En ce premier jour de confinement, le parquet de Paris se mobilise contre le risque d'une nouvelle forme de délinquance : les cambriolages des magasins fermés et des appartements désertés.

Une salle d'audience vide au palais de justice de Paris
Une salle d'audience vide au palais de justice de Paris © Radio France / Jean-Philippe Deniau

L’immense tribunal de Paris est quasi vide ce mardi matin, une heure avant le confinement. Dans cet immeuble de grande hauteur où plus de 4000 magistrats, greffiers, policiers, personnels administratifs, agents de sécurité travaillent habituellement, l’activité a été réduite de 80 %. "On ne traite plus que l’urgence des urgences", résume le président Stéphane Noël.

Au pénal, il n’y a plus que trois audiences par jour au lieu de 15 : une pour les comparutions immédiates du jour, une deuxième pour les comparutions immédiates qui avaient précédemment été renvoyées, et une troisième chambre collégiale chargée de traiter tous les dossiers dans lesquels comparaissent des détenus dont les délais d’incarcération sont arrivés à leur terme.

Quelques domaines prioritaires et de nombreux procès reportés

D’autres contentieux sont également traités en priorité : les affaires familiales dans les situations de violences, les juges des enfants pour les ordonnances de protection, et des matières qui ne peuvent être renvoyés : les conflits de syndic, les tutelles ou encore les autorisations de dons d’organes.

Mais tous les autres procès sont ajournés ou annulés. L’ajournement concerne les procès qui avaient déjà démarré, comme le "Mediator" qui s’est ouvert le 23 septembre dernier, et devrait reprendre le 2 juin, pour encore un mois de débats et de plaidoiries. Cela concerne aussi les procès qui devaient s’ouvrir dans les semaines qui viennent, comme le procès de la banque Natixis, poursuivie pour "diffusion d’informations trompeuses", et qui devait s’ouvrir le 30 mars. 

Un parquet presque désert

Au 28e étage du tribunal judiciaire de Paris, seuls 25 des 128 magistrats du parquet sont présents cette semaine, essentiellement pour gérer les flagrants délits. Les autres sont invités à régler leurs dossiers chez eux. Rémi Heitz, procureur de Paris, conserve près de lui seulement un quart des effectifs afin de régler une nouvelle forme de délinquance : il craint une recrudescence des cambriolages dans les commerces fermés ou les appartements désertés, et des arnaques sur des personnes vulnérables. Il redoute également la désorganisation des services d’enquêtes liée au confinement de certains policiers et à la mobilisation nécessaire des autres pour le contrôle des restrictions de circulation.

Au parquet national financier enfin, les 15 magistrats sont eux aussi chez eux. Un seul assure une permanence physique au tribunal, détaille le procureur Jean-François Bonhert, lui-même seul aux manettes cette semaine. 

Autre angoisse des chefs de juridiction : la gestion des stocks lors du retour à la normale au terme de cette "période longue et incertaine", souligne Stéphane Noël dans son tribunal déjà lourdement ralenti depuis quatre mois par la grève des transports et la grève des avocats.

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