Deux acquittement à la cour d'assises du Gard
Deux acquittement à la cour d'assises du Gard © Maxppp

Kader Azzimani et Brahim El Jabri ont été acquittés du meurtre de Lunel, après 17 ans de combat judiciaire. Mais la justice ne sait toujours pas reconnaître ses erreurs....

La cour d’assises du Gard a donc validé l’innocence de Kader Azzimani et Brahim El Jabri que la Cour de Révision avait d’ores et déjà largement consacré l’an dernier. Après 17 années de combat judiciaire, 2 condamnations à 20 ans de réclusion, 11 et 13 années de détention, et malgré un dossier vide de preuve, malgré l’arrestation et la condamnation de deux autres hommes qui ont reconnu le crime, Kader Azzimani et Brahim El Jabri ont définitivement gagné le droit de vivre sans le poids du soupçon. Mais pour en arriver là, le « parcours du combattant » de la révision, tel que le décrivait l’avocat général dans ses réquisitions, a été tout au long de ce dernier procès truffé de nouvelles embûches. On a même cru dans la salle, que les deux hommes n’obtiendraient peut-être pas leur acquittement tant la cour paraissait troublée et même vexée de ne pas obtenir la vérité sur le meurtre au cœur de ce dossier. Oui, Kader Azzimani et Brahim El Jabri ont bien failli être de nouveau condamnés par défaut.Il y a d’abord eu la pitoyable double plaidoirie de deux des quatre avocats de la partie civile, Mes Ferri père et fils, dont l’argumentaire revenait à démontrer que le dossier qui avait conduit à les condamner lors des deux précédents procès méritait aujourd’hui encore de conclure à la culpabilité des deux hommes. Une sorte de culpabilité au bénéfice du doute. Passons. Plus étrange en revanche, cette initiative de la présidente de la cour d’assises à la fin des débats, de poser la question subsidiaire de la « complicité de meurtre ». Une initiative prise « d’office » a-t-elle précisé, totalement incongrue. Il n’y a dans ce dossier pas plus de preuve d’une complicité de meurtre que d’un meurtre. Incongrue et même insolente. Car la présidente a ainsi positionné sa cour d’assises en barrage potentiel à la révision. Alors que les débats n’avaient pas fait éclore le moindre élément nouveau, la cour semblait être capable de trouver une vérité judiciaire alors que la Cour de cassation « en personne » avait estimé qu’il n’y avait pas lieu de le faire.Enfin, il faudra relever le réquisitoire décevant d’un représentant du ministère public qui certes, demande aux jurés de ne pas condamner, mais qui ne prononce à aucun moment les mots « acquittement » et « innocence », comme si ces deux hommes, parce qu’ils étaient dealers et parce qu’on ne connaît certainement pas toute la vérité sur le meurtre de Lunel, n’avaient pas droit à une réhabilitation pleine et entière dans cette affaire de meurtre. Pire encore, l’avocat général a cru bon de devoir défendre le parcours judiciaire de ce dossier. « La justice a fait avec les moyens du bord » a-t-il lancé aux jurés pour démontrer que les précédentes condamnations d’Azzimani et El Jabri n’étaient pas des erreurs judiciaires. Et pourtant, le dossier d’accusation des deux hommes n’était pas plus chargé il y a 10 ans ! Le doute n’était pas moins grand. Certes, les deux véritables auteurs du meurtre n’avaient pas encore été identifiés mais alors, était-ce une raison pour condamner ces deux là « par défaut » ? Jusque dans la feuille de motivations de la cour et du jury, on retrouve cette farouche tendance de ne surtout pas laisser apparaître que la justice a pu se tromper. On acquitte aujourd’hui Azzimani et El Jabri parce que « depuis 17 ans, les déclarations des témoins ont évolué jusqu’à devenir contradictoires et invraisemblables » peut-on lire. Or, ces « déclarations » étaient dès le départ invraisemblables si on s’était donné la peine de mener meilleure enquête. Kader Azzimani et Brahim El Jabri ont donc arraché à Nîmes cet acquittement « low cost ». Car dans ce verdict sans panache, la justice n’exprime aucun regret, ne reconnaît aucune erreur, elle rend sa décision comme si rien de gênant ne s’était passé depuis 17 ans pour les deux hommes condamnés à tort. Comble de l’ironie à la fin du verdict, la Présidente a même signifié aux deux acquittés qu’ils avaient un délai de 5 jours pour déposer un pourvoi en cassation. Sarcasme terriblement déplacé.Les parlementaires viennent d’adopter une réforme qui permettra d’alléger les conditions d’accès à la révision des condamnations pénales. Mais il y a une autre réforme à engager, une révolution, elle est culturelle, spirituelle et finalement terriblement humaine : parvenir à ce que la justice et ses auxiliaires apprennent à reconnaître leurs erreurs. Tout simplement.

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