Le parquet de Nanterre a saisi l'IGPN pour vérifier ce qui s'est réellement passé le 2 mai à Ville-d'Avray. Plusieurs frères d'une même famille ont été accusés d'outrage, rébellion et coups et blessures sur un agent. L'aîné, judoka de haut niveau, affirme avoir subi un passage à tabac et des insultes racistes.

Que s'est-il passé exactement le 2 mai dernier à Ville-d'Avray ?
Que s'est-il passé exactement le 2 mai dernier à Ville-d'Avray ? © Maxppp / François DESTOC

Le 2 mai dernier, un lycéen discute avec des amis et sa petite copine au pied d'un immeuble de Ville-d'Avray, lorsqu'un plomb de carabine le touche à l'épaule. Le tireur ouvre le feu à quatre reprises. Mohamed Diakite, judoka de haut niveau de 24 ans, arrive à ce moment-là et un policier lui refuse l'accès, lui dit "dégage".

Le ton monte, l’agent de la BAC 92 l'attrape par la capuche pour le repousser, avant que les deux hommes ne tombent à terre. "Il m’a serré la capuche par derrière pour m’étrangler, j’étais en train de m’étouffer, j’ai utilisé mes jambes pour le faire tomber, c’est là qu’il a dû se fracturer les deux doigts, je ne me rappelle plus" raconte Mohamed Diakite.

Le policier a effectivement une double fracture des doigts et trois semaines d’ITT. Un autre a été plus légèrement blessé. Dans l’altercation (que l’on peut voir en partie dans une vidéo mise en ligne) Mohamed Diakite réussit à se dégager grâce à l'intervention de ses frères et d'un ami, sans qu’il y ait a priori de bagarre et de coups portés, comme on a pu le voir récemment dans certaines affaires (Champigny  sur Marne). Mais l’équipage de la BAC se sent manifestement en difficulté, l’un des agents tire en l’air à deux reprises, avant de pointer son arme sur les frères Diakité et les témoins de la scène en hurlant "barrez-vous ou je vous allume". Son collègue lance une grenade de désencerclement.

"Tu vas mourir sale noir"

Le judoka se précipite dans un hall d’immeuble voisin. Il est selon sa version à moitié K.O, il sait surtout qu’il souffre de drépanocytose, cette maladie qui peut provoquer des convulsions en cas de stress mal contrôlé. C’est à ce moment- là que l’équipage de la BAC intervient et casse la vitre de la porte avec une matraque pour entrer.

Dans son dépôt de plainte à l’Inspection générale de la police nationale, l’aîné des frères Diakité affirme que les policiers se sont acharnés sur lui alors qu’il était à terre : coups de pied dans les côtes, coups de poing. Le médecin qui l’a ausculté par la suite a tout consigné. Mais il y a eu aussi les insultes "tu vas mourir" et avant de l’embarquer "tu vas mourir sale noir".

Son avocat, Maitre Gregory Saint Michel, espère très vite la nomination d’un juge d’instruction indépendant. Il ne comprend pas pourquoi son client n’a pas été amené plus rapidement aux urgences ce soir-là, alors qu’il était mal en point, et surtout à deux doigts de faire un malaise, les muscles déjà raides. Sur ce point, Mohamed raconte que les policiers ne l’ont pas cru et se sont "foutus de sa gueule" avant de finir malgré tout à l’hôpital.

Mohamed Diakite n'a pas pu s'entrainer lundi soir au pôle national de judo porte de Chatillon à Paris, où nous l’avons rencontré. Il doit encore passer une échographie pour une épaule en mauvais état après le choc du 2 mai.

Une étrange garde à vue de malentendants

Gregory Saint Michel raconte également comment deux des frères de Mohamed Diakité se sont retrouvés en comparution immédiate au tribunal de Nanterre, après 48 heures de garde à vue.

C'est à ce moment-là, à l’audience, que la présidente du tribunal a découvert qu’ils étaient sourds et muets, alors que ce n’était pas inscrit dans la procédure issue de la garde à vue. Pire, alors que les deux garçons sont muets et qu’à aucun moment le commissariat de Ville-d’Avray n’a fait appel à un traducteur en langage des signes, la procédure comporte trois à quatre pages de procès-verbal.

L’audience a été renvoyée au 19 juin prochain.

La police des polices aura peut-être d’ici là pu confronter les versions des uns et des autres. Lundi soir, la famille Diakité et leurs avocats n’avaient en revanche aucune nouvelle du tireur à la carabine qui a blessé l’un des frères le 2 mai dernier.

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