A Bobigny, en Seine-Saint-Denis, les magistrats, greffiers, huissiers, avocats de la deuxième juridiction de France lancent un appel à l'aide. Manques d'effectifs, de moyens, locaux vétustes: ils en appellent au Garde des Sceaux.

Paquebot en train de couler, justice au bord de l'asphyxie, cocotte-minute en voie d'explosion...

Le constat qu'ils dressent est catastrophique.

Ils sont seize, assis à la place des jurés, dans la salle de la cour d'assises n°2 de Bobigny. Magistrats, avocats, fonctionnaires de justice, sont réunis en ce lundi 15 février pour lancer l'alerte. Tout manque à Bobigny, jusqu'aux plus petites choses, détaille la greffière Brigitte Leblanc .

Enveloppes, stylos, papier, scotch pour afficher les rôles d'audience... On achète nos fournitures nous-mêmes. On ne peut pas scanner de documents, on n'a pas de fax... On a un peu l'impression d'être la dernière roue du carrosse en matière d'effectifs et de moyens.

Coté personnel, sur un effectif théorique de 120 juges, 100 postes seulement sont pourvus. Il manque 15% des effectifs au parquet. Sans oublier les 75 fonctionnaires manquant sur les 367 prévus. Ce qui entraîne des délais indécents. Bérengère D'Auzon est juge aux affaires familiales , elle arbore une pancarte où est écrit "Un an pour me voir".

Les couples qui souhaitent divorcer, les parents qui n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la garde des enfants... Toutes ces familles doivent attendre un an pour un premier rendez-vous avec un juge aux affaires familiales. Cela génère de la souffrance, chez les enfants notamment. Des couples sont obligés de cohabiter en attendant notre décision, ça peut entraîner des violences verbales, voire physiques... Effectivement, ces délais ont des conséquences qu'on voit au quotidien.

A Bobigny, cette urgence permanente est usante, expliqueLucille Rouet, susbstitut du procureur et déléguée du Syndicat de la magistrature.

Ce n'est pas une bonne justice qui est rendue, parce que concrètement, on travaille de 9H à 21H, on bosse le week-end, même quand on n'est pas de permanence... Il y a un moment on n'est plus éclairés, on n'est plus assez en forme pour faire du droit, pour réfléchir... C'est une juridiction où les gens sont motivés, ils sont contents de venir ici, notamment à la sortie de l'école. Mais il y a un moment où on est usés.

Alors pour ne pas sombrer, ils demandent un plan d'aide d'urgence, pour a minima pourvoir les postes vacants , dès le prochain mouvement dans la magistrature. Plus globalement, la juridiction est sous-dimensionnée, pour un département jeune, en pleine croissance démographique, et où une famille sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Un abandon que l'on trouve dans tous les tribunaux de banlieue, disent-ils, comparé à Paris, où le premier rendez-vous pour un divorce s'obtient dans un délai de deux mois.

Si rien n'est fait rapidement, les avocats du barreau de Bobigny lanceront une action groupée contre l'Etat , d'ici le 8 mars. Les explications de Stéphane Campana, le bâtonnier de Seine-Saint-Denis.

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Stéphane Campana, bâtonnier de Seinte-Saint-Denis

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