais là, je ne vois même pas comment on peut y croire en fait. On a tous lu le dossier, on était tous à l'audience : la seule chose qui est ressortie, c'est du transport d'armes. C'est tout !" Transport et détention d'armes : voilà les fait que reconnaissent les accusés de ce "volet belgo-ardennais". Des faits qui sont passibles non pas d'une cour d'assises, mais d'un procès en correctionnelle. "Abdelaziz Abbad n'est coupable que d'avoir détenu, transporté des armes, poursuit son avocate, d'en avoir revendu deux avant de se faire voler le reste. Il acquiert des armes pour lui, le débat n'est pas le caractère terroriste, c'est l'existence d'infraction." 

C'est sur cette même idée que Me David Apelbaum plaide à son tour. Sans notes. Et pourtant structuré, parfois drôle, souvent brillant. "Ma consœur vous a parlé de son malaise, sa colère, sa honte. Moi je voudrais simplement vous confier ma fatigue. Je suis fatigué, fatigué du réquisitoire que nous avons entendu. Un réquisitoire bas de gamme, monsieur le président, et je pèse mes mots. Quand comme argument on utilise 'il n'y a pas de hasard' ou 'tout le monde se connaît'. Quand on entend dire que 7 ans de prison c'est une peine légère parce que ce n'est pas le maximum. Quand on entend dire que 4 ans de prison c'est une peine digne d'une comparution immédiate... et bien je ne suis pas pressé de voir Mme l'avocate générale retourner en audience de comparution immédiate !" La salle rit mais David Apelbaum poursuit déjà son raisonnement pour la défense de son client. "Si vous jugez ce dossier à l'ambiance, à l'esthétique, bien sûr que vous jugerez contre nous. Contre nous ces casiers judiciaires longs comme un jour sans pain. Si vous jugez ce dossier en esthétique vous en serez dégoûtés. Mais vous jugerez les faits."

Et de démonter à son tour les éléments repris dans le réquisitoire. À commencer par cette commande d'armes, selon l'accusation, par l'un des frères Kouachi au duo Abdelaziz Abbad-Miguel Martinez. "La chronologie vous a été exposée, c'est la réalité du dossier. Mais comme cette réalité ne colle pas à l'accusation, on a essayé de vous inventer des choses. Pour essayer de faire coller le dossier à l'accusation. Pourquoi Abdelaziz Abbad ne connaît-il pas Saïd Kouachi ? J'ai entendu dans le réquisitoire : 'à Charleville-Mézières, tout le monde ce connaît'. Si on écoute le parquet général, cela veut dire littéralement que tout le monde se connaît. Oui, c'est une petite ville, mais sérieusement ... pour le parquet général, partir de là ? Partir de là ! Alors oui, Abdelaziz Abbad est né à Charleville-Mézières. Mais les frères Kouachi, leurs racines sont en région parisienne." Me Apelbaum poursuit encore sur ce lien supposé entre l'un des tueurs de l'attentat de Charlie Hebo et l'accusé Abdelaziz Abbad : "les frères Kouachi c'est un enfermement quasi-total, un système extrêmement fermé, verrouillé avec une plus grande prudence. Une prudence qui ne pouvait pas les conduire vers Abdelaziz Abbad qui à l'époque était quand même soupçonné d'avoir commandité un meurtre. Et Saïd Kouachi n'est à l'initiative de rien sauf quand il s'agit de mourir. Et on veut nous faire croire que ce type qui ne sort jamais de chez lui va aller chercher des armes auprès de quelqu'un qu'il ne connaît pas dans un endroit qu'il ne connait pas ? Alors il a fallu créer un lien. Et on est allé chercher Sounia B. [épouse Kouachi] et on écrit : "Sounia B. et Abdelaziz Abbad se connaissent depuis le collège. Moi, j'ai cru que ça voulait dire qu'ils se voyaient encore. Mais ils n'avait plus aucun lien depuis 11 ans ! Dire qu'ils sont amis ce n'est plus de l'arrachage de dents, c'est de la chirurgie maxillo-faciale à ce niveau. Je préfère en faire un bon mot car sinon ça dépasserait le cadre acceptable d'une plaidoirie.

La salle sourit encore. Tandis que dans les boxes, les accusés n'en perdent pas une miette. Et puis il y a les armes, ces armes qui ont fini entre les mains des tueurs de Charlie Hebdo. Et que l'accusation soupçonne d'avoir été fournies par ces hommes du box de droite. "Puis, on a commencé à comprendre que les armes étaient pourries, vieilles. Et donc on a commencé à vous faire croire qu'il y a d'autres armes. On essaie de vous le faire croire en parlant d'un trafic d'armes. Mais ce sont les mêmes armes d'un bout à l'autre. Et il n'y en a pas d'autres. Ces armes sont vieilles et anciennes. Elles sont vieilles parce qu'elles sont, je cite : 'pourries, laisse tomber de la merde, on ne peut rien en faire'. Elles sont hors d'usage. Et elles sont anciennes parce qu'elles datent de 1910. Or, les armes des frères Kouachi sont des armes automatiques, toutes. Elle sont récentes. Et elles sont, tristement, en parfait état de marche." 

