Bernard Squarcini renvoyé devant un tribunal correctionnel
Bernard Squarcini renvoyé devant un tribunal correctionnel © Reuters / Philippe Wojazer

L’ancien "patron" de la DCRI, la Direction centrale du renseignement intérieur, comparaissait mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour répondre du délit de "collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite", passible d'une peine maximale de cinq ans de prison et 300.000 euros d'amende.

En juillet 2010, le responsable policier qu’on dit proche de Nicolas Sarkozy, avait utilisé les « fadettes », c'est-à-dire les factures détaillées du téléphone portable d’un journaliste du Monde –Gérard Davet- pour tenter d’identifier sa ou ses sources dans l’affaire des Bettencourt.

Le journaliste avait publié un article dans Le Monde du 17 juillet qui citait des extraits du procès-verbal d'audition de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Une audition qui datait de la veille seulement er qui mettait en lumière la proximité entre Patrice de Maistre et Eric Woerth, alors ministre du Travail.

La consultation des fadettes avait permis à Bernard Squarcini d'identifier un magistrat -qu’il appelle le "traître"- : Iil s'agit de David Sénat, magistrat en poste au cabinet de la ministre UMP de la Justice, Michèle Alliot-Marie. L’homme avait été aussitôt écarté de la Chancellerie. L'enquête visant David Sénat à propos de son rôle d'informateur du Monde s'est terminée par un classement sans suite du parquet.

Pour Bernard Squarcini

Il s'agissait de débusquer une fuite, un traître dans un cabinet ministériel,

Bernard Squarcini et son avocat, Me Patrick Maisonneuve, soutiennent que la démarche de la DCRI était conforme aux textes en vigueur, qui accordent aux autorités une dérogation aux règles de contrôle des lignes téléphoniques dans les cas de "défense des intérêts nationaux". Ils invoquent une exception à la loi dans le cas d'une atteinte à la sûreté de l'Etat.

"Des méthodes typiquement barbouzardes"

Pour les parties civiles et Me Saint-Pierre, l'accès aux fadettes n'était pas justifié car le magistrat n'était pas destinataire d'informations vitales pour la sûreté de l'Etat, ce qui aurait éventuellement justifié cette procédure exceptionnelle.

Gérard Davey a dénoncé des "méthodes typiquement barbouzardes". "Ces informations gênent le pouvoir politique, on se rend compte qu'il y a un système de collusion", notamment entre Eric Woerth et Patrice de Maistre, ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, a expliqué le journaliste du Monde.

Dans sa plaidorie, l'avocat du Monde, a expliqué aux juges qu'il ne s'agit d'"un débat cardinal qui s'est tenu aujourd'hui devant votre tribuna." "Je vous demande une jurisprudence si forte qu'elle garantira le respect du secret des sources à tous".

Le récit de Nathalie Hernandez

Le procureur a requis 5000 euros d'amende contre Bernard Squarcini, mais pas de prison avec sursis.

Le jugement sera rendu le 8 avril.

Outre Gérard Davet, le journaliste du Monde, le SNJ, le Syndicat national des journalistes et l'Association confraternelle des journalistes de la presse judiciaire s'étaient constitués parties civiles, de même que David Sénat.

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