Alors que les époux Balkany sont désormais sous la menace d'une peine de prison et d'inéligibilité pour fraude fiscale (jugement le 13 septembre), un deuxième procès commence, pour blanchiment et corruption. Jusqu'au 20 juin, le tribunal correctionnel de Paris se penche sur les origines de leur fortune.

le procès des époux Balkany entre lundi dans sa deuxième phase dédiée aux accusations de blanchiment et de corruption
le procès des époux Balkany entre lundi dans sa deuxième phase dédiée aux accusations de blanchiment et de corruption © AFP / STRINGER

Patrick Balkany a donné la semaine dernière sa version de l'origine de sa fortune. D'abord les fonds placés en Suisse par son père, un Juif hongrois, résistant et rescapé d'Auschwitz, qui a fait fortune après-guerre. Puis la vente, en 1988, du magasin familial de prêt-à-porter de luxe de la rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris. Pour l'anecdote, a-t-il raconté, c'est en faisant son service militaire en face, à l'Élysée, que Patrick Balkany est tombé dans la politique, et a rencontré Jacques Chirac, Edouard Balladur ou Nicolas Sarkoy. Son père lui aurait aussi laissé des lingots d'or et un matelas d'argent liquide, même si le substitut du procureur a observé qu'il n'y avait pas à l'époque de billets de 500 euros, comme ceux que les Balkany dépenseront vingt ans plus tard.  

Malgré le temps écoulé, les juges d'instruction ont cherché à vérifier ses dires, mais ils ont trouvé d'autres explications possibles au "magot" (terme utilisé par Isabelle Balkany dans une lettre aux juges d'instruction). Pour eux, l'argent dont Patrick Balkany a bénéficié en Suisse, il y a une trentaine d'années, pourrait aussi provenir des contributions des entreprises au financement du RPR. Didier Schuller, ancien directeur général de l'office HLM des Hauts-de-Seine, condamné dans ce dossier en 2007, a déclaré en 2013 qu'il avait déposé en Suisse pour Patrick Balkany "entre sept et dix millions de francs" dans les années 1987 à 1994. Les juges d'instruction considèrent par ailleurs comme "suspecte" la cession de l'entreprise familiale Laine et Soie Rety, qui était devenue déficitaire.  

Patrick Balkany en Namibie

Pour la période récente, qui donne lieu à des poursuites, les investigations se sont concentrées notamment sur deux versements qui auraient permis en 2009 l'achat de la villa de Marrakech. Le premier (pour 2,75 millions d'euros), provient d'un promoteur saoudien, Mohamed Al Jaber, qui voulait construire un hôtel à Levallois-Perret. Le deuxième de Georges Forrest, un homme d'affaires bien connu en Afrique. Ce dernier a expliqué avoir versé une commission à Patrick Balkany, qui lui avait "apporté" une société minière pour des gisements d'uranium en Namibie. 

À la sortie de l'audience, mardi dernier, le maire de Levallois a démenti : "Lors de la confrontation, j'ai dit au juge, 'est-ce que vous pouvez demander à M. Forrest quand est-ce qu'il a acheté cette société, combien il l'a payée ?'. Et là il a répondu, 'ah c'était trop cher, je ne l'ai pas achetée'. Il l'a pas achetée, mais il m'aurait soi-disant donné une commission de cinq millions, sur une affaire qu'il n'a pas fait ? Soit dit en passant, je ne connais absolument pas cette affaire, je ne connais pas la Namibie [...] que ce soit Forrest ou Al Jaber il n'avaient ni l'un ni l'autre strictement aucune raison de me faire quelque cadeau que ce soit". 

Outre des témoignages, le dossier contient pourtant des preuves de ces versements. Si l'OPA de Georges Forrest sur la société Forsys a finalement échoué, c'est à cause de la flambée des cours de l'uranium et de la crise financière, explique une source proche du dossier, ce qui ne remettait pas en cause la commission de Patrick Balkany. Georges Forrest, qui se serait écrié devant le juge "je sais quand même à qui je verse cinq millions de dollars !", a fourni des photos de réunions de travail, une photo de Patrick Balkany avec l'ancien président de Namibie, et l'adresse du Relais & Châteaux où le maire de Levallois était descendu dans la capitale namibienne, Windhoek... Georges Forrest n'a pas été cité comme témoin devant le tribunal. 

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