Dans le box de gauche cette fois, le principal accusé, Ali Riza Polat s'agace depuis un moment. Et, comme on l'a déjà vu faire souvent à cette audience, sort de ses gonds, interrompt la plaidoirie en cours : "t'es un menteur. Depuis tout à l'heure tu fais que mentir. Casse ta mère, fils de pute." Le président intervient, le menace d'expulsion. Me David Apelbaum poursuit, imperturbable. Et plaide, à son tour, sur cette infraction d'AMT qui est reprochée à son client. "Il n'y a pas d'association de malfaiteurs terroristes, il n'y a même pas d'association de malfaiteurs tout court. Il n'y a qu'un port et un transport d'armes. Alors 18 ans de réclusion criminelle avec peine de sûreté des deux tiers. La pilule est un peu dure à avaler." Et oui, poursuit-il, il y a eu des mensonges et des contradictions dans les déclarations d'Abdelaziz Abbad. "Moi je comprends cette image d'Epinal qu'on peut avoir du procès où les corps et les âmes se rencontrent et jaillit la vérité. Mais c'est normal ce qui s'est passé ici. Il ne faut pas attendre trop d'un procès. Quand vous êtes en garde à vue, accusé de terrorisme, interrogé 8 fois de suite, il y a des contradictions, des mensonges. Parfois je me dis que ça ne nous ferait pas de mal d'y passer tous, moi le premier. 48 heures en garde à vue, ça nous améliorerait le caractère." 

Et de conclure : "je vais finir en reprenant une phrase de Sigolène Vinson qui vous a dit toute la mesure de l'abîme qui vous attend : 'il faut condamner les coupables s'il y en a.' Et peut-être que pour un volet de ce dossier, il n'y en a pas."

Me Elie Korchia, avocat de parties civiles
Me Elie Korchia, avocat de parties civiles © Radio France / Matthieu Boucheron

"Ah Monsieur Martinez, je n'avais pas encore de barbu dans ce dossier" 

Le dernier homme de ce volet belgo-ardennais se nomme Miguel Martinez. Et c'est Me Margot Pugliese qui s'avance à la barre pour sa défense. "À la fin de ce procès et pendant toute cette procédure, je me suis posée la même question : est-ce qu'on peut encore y croire à la justice antiterroriste ? Est-ce que vous serez assez sereins, assez libres pour ne pas suivre la thèse qu'on vous a construite pendant toutes ces années. Est-ce que vous serez assez sereins pour rendre un arrêt qui ne serait pas pour l'histoire mais simplement pour la justice ? Serez-vous assez courageux pour acquitter Miguel Martinez de l'infraction d'association de malfaiteurs terroriste? M. Martinez me dit : 'est-ce qu'ils vont être justes ?' Parce qu'il a peur et moi je ne peux pas le rassurer parce que j'ai vu se construire ce système. Face à système là, on peut mesurer 1m98, peser presque 100 kilos et se sentir très très fragile. Vous savez, je n'ai rien oublié de l'horreur. C'est un dossier dans lequel on a tous pleuré en écoutant les victimes. Ca n'arrive pas dans les autres dossiers ça. Vous jugez et nous on doit défendre. On doit défendre avec ces chagrins là. Je peux vous dire qu'on en peut plus des islamistes. On n'en peut plus des barbus. On n'en peut plus ! Alors dans ce contexte, est-ce Miguel Martinez n'était pas un peu condamné d'avance ?"

Et dans ce dossier-là, justement, Me Margot Pugliese défend l'un des rares accusés soupçonné de radicalisation. Même s'il s'en défend et s'en est défendu tout au long des cinq ans d'instruction. "Est-ce qu'il n'était pas condamné d'avance Monsieur Martinez avec sa barbe et son qamis ? Depuis le bureau de la juge d'instruction qui a dit : "ah je suis vraiment contente de vous avoir en face de moi parce que je n'avais pas encore de barbu dans ce dossier". Alors on a ri avec Miguel Martinez. Parce qu'il aime bien rire, il aime bien les bons mots. Mais on s'est ensuite rendus compte que ce n'était pas un trait d'esprit. Miguel Martinez il était vu comme un fou de Dieu. Cet immense fou de Dieu. Sans la radicalisation de Miguel Martinez, il ne restait plus qu'Abdelaziz Abbad et son trafic de stupéfiant. Le problème c'est qu'Abdelaziz Abbad ce n'est pas exactement une grenouille de bénitier. Alors le rattacher à l'islam radical c'était compliqué.

