La journaliste avait été condamnée en première instance à verser 15 000 euros de dommages et intérêts à Éric Brion, ex-patron de la chaîne Équidia, qu'elle avait accusé de harcèlement sexuel dans un tweet, donnant alors le coup d'envoi du hashtag #BalanceTonPorc. Mais la cour d'appel de Paris a infirmé sa condamnation.

Sandra Muller, lors d'une conférence de presse en septembre 2019
Sandra Muller, lors d'une conférence de presse en septembre 2019 © AFP / Jacques Demarthon

Après avoir remporté la bataille en première instance, Éric Brion a perdu en appel le procès en diffamation intenté contre Sandra Muller, initiatrice du hashtag #BalanceTonPorc. Dans l'arrêt rendu ce mercredi 31 mars, la cour reconnaît à la journaliste indépendante le bénéfice de la bonne foi. 

Un tweet devenu viral

L'affaire remonte à octobre 2017, en plein mouvement MeToo. Sandra Muller poste un message sur Twitter, appelant les femmes à dénoncer ceux qui les ont harcelées dans le cadre professionnel. Elle invente alors le célèbre mot-clé #BalanceTonPorc. Quelques heures plus tard, nouveau tweet, dans lequel elle livre sa propre expérience. "Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Eric Brion ex patron de Équidia", peut-on lire. Le message devient viral, partagé plusieurs milliers de fois.

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Condamnation en première instance

Devenu "le premier porc", Éric Brion décide de poursuivre Sandra Muller en diffamation. Lors de l'audience en première instance, le 29 mai 2019, il raconte sa "descente aux enfers", dans la "machine à broyer" que sont les réseaux sociaux. Sa compagne l'a quitté, il a fait une dépression, ses missions se sont stoppées net. Dans son jugement rendu quatre mois plus tard, le tribunal condamne Sandra Muller à payer à l'ex-patron d'Équidia 15 000 euros de dommages et intérêts. 

La cour d'appel de Paris, elle, a tranché dans le sens inverse, reconnaissant la "bonne foi" de la journaliste. "C'est un soulagement immense, pour Sandra Muller mais aussi pour l'ensemble des personnes qui, grâce à son hashtag, ont senti le besoin de s'exprimer et de se libérer", a salué Jade Dousselin, avocate de Sandra Muller. "La cour a retenu notre argumentation. Ma cliente a tweeté la vérité de ce qu'elle avait entendu. Les magistrats ont aussi considéré que nous étions dans un débat d'intérêt général, fondamental, sur la question de la libération de la parole des femmes." 

"La cour nous explique qu'une victime, dans le cadre de ce débat d'intérêt général, quand elle dit la vérité, on ne la condamnera pas."

Éric Brion avait admis avoir tenu des propos déplacés lors d'une soirée à Cannes en 2012, affirmant s'être ensuite excusé par SMS, ce que réfute Sandra Muller. 

"Je suis très inquiète de la liberté que cet arrêt peut donner. Liberté de dire tout et n'importe quoi sur les réseaux sociaux", a déclaré de son côté Marie Burguburu, l'avocate d'Éric Brion.