Willy Bardon, jugé dans l'affaire Élodie Kulik, violée et tuée en 2002, a été condamné ce vendredi à 30 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de la Somme pour l'enlèvement, la séquestration et le viol de la jeune femme. Juste après l'énoncé du verdict, l'homme a avalé "un produit". Il est en réanimation.

Willy Bardon, ici avec ses avocats, est jugé depuis le 21 novembre à Amiens, devant les assises de la Somme.
Willy Bardon, ici avec ses avocats, est jugé depuis le 21 novembre à Amiens, devant les assises de la Somme. © AFP / Denis Charlet

Le verdict est tombé peu après 19 heures, ce vendredi 6 décembre. Au terme de 13 jours d'audience aux assises de la Somme, Willy Bardon a été condamné à 30 ans de réclusion pour "enlèvement, viol et séquestration suivis de mort". Une condamnation plus sévère, donc, que les réquisitions de l'avocate générale qui s'est exprimée ce matin. 

À l'énoncé de sa condamnation, Willy Bardon a avalé quelque chose et bu un verre d'eau. Évacué précipitamment de la salle, Willy Bardon a été pris en charge par les pompiers et hospitalisé en réanimation. "Son état semble grave et préoccupant", indique ce vendredi soir le procureur de la République d'Amiens Alexandre de Bosschère. "On ne sait pas quel est le produit qu'il a ingéré", ni "comment il a pu cacher ça" alors qu'il avait "été fouillé", a déclaré le procureur précisant qu'un proche de Willy Bardon avait "dit qu'il attenterait à ses jours s'il était condamné".

Retour sur le dernier jour de ce procès hors-norme, qui a vu défiler en deux semaines 47 témoins et experts à la barre.

"Nous avons espéré un miracle pour savoir la vérité, mais il n'a pas eu lieu"

Veste grise, pantalon couleur rouille : ce vendredi matin, Willy Bardon est resté immobile en entendant les réquisitions du ministère public. L'accusation a requis ce vendredi 30 ans de réclusion avec une peine de sûreté des deux tiers à l'encontre de celui qui est jugé depuis trois semaines devant les assises d'Amiens pour "enlèvement et séquestration suivis de mort". Élodie Kulik, 24 ans, a été violée et étranglée en janvier 2002. Son corps avait été retrouvé en partie carbonisé sur un terrain vague de Tertry, dans la Somme. 

"Au cours de ce procès, nous avons espéré un miracle pour savoir la vérité, mais il n'a pas eu lieu", a déclaré l'une des deux avocates générales. Aux yeux de l'accusation, la participation de Grégory Wiart, mort en 2003, est "indéniable". Néanmoins, les deux hommes que l'on entend sur l'enregistrement de l'appel aux secours "font forcément partie des ravisseurs" d'Élodie Kulik. Willy Bardon est "le seul proche" à "pouvoir être présent" et "reconnu sur la bande" par plusieurs témoins, a souligné Anne-Laure Sandretto.

Ce vendredi matin, l'avocate générale a estimé que Willy Bardon devait être condamné pour enlèvement et séquestration suivis de mort, mais acquitté des faits de viol et de meurtre aggravé, au vu de l'incertitude entourant son implication. 

Les derniers mots de Willy Bardon

Avant que les jurés ne partent délibérer, peu avant 15 heures, Willy Bardon se lève pour s’adresser une dernière fois à la cour. Son micro émet un énorme larsen, il a le visage rouge, la voix étranglée par l’émotion. "Je peux comprendre la douleur de Monsieur Kulik. Mais je n’y étais pas. Je suis innocent, je vous le jure je n’y étais pas." Le père d’Élodie ne lui accorde pas un regard.

Auparavant, les trois avocats de Willy Bardon avaient plaidé pendant plus de trois heures, pour instiller le doute dans l’esprit des jurés. Stéphane Daquo, son avocat historique, commence : "La conviction, c’est une certitude résolue. Vous ne pouvez pas vous tromper, ce serait condamner un innocent. Douter, c’est se grandir : si vous vous posez des questions, n’hésitez pas à déposer un bulletin blanc."

