Le parquet de Nanterre a saisi l'IGPN pour vérifier ce qui s'est réellement passé le 2 mai dernier à Ville-d'Avray. Plusieurs frères d'une même famille ont été accusés d'outrage, rébellion et coups et blessures sur un agent. L'aîné, judoka de haut niveau, affirme avoir subi un passage à tabac et des insultes racistes.

Que s'est-il passé exactement le 2 mai dernier à Ville-d'Avray ?
Que s'est-il passé exactement le 2 mai dernier à Ville-d'Avray ? © Maxppp / François DESTOC

Que s'est-il passé, le 2 mai dernier, au pied d'un immeuble de la commune de Ville-d'Avray? L'audience, programmée ce mardi 19 juin devant la 16 eme chambre du tribunal de Nanterre, pourrait bien apporter de précieux éléments de réponses. 

Ce jour-là, un lycéen discute avec des amis et sa petite copine au pied d'un immeuble, lorsqu'un plomb de carabine le touche à l'épaule. Le tireur ouvre le feu à quatre reprises. le jeune homme est transporté à l'hopîtal. Son frère ainé, Mohamed Diakite, judoka de haut niveau de 24 ans, arrive un peu plus tard, un équipage de trois policiers de la BAC 92 est déjà sur place, le ton monte avec la mère supposée du tireur. L'un des agents demande  alors à Mohamed de partir, puis plus fermement lui dit "dégage". Il est aux alentours de 22 heures, c'est à ce moment là que la situation dégénère et que les versions divergent radicalement.

L’agent de la BAC 92 attrape Mohamed diakite par la capuche pour le maitriser et le repousser, avant que les deux hommes ne tombent à terre. "Il m’a serré la capuche par derrière pour m’étrangler, j’étais en train de m’étouffer, j’ai utilisé mes jambes pour le faire tomber, c’est là qu’il a dû se fracturer les deux doigts, je ne me rappelle plus" raconte l'ainé des  frères Diakite.

Le policier a effectivement une double fracture des doigts et trois semaines d’ITT. Un autre a été plus légèrement blessé. Dans l’altercation (que l’on peut voir en partie dans une vidéo mise en ligne) Mohamed Diakite réussit à se dégager grâce à l'intervention de ses frères et d'un ami, sans qu’il y ait a priori de bagarre et de coups portés, comme on a pu le voir récemment dans certaines affaires (Champigny  sur Marne). Mais l’équipage de la BAC se sent manifestement en difficulté, l’un des agents tire en l’air , avant de pointer son arme sur les frères Diakité et les témoins de la scène en hurlant "barrez-vous ou je vous allume". Une grenade de désencerclement est également lancée.

"Tu vas mourir sale noir"

Le judoka ,lui, se précipite dans un hall d’immeuble voisin. Il est selon sa version à moitié K.O, il sait surtout qu’il souffre de drépanocytose, cette maladie qui peut provoquer des convulsions en cas de stress mal contrôlé. C’est à ce moment- là que l’équipage de la BAC et des renforts interviennent, cassent la vitre de la porte avec une matraque pour entrer.

Dans sa déposition à l’Inspection générale de la police nationale, M. Diakité affirme que les policiers se sont acharnés sur lui alors qu’il était à terre : coups de pied dans les côtes, coups de poing. Le médecin qui l’a ausculté par la suite a tout consigné. Mais il y a eu aussi les insultes "tu vas mourir" et avant de l’embarquer "tu vas mourir sale noir".

Son avocat, Maitre Gregory Saint Michel, espère très vite la nomination d’un juge d’instruction indépendant. Il ne comprend pas pourquoi son client n’a pas été amené plus rapidement aux urgences ce soir-là, alors qu’il était mal en point, et surtout à deux doigts de faire un malaise, les muscles déjà raides. Sur ce point, Mohamed raconte que les policiers ne l’ont pas cru et se sont "foutus de sa gueule" avant de finir malgré tout à l’hôpital.

Une étrange garde à vue de malentendants

Gregory Saint Michel raconte également comment deux des frères de Mohamed Diakité et un ami se sont retrouvés en comparution immédiate au tribunal de Nanterre, après 48 heures de garde à vue.

C'est à ce moment-là, à l’audience, que la présidente du tribunal a découvert que l'un des prévenus était sourd et muet, alors que ce n’était pas inscrit dans la procédure issue de la garde à vue. A aucun moment, le commissariat de Sèvres n’a fait appel à un traducteur en langage des signes, la procédure comporte trois à quatre pages de procès-verbal.

La famille Diakité et leurs avocats n’ont toujours aucune nouvelle du tireur à la carabine qui a blessé l’un des frères le 2 mai dernier.

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