En ces temps de confinement, tout fonctionne au ralenti. La justice y compris, qui tente de fonctionner malgré tout en adaptant son rythme.

Comment rend-on la justice dans un tribunal de Paris entièrement vide ou presque ?
Comment rend-on la justice dans un tribunal de Paris entièrement vide ou presque ? © AFP / Philippe LOPEZ

Si les principaux procès en cours ont été interrompus (Médiator) et que ceux programmés au printemps ont été repoussés (comme celui des attentats de Charlie Hebdo, Montrourge et l’Hypercacher en janvier 2015 qui a été reprogrammé en septembre), certaines audiences se tiennent encore. C'est le cas des comparutions immédiates : un homme jugé pour le non-respect du confinement, des demandes de remises en liberté, comme celle d'un détenu de Fleury-Merogis inquiet de voir le nombre de cas de coronavirus se multiplier en détention, ou encore certaines urgences en matière civile.

Au tribunal de Paris, dans le quartier des Batignolles, le nouveau bâtiment, dessiné par Renzo Piano et inauguré il y a à peine un an, est un colosse de verre complètement désert. Ce bâtiment, qui peut en temps normal accueillir jusqu’à 9 000 personnes par jour, est aujourd'hui vide (ou presque). 

Faire respecter les règles d'hygiène

Un homme passe le portique de sécurité, fait remarquer aux vigiles impuissants qu’il doit poser sa veste là où d’autres, peut-être contaminés, l’ont fait avant lui. Plus loin, dans l'immense hall, quelques avocats empruntent les escalators pour rejoindre le quatrième étage là où se tient, ce jour-là, l'une des rares audiences pénales. 

"C'est très étrange, on voit de grands couloirs vides dans ce tribunal qui ressemblait déjà à un hôpital ou un aéroport", remarque Me Fares Aidel, avocat au barreau de Paris. 

"Le tribunal, ça n'est pas reprochable, mais c'est un fait, n'est pas adapté. Des solutions essaient d'être trouvées, mais le personnel judiciaire, pénitentiaire, policier n'est pas en mesure de faire respecter les règles d'hygiène. Les masques de protection ne sont pas présents. Donc, on est obligés de peser entre les intérêts de nos clients et le risque sanitaire.

Dans la salle d’audience, plus de vingt personnes sont là : magistrats, auxiliaires de justice, journalistes, prévenus, forces de l'ordre. À peine trois portent des gants. Une interprète est venue avec son masque. Mais les feuilles passent de main en main, les distances de sécurité ne sont pas respectées. Certainement pas dans le box des prévenus où l’on voit se croiser jusqu’à huit personnes - détenus et forces de l'ordre - dans trois mètres carrés

"Il n'y a pas de risque sanitaire zéro"

Ils sont un peu serrés là quand même”, s'inquiète alors président. Avant d’ajouter : “Ah, c’est bon, il y en a un qui sort”. Et de poursuivre l'audience. Car les dossiers s'enchaînent : comparutions immédiates, demandes de remise en liberté, débat sur le maintient en détention. 

Me Safya Akorri, avocate au barreau de Paris, est venue volontairement proposer ses services. "Je m'hydroalcoolise les mains très régulièrement, la greffière fait de même, on ne touche pas les justiciables, explique-t-elle. Mais il n'y pas de risque sanitaire zéro. En défense pénale d'urgence, on défend régulièrement des gens qui ont la gale. Je n'ai pas imaginé en venant que je serai en risque zéro, mais les autres acteurs de la chaîne judiciaire ne le sont pas non plus lorsqu'ils font leur travail.

Pendant la durée du confinement, le tribunal de Paris est fermé au public. Seuls les justiciables concernés par une audience et les professionnels peuvent y accéder. 

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