Manque de transparence, partialité,… L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) est régulièrement mise en cause, ces derniers temps, lors des manifestations dénonçant les violences commises par certains fonctionnaires. Comment se déroule une audition par l'IGPN ? Un policier entendu a accepté de témoigner.

Des manifestants mettent un genou à terre face à la police lors d'une manifestation contre le racisme et les violences policières à Rouen.
Des manifestants mettent un genou à terre face à la police lors d'une manifestation contre le racisme et les violences policières à Rouen. © Radio France / Théophile Pedrola

Lorsqu'il a reçu sa convocation par l'IGPN, Eric* a dû faire un sérieux travail de mémoire : le courrier lui apprend que les faits qui lui sont reprochés remontent à huit mois, une manifestation comme d'autres, son maintien de l'ordre et ses habituelles interpellations. Sauf que, cette-fois, le policier est accusé de coups par un homme qui a porté plainte. Le fonctionnaire découvre dans sa convocation qu'il fait donc l'objet d'une enquête judiciaire. Tout comme trois de ses collègues, intervenus au même moment. "J'ai donc relu mon PV pour savoir ce qui s'était passé exactement, et pour me remettre à jour sur les faits et le déroulé exact. En huit mois, on a interpellé à plusieurs reprises, et nous n'avons donc pas forcément tout en tête."

Puis vient le jour de la convocation, dans les locaux de la "police des polices" : "On arrive à l'IGPN désarmé, ce qui est somme toute logique. On attend dans une salle, où on se demande ce qui va se passer. Puis, on monte dans les étages pour être entendu". Interrogé dans le cadre d'une audition libre, le policier se voit notifier ses droits, dont celui de partir s'il le souhaite.

"Le plus de détails possible"

L'interrogatoire est poussé : "On comprend pourquoi on les appelle 'les bœufs-carottes', parce qu'on est vraiment cuisinés", se souvient Eric. "On est d'abord questionné sur le déroulé de l'interpellation, dès le départ : pourquoi on est engagé [sur l'intervention, ndlr], avec qui on est engagé, est ce qu'on se souvient de différentes informations… Ensuite, nous revenons sur les faits, on explique comment s'est déroulée l'interpellation, les différentes techniques qu'on a pu utiliser, si l'individu a été menotté, debout, au sol… Tout le déroulé, avec le plus de détails possible."

C'est uniquement une fois ce récit passé que le policier mis en cause apprend en détail ce qui lui est reproché et est invité à y apporter son explication. "Il me demande si je me reconnais dans les individus qui sont décrits par la personne. En l'occurrence, oui. Et ensuite, ils me demandent si j'ai des choses à ajouter quant au déroulé, quant à ce qui s'est passé, quant au fait que l'individu m'accuse de plusieurs actes violents, illégitimes". De son propre aveu, le fonctionnaire sort de cet interrogatoire détaillé "plutôt pas confiant", même si, dit-il, "je sais que je n'avais rien fait". 

Confrontation

Deux mois plus tard, Eric reçoit une nouvelle convocation dans les locaux de l'IGPN, pour être confronté à l'homme qui l'accuse. "Comme toute confrontation, nous n'avons pas le droit d'échanger avec lui, on nous demande de pas le regarder non plus. Du coup, chacun explique ce qui s'est passé". Le plaignant est accompagné d'un avocat. Pas les quatre fonctionnaires, qui estiment avoir été "carrés dans l'interpellation et sur les faits" et avoir fait les choses "dans les règles".

Les mois suivants se passent "sans nouvelle". Eric apprendra plus tard que, en parallèle, des vidéos sont exploitées, et ses déclarations comparées à celles de ses trois collègues également mis en cause lors de la même intervention : "Les vidéos montraient que ce qu'on avait raconté à l'IGPN était tout à fait tout à fait vrai, et que nous n'avions rien à nous reprocher sur l'interpellation de l'individu."

"Le magistrat ne poursuit pas"

Le fonctionnaire attendra encore six mois avant d'être mis au courant du dénouement de son dossier, et apprendre que les poursuites à son encontre sont levées : "J'apprends que le magistrat ne poursuit pas, parce que, au vu de l'enquête IGPN, on a rien à me reprocher". Rappelons que c'est, effectivement, le parquet qui décide de la suite à donner à la plainte, et non l'IGPN. 

Le dossier est donc clos, un an et demi après les prétendus faits de violence.

*Le prénom a été modifié

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