L’avocat dénonce une enquête partiale, déloyale même, entachée de "bidouillages". Il rappelle ce qu’a révélé un témoin à la barre : les gendarmes lui ont demandé d’appeler Willy Bardon, pour le faire parler. Puis revient sur cette fameuse pièce à conviction, l’enregistrement de l’appel d’Elodie Kulik aux pompiers. Didier Seban, l’avocat de Jacky Kulik, a eu cette formule : "Le timbre, c’est le visage de la voix". Stéphane Daquo rebondit : "Vu la brièveté de la bande et sa mauvaise qualité, ce serait un visage flou qu’on a vu furtivement." 

Il exhorte les jurés à préférer la rigueur scientifique – les experts se sont dits incapables d’analyser la bande de manière automatique – au "bon sens", celui qui voudrait que l’on soit capable de reconnaître la voix de ses proches. Le combat est inégal, estime l’avocat. "D’un côté il y  a Boucle d’or, la malheureuse. Et de l’autre, il y a la Bête. Mais vous l’acquitterez parce qu’il n’y a pas de certitudes, parce que la bande est inaudible, vous l’acquitterez parce qu’il est innocent."

Marc Bailly enchaîne sur le "château de sable" sur lequel repose l’accusation. "Vous ne devez pas vous baser sur un tapis de ouï-dire, de rumeurs, de coïncidences." Il revient sur cette femme qui avait faussement accusé Willy Bardon de l’avoir poursuivie en voiture. Sur cette autre, plus vraiment sûre que ce soit lui Bardon qui lui avait envoyé des SMS insistants. L'avocat rappelle qu’il n’a aucun antécédent judiciaire, que les experts psychiatre et psychologue ont bien dit qu’il n’avait pas le profil d’un prédateur sexuel. "N’oubliez pas que c’est à l’accusation d’apporter des preuves", martèle Me Bailly.

C’est Gabriel Duménil qui termine. C’est lui qui va s’adresser le plus directement aux jurés, jusqu’à les haranguer. "Vous êtes les juges de cet homme-là. C’est presque pas humain, ce qu’on vous demande. Vous n’êtes pas obligés d’être sûr. Et le doute profite à l’accusé." Alors bien sûr, "vous pouvez vous dire, ça pourrait être celui-là… Ce n’est pas ma conception de la justice." Me Duménil revient, longuement, lui aussi, sur l’enquête, viciée, biaisée, des gendarmes. Sur la pression médiatique et politique qui pesait sur eux, avec Nicolas Sarkozy qui avait promis à Mr Kulik de retrouver les coupables. 

"Qu’est ce qu’il reste comme preuve dans ce dossier ? Pas grand-chose."

Alors quand on identifie l’ADN de Grégory Wiart en 2012, et que l‘on découvre qu’il est mort en 2003, un an après les faits, "on a voulu absolument, coûte que coûte, trouver un coupable vivant. Parce que ce n’était pas supportable. Quitte à en fabriquer un" assène Me Duménil. Il accuse les enquêteurs de ne pas vraiment avoir exploré toutes les pistes. De s’être focalisé, très vite, sur le seul Willy Bardon. Alors que celui-ci appelle les gendarmes, demande à être interrogé, veut même donner son ADN. "Est-ce que Willy Bardon est un manipulateur, foncièrement intelligent ? Je ne crois pas. Il faut avoir un sacré culot pour faire ça."

Il rappelle l’absence d’ADN de Willy Bardon dans la voiture d’Élodie Kulik ou sur la scène du crime. Convoque les erreurs judiciaires du passé, de l’affaire Dreyfus au procès d’Outreau. Avant de revenir sur cette fameuse bande-son. De nombreux témoins n’ont pas reconnu Willy Bardon : "Ils sont aussi valables que les autres !"

Alors, conclut Gabriel Duménil, "qu’est ce qu’il reste comme preuve dans ce dossier ? Pas grand-chose."

"La première victime, c’est incontestable, c’est Elodie Kulik. Mais la deuxième victime collatérale, c’est celui-là" dit il en désignant Willy Bardon. Parce qu’il est innocent. La justice ne se résoud pas par la vengeance", dit il en s’approchant des jurés. "La condamnation de Willy Bardon n’apaisera pas le chagrin ni la colère des parties civiles, ce n’est pas vrai. Acquittez Willy Bardon." 

Les jurés sont partis délibérer. Sur le banc, l’accusé, bouleversé, se prend la tête dans les mains, peut-être pour cacher ses larmes. À ses côtés, un sac avec des affaires. Ce soir, il dormira en prison.

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