Suffocante, la canicule l'est sans doute encore plus dans les prisons surpeuplées où les détenus sont parfois contraints de s'entasser à trois dans 9 m2. Quelles mesures sont mises en place ? Reportage dans les Yvelines à la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy, où le quartier disciplinaire a dû être évacué cette semaine.

Dans certaines cellules de la prison de Bois-d'Arcy, la température est montée mercredi à 33 degrés.
Dans certaines cellules de la prison de Bois-d'Arcy, la température est montée mercredi à 33 degrés. © Radio France / Lorélie Carrive

Il est à peine midi, et le thermomètre affiche déjà 34 degrés ce jeudi dans l’un des ateliers de la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy. Perles de sueur sur le front, quelques dizaines de détenus emballent des produits pour la grande distribution. Au vu des fortes chaleurs annoncées, ils ont eu l’autorisation de laisser tomber le bleu de travail. "Il va falloir se rhabiller hein !", lance la directrice, dans un demi-sourire, à un homme qui a profité de la baisse de vigilance d’un surveillant pour se mettre torse nu.

L'un des ateliers de travail de la maison d'arrêt de Bois d'Arcy.
L'un des ateliers de travail de la maison d'arrêt de Bois d'Arcy. © Radio France / Lorélie Carrive

Dans les cellules, le système D

La situation est souvent plus difficile une fois regagné l’espace clos des cellules. L’établissement pénitentiaire de Bois-d’Arcy compte 564 places mais accueille 930 détenus. Soit un taux d’occupation de 164 %. Certaines cellules de 9 mètres carré voient s’entasser jusqu’à trois personnes. Aussi, quand le thermomètre s'affole, l'air devient un peu plus irrespirable. Brice, 25 ans, évoque une situation "compliquée".

On essaie tous d’avoir des petits systèmes. On met des bassines d’eau sous le lit, des serviettes mouillées un peu partout avec le ventilateur, pour avoir un peu de fraîcheur. 

Au 3e étage, quatre détenus se partagent une cellule de 20 mètres carrés. Un petit ventilateur est posé sur le matelas d’un lit superposé, jalousement gardé par son propriétaire. "Il n'y a que moi qui ai un ventilo, grommelle-t-il. Je l’ai acheté l’an dernier, mais de toute façon, ça suffit pas, la nuit dernière on n’a pas pu dormir … "

Un détenu a installé un ventilateur sur son lit pour faire face à la canicule.
Un détenu a installé un ventilateur sur son lit pour faire face à la canicule. © Radio France / Lorélie Carrive

D’après les relevés envoyés chaque jour à la cellule de veille du ministère de la Justice, les températures en cellule ont atteint mercredi jusqu’à 30 degrés, 33 degrés même, au sein du quartier disciplinaire situé au dernier étage, et qui a dû être évacué. 

Si les cellules de certaines prisons sont aujourd’hui équipées de réfrigérateur, ça n’est pas le cas de celles de Bois-d’Arcy. Laissé en l'état depuis la construction de la prison en 1979, le système électrique (qui doit prochainement être rénové) ne permet pas l’installation d’appareils trop gourmands en énergie. Reste aux détenus la possibilité d’acheter des glacières électriques, moyennant 100 euros. Un prix largement prohibitif pour certains. 

Les stocks de ventilateurs et de glacières que les détenus de la maison d'arrêt peuvent acheter, pour les sommes respectives de 22 et 100 euros.
Les stocks de ventilateurs et de glacières que les détenus de la maison d'arrêt peuvent acheter, pour les sommes respectives de 22 et 100 euros. © Radio France / Lorélie Carrive

En temps normal, un détenu a droit à trois douches par semaine. Parmi les ajustements préconisés par le ministère de la Justice figure l’augmentation de cette fréquence. "Ici, au vu de la surpopulation carcérale, nous ne nous pouvons pas le faire, déplore Odile Cardon, directrice de la prison. Les tours de douche, c’est toute une organisation : il faut ouvrir les portes, les détenus ont un temps limité… Avec nos moyens, nous ne pouvons pas aller au-delà de trois par semaine"

Pour compenser, une "douchette" a été installée sur chaque cours de promenade, permettant aux détenus de se rafraîchir brièvement. Le port du bermuda est par ailleurs exceptionnellement toléré. 

Une douche a été installée dans chacune des 11 cours de promenade.
Une douche a été installée dans chacune des 11 cours de promenade. © Radio France / Lorélie Carrive

Un plan canicule qui se heurte à surpopulation carcérale et à la vétusté des bâtiments

Depuis 2003, un plan canicule est mis en place chaque été dans les prisons françaises, a minima du 1er juin au 30 septembre. Il y est notamment demandé au personnel pénitentiaire de mettre à disposition des bouteilles d'eau, de veiller aux personnes les plus vulnérables, décaler les horaires des promenades ou encore annuler les activités sportives en extérieur. 

Des efforts qui se heurtent souvent au manque de moyens ou à la vétusté des bâtiments, constate François Bès, coordonnateur du pôle enquête au sein de l’Observatoire international des prisons. 

La plupart des prisons ne parviennent pas à mettre de brumisateurs dans les cours de promenade, faute de point d'eau. Par ailleurs, quand ils existent, les systèmes de ventilation mécanique sont souvent en panne.

Ainsi, à la prison de Fresnes, il y a quelques années, jusqu'à 46 degrés ont été relevés dans certaines cellules, selon lui. Et ce en raison de la verrière installée pour amener de la lumière dans les coursives. L'an dernier, des détenus de la prison de Villepinte ont partagé une vidéo afin de dénoncer leurs conditions de détention en pleine vague de chaleur.

L'enjeu est pourtant de taille. L'accroissement du mal-être carcéral peut aller de pair avec une montée de la violence. "Un traitement digne des personnes est un facteur de réinsertion mais aussi de calme au sein de la détention", insiste François Bès. "Quand il fait chaud, à l’extérieur, les gens peuvent bouger, tenter de trouver un endroit frais. Quand vous êtes enfermé dans une cellule 22 heures sur 24 avec des gens que vous n’avez pas choisis, la tension monte très vite."

Pour l'instant, à Bois-d'Arcy, la directrice de l'établissement assure que la canicule s'est déroulée sans incident notable.

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