Sandra Muller, journaliste et initiatrice du hashtag "balancetonporc", était jugée à Paris ce mercredi 29 mai. L’homme qu’elle avait accusé dans un tweet en 2017 la poursuit pour diffamation. Le tribunal rendra sa décision le 25 septembre. Compte-rendu d’audience.

Le tweet accusant Eric Brion a été partagé plus de 2 500 fois.
Le tweet accusant Eric Brion a été partagé plus de 2 500 fois. © Maxppp / Jean-François Frey

D’emblée, la présidente de la 17e chambre civile du tribunal de Paris rappelle le contexte "tout à fait particulier" dans lequel se déroule l’affaire jugée ce mercredi

Octobre 2017 : l’affaire Harvey Weinstein vient d’éclater aux États-Unis et trouve une résonance internationale. Sur Twitter, la journaliste Sandra Muller poste un premier message, appelant les femmes à dénoncer leurs harceleurs. Puis elle livre sa propre expérience.

"Broyé" par les réseaux sociaux

Eric Brion est présent à l’audience. Avec ce procès en diffamation, l’ancien patron de la chaîne Equidia entend laver son honneur, lui qui a la sensation d’avoir déjà été jugé coupable par la "machine à broyer" que sont les réseaux sociaux. 

La voix blanche, il raconte sa "descente aux enfers" depuis ce tweet relayé plus 2 500 fois. Sa compagne l’a quitté, il a fait une dépression, ses missions se sont stoppées net. 

"Je suis devenu un paria dans mon milieu", lâche-t-il, avant de décrire "la violence absolue de ceux qui, planqués derrière leur écran, vous insultent sans que vous ne puissiez vous défendre"

"Oui, ‘Balance ton porc’ est un phénomène superbe, lance Maître Nicolas Bénoit. Mais à côté de ça, il y a eu de la calomnie". Les avocats d’Eric Brion soulignent que leur client a été assimilé à Harvey Weinstein, à un prédateur sexuel. 

Or, selon eux, il ne s’agissait que de drague. Certes, "sans poésie", mais sans violence ni pression non plus. "Madame Muller est-elle capable d’apporter la preuve d’un harcèlement sexuel tel que défini par le code pénal ? Aucunement", assène Nicolas Bénoit. 

Selon lui, c’est pour se venger que Sandra Muller aurait écrit ce tweet. Parce que l’homme des médias avait refusé de s’abonner à la Lettre de l’audiovisuel dont elle dirige la publication.

"Un cri de colère sans intention de nuire"

En face, les avocats de la journaliste rappellent qu’Eric Brion a publiquement reconnu avoir tenu ces propos, vécus par leur cliente "comme une agression et une offense". "Ça n’était pas de la drague, s’indigne Francis Szpiner. C’était un prédateur sexuel qui considère toute femme comme une proie disponible"

Il balaie l’idée que Sandra Muller ait pu faire fortune grâce à ‘Balance ton porc'. "Non, madame Muller n’a pas de duplex à New York. Hélas, elle n’est pas riche, et nous pourrions être les premiers à nous en plaindre !". Rires dans la salle.

Entendue à son tour, Sandra Muller explique n’avoir jamais eu l’intention de nuire, seulement de pousser un cri de colère. À la sortie de l'audience, elle s'agace de ce qu'elle considère être une "inversion des rôles".

Le prédateur devient la proie et la proie devient le prédateur. C'est moi la méchante et lui le gentil... Passer pour les vilaines sorcières, ça commence à bien faire.

Le tribunal rendra sa décision le 25 septembre. Eric Brion réclame notamment 50 000 euros de dommages et intérêts et la suppression du tweet le mentionnant.

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