Alors Miguel Martinez, poursuit-elle, est devenu LE radical de ce volet du dossier, photo de lui barbu à l'appui. "Alors c'était difficile pour Miguel Martinez de se lever à l'audience. Mais il voulait vous parler de sa religion. C'était son obsession. Parce qu'il en crevait d'être assimilé à ces terroristes. Lui il s'est converti à l'âge de 9 ans. Parce qu'il avait besoin de savoir que son père n'était pas en train de pourrir sous la terre. Puis, il s'en est écarté. C'est comme ça, c'est la vie. Puis il a recommencé à pratiquer à la mort de sa mère." Mais c'était aussi sans compte sur le témoignage de son beau-père "un peu encombrant mais qu'il acceptait tous les week-ends, ce beau-père qui, par provocation, mettait des têtes de porc dans leur frigo. Et Miguel Martinez qui ne disait rien." Avec lui, "le Graal dans cette instruction : il est venu raconter que Miguel Martinez regardait mort de rire des vidéos de décapitation." En réalité, on l'a appris à l'audience, la dite vidéo de décapitation était un extrait du film Bernie, d'Albert Dupontel. "Alors ça a fait un bel effet d'audience. On en a tous souri. Mais en réalité c'est triste à pleurer sur la justice antiterroriste."

Ainsi plaide Me Margot Pugliese sur la machine judiciaire antiterroriste. "C'est un dossier en réalité qui transpire la peur et la déraison. Et je crois que quand on a trop peur, la justice devient le pire d'elle-même. Et il n'y a rien de personnel parce que je me souviens de cette époque-là. Je me souviens de l'horreur. Et ne pensez pas que moi aussi je n'ai pas douté. Parce qu'il est long le trajet jusqu'à Châlons-en-Champagne." Châlons-en-Champagne, là où Miguel Martinez était incarcéré. Là aussi, rappelle l'avocate, où est né Jean Cabut. "Mais moi je ne pouvais pas douter très longtemps parce que j'avais rencontré sa femme Que j'avais vu son sourire quand elle parlait de Miguel. Ca transpirait l'intime."

"Vous l'avez vu Miguel Martinez regarder dans la salle tout le temps, essayer de comprendre tous les témoignages. Vous l'avez vu aussi lire Charlie Hebdo dans le box. Et rire. Il a craqué aussi. _Et vous avez dit, monsieur le président, qu'il y avait eu un incident parce qu'il détestait les femmes. Mais en fait, il n'en pouvait plus de se faire palper les parties à chaque fois qu'il passait la porte. Alors on vous a fait des correspondances. On vous a écrit discrètement, pour que ça reste intime, pour vous dire qu'ils n'en pouvaient plus de pisser devant tout le monde, la porte ouverte. Qu'ils allaient craquer.  _Alors Miguel Martinez a craqué. Pas parce qu'il a problème avec les femmes, mais avec l'humiliation."

Et puis il y a ce sac d'armes. Ces armes passées de main en main avant de finir dans la Meuse car en trop mauvais état. "Alors pourquoi il s'et occupé de ce sac? C'est la question qu'on aurait pu se poser. Alors qu'il vous dit qu'il voulait se ranger. Mais parce que Miguel Martinez est loyal et il voit Abdelaziz Abbad qui est un homme traqué. Il va aider Abelaziz Abbad car il lui a tout donné. Le garage de Miguel Martinez n'existerait pas sans Abelaziz Abbad. C'est un sale service, c'est sûr. Mais de ces sales services qui remplissent vos tribunaux. Pas qui mérite d'être mis en cause dans les attentats de janvier 2015. Vous allez condamner Miguel Martinez pour ce qu'il a fait : un transport d'armes. Ce sac d'armes rouillées, là. On vous a requis 15 ans de réclusion criminelle comme s'il ne s'était rien passé à l'audience. Il va falloir que vous baissiez. Il va falloir que vous baissiez beaucoup beaucoup beaucoup. J'espère que vous en aurez le courage. Mais pourquoi êtes-vous devenu juge? Je suppose que vous vous êtes dit que vous seriez un bon juge, que vous jugeriez librement. Même si on vous dit que le monde vous regarde."

Et Me Margot Pugliese d'espérer à voix haute : "peut-être que quand vos enfants ou petits-enfants regarderont votre arrêt, ils diront : 'il y a eu un moment dans l'Histoire où la justice antiterroriste a réussi à rendre la justice. Juger des hommes ordinaires, même si on veut en faire des hommes exceptionnels. Alors voilà. Je vous le confie."

