La cour d'assises spéciale de Paris a entendu ce mercredi encore, plusieurs témoins de l'école juive Ozar Hatorah. Des témoins toujours profondément traumatisés.

Au procès Merah, les témoins de l'école juive Ozar Hatorah racontent l'horreur vécue et toujours si présente
Au procès Merah, les témoins de l'école juive Ozar Hatorah racontent l'horreur vécue et toujours si présente © AFP / Eric Feferberg

Le premier témoin, Brian, n’a même pas réussi à venir s’exprimer, tellement il est encore traumatisé. C’est une psychologue qui parle pour lui, en visioconférence. Elle explique que ce jeune garçon, qui avait 15 ans le jour de la tuerie de l’école Ozar Hatorah, est devenu cardiaque. Qu’il a toujours du mal à se regarder dans un miroir à cause de la cicatrice que Merah lui a laissée sur l'épaule. Et surtout, quand il voit un casque blanc comme celui que portait Mohamed Merah ce 19 mars 2012, Brian repense instantanément à la petite fille tuée à quelques mètres de lui. Il a alors ce qu’il appelle un "bug". Il devient muet et angoissé.

Le deuxième témoin,Dovan, s’avance à la barre, la gorge nouée. Ce matin-là, il était à l’internat quand le directeur lui a demandé de surveiller un instant sa propre fille, Myriam, 8 ans.

"J’ai dit y a pas de souci, je la prends avec moi", raconte-t-il en larmes.

Et"à un moment, j’ai entendu comme des feux d’artifice. Merah était à quatre, cinq mètres de moi, je l’ai regardé, j’ai couru, la petite a couru sur une petite distance et elle s’est rappelée qu’elle avait oublié son cartable, elle a essayé de le récupérer et elle est tombée".

Quand Dovan a revu Myriam, elle était dans une mare de sang. "Je l’ai prise dans mes bras pour voir si elle était toujours là, j’avais 15 ans", dit le jeune homme bouleversé, à jamais.

Le troisième témoin, André, est un père de famille de 51 ans. Ce jour-là, il était venu déposer ses enfants. Ils sont restés dans la voiture, il a réussi à ouvrir discrètement le coffre pour cacher d’autres écoliers qui arrivaient devant le portail, alors que Merah tirait. "Mes enfants de 3, 10 et 12 ans ont tout vu", dit-il. "Merah a détruit ma famille, psychologiquement", et il ajoute : "sa mission, c’était de tuer des enfants juifs".

Le quatrième témoin, Tony, est l'un de ces enfants, parvenus à se cacher dans le coffre d'André, alors que Mohamed Merah "arrosait" autour de lui. Tony "a vu l'homme qui a tiré, l'a vu traverser la rue et remonter sur son scooter". Depuis cinq ans, "dès qu'il y a un feu d'artifice, je peux plus", dit Tony. "Chaque détail me fait repenser à ça"

Le cinquième témoin, Alain, se rendait chez sa fille, "qui habite juste à côté de l'école", ce 19 mars 2012. "J’étais venu tôt pour m’occuper de mes petits-fils. J’étais dans le salon et j’ai entendu des pétards, et j’ai dit ça y est les internes sont en train de faire péter leurs derniers pétards, et elle a regardé elle a dit y a un type qui tire partout".

"Je suis resté sidéré, comme un caillou. J’ai vu les pieds noirs de ce monsieur, je l’ai vu prendre par les cheveux une gamine ou un gamin et lui tirer dans la tête".

"Ensuite je suis parti en arrière, dans la sidération, dit Alain. Je ne sais pas ce qui s’est passé avant et après".  Après, il a protégé son petit-fils "du spectacle, après, les policiers sont venus". Etcinq ans après, Alain est toujours aussi sidéré, et bouleversé.

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