Me Hugo Levy, avocat de Willy Prevost.
Me Hugo Levy, avocat de Willy Prevost. © Radio France / Matthieu Boucheron

Willy Prévost, "histoire d'une relégation sociale"

Le dernier homme du box de droite ne fait pas partie de ce volet belgo-ardennais. Il a été placé là, notamment du fait de ses inimitiés avec Ali Riza Polat, principal accusé qu'il a identifié au cours de l'instruction.  Willy Prévost a fréquenté directement Amedy Coulibaly. Dans leur réquisitoire, les avocats généraux ont réclamé 18 ans de réclusion criminelle à son encontre. C'est Me Hugo Lévy qui le défend à cette audience. "Dans ce box, je ne vois que des frères humains sidérés par ce qu'on fait d'autres qu'eux. Aucun de ce qui sont ici n'a pris la vie des autres. Aucun d'eux n'a proclamé que la mort était plus importante que la vie. Mais tout ici ont saisi le journal qui leur était offert. Willy Prévost a saisi le dessin qui lui était offert par la famille d'Honoré. J'ai eu de la colère, mais cette colère n'est pas celle de l'homme que je défends. Willy Prévost n'a ni haine, ni rancœur. Willy Prévost attend sa peine avec ce fatalisme décelé dans le rapport du QER [quartier d'évaluation de la radicalisation, ndlr]. Il n'a souhaité la mort de personne. Coulibaly s'est servi de lui et l'a trahi. " 

Me Hugo Lévy évoque la vie de Willy Prévost, 34 ans, originaire de Grigny (Essonne). Cette vie de relégation sociale. "34 années de relégation sociale et maintenant 18 ans de réclusion criminelle requis pour des faits commis par un autre que lui. Grigny ça veut dire grincer des dents, comme Willy Prévost a grincé des dents lorsqu'à 9 ans il a reçu une balle perdue. Une balle perdue à Grigny c'est comme un accident de circulation : on en fait le constat, mais on ne fait pas d'enquête. Le corps de Willy Prévost est à lui seul celui d'une histoire de la violence."

Et puis, comme ses confrères avant lui. Comme d'autres nécessairement après lui, Me Hugo Lévy plaide l'ignorance des velléités terroristes de celui qu'il connaissait depuis des années. "Non seulement, il n'a pas adhéré au projet terroriste d'Amedy Coulibaly mais il en a tout ignoré. Il devait l'ignorer. Son ignorance était la condition voulue pas Coulibaly. Le seul fait de lui donner des explications exposerait le projet au risque de l'échec. Ce projet a été conçu, préparé dans le cercle qui unissait les frères Belhoucine et le couple Hayat Boumeddiene-Amedy Coulibaly. Amedy Coulibaly a été promis au martyr dans les bras d'Hayat Boumeddiene. L'association terroriste est là, vous le savez. Si l'association de malfaiteurs terroriste à du sens, c'est à la condition d'y appliquer une adhérence. Mohamed Belhoucine et Amedy Coulibaly sont dans l'association parce qu'ils y adhèrent. Willy Prévost n'adhère à rien. Quant à l'antisémitisme, c'est de ma faute s'il connaît ce terme. Quand il était au QER [quartier d'évaluation de la radicalisation ndlr] on lui a refusé un livre que je lui avais apporté "parce qu'il était antisémite". Ce livre ? Voyage au bout de la nuit. De Céline". 

Restent aussi les actes matériels, eux aussi constitutifs de l'infraction d'association de malfaiteurs terroriste. "Willy Prévost n'a commis aucun crime ou aucun délit lors de ces actes préparatoires. Il n'y aucun des actes préparatoires qui soit un crime ou un délit. Il n'y a ni vol, ni escroquerie, ni transport d'armes prohibé. Acheter une Megane sur le Bon Coin, c'est permis. Les actes de Willy Prévost ne sont pas punissables, il faut pour cela les rattacher à des décisions prises par un autre que lui. L'utilité de Willy Prévost c'est d'être ignorant des projets d'Amedy Coulibaly. Reconnaissez qu'il est tout de même reproché à Willy Prévost de ne pas avoir vu ce que la DGSI n'a pas vu, avec des moyens autrement plus conséquents. La DGSI s'est contentée de pleurer sur les trous dans la raquette. Et Willy Prévost en prison pour 18 ans ? Nous sommes terrassés par l'acte terroriste parce que nous ne l'anticipons jamais. Willy Prévost savait qu'Amedy Coulibaly était quelqu'un de violent. Mais il pensait que ça se retournerait contre quelqu'un du business. As usual." 

Et pour celui dont il rappelle qu'il est incarcéré en régime normal, qu'il ne pose aucun problème en détention, Me Hugo Levy "demande l'espoir d'une véritable reconstruction, un moyen de tourner la page. Pour les victimes, la société, il faut qu'il puisse admettre et comprendre le sens de la peine. Alors sanctionner l'erreur commise mais laissez-lui la possibilité d'aimer la vie."