Le procès de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et Gilbert Azibert a été suspendu jusqu’à jeudi dans l’attente d’une expertise médicale.

 Audiences suspendues dans le procès des écoutes ou comparaît Nicolas Sarkozy
Audiences suspendues dans le procès des écoutes ou comparaît Nicolas Sarkozy © AFP / Anadolu Agency / Julien Mattia

Nicolas Sarkozy est arrivé peu avant 13h30, costume bleu sombre, escorté par ses officiers de sécurité, mitraillé par la foule de photographes retenus derrière un cordon rouge, au 2e étage du tribunal judiciaire de Paris. Dans la salle, il a salué, poing serré contre poing serré, son ami de toujours et co-prévenu, Thierry Herzog, cheveux blancs et carrure imposante dans son costume sombre. 

La salle immense apparaît presque vide, protocole sanitaire oblige, trois à quatre personnes sont assises sur chaque banc qui peut en accueillir huit habituellement. On demande aux avocats venus soutenir leur confrère Herzog de bien vouloir s’écarter les uns des autres.

À la barre, l’ancien président confirme son identité complète. "C’est bien Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ?" demande la présidente de la 32e chambre, Christine Mée. "Nicolas Sarkozy, ça suffit", sourit l’ancien président. "C’est pour le casier judiciaire, on a besoin du nom complet". Réponse du tac au tac : "Pour l’instant, je n’ai pas eu besoin de l’utiliser !"

Comme Thierry Herzog à côté de qui il se rassoit sur une chaise rouge disposée devant les bancs des avocats de la défense, Nicolas Sarkozy encourt une peine maximum de 10 ans d’emprisonnement et d'un million d’euros d’amende pour "corruption active" et "trafic d’influence actif". 

Que reproche-t-on aux deux amis de 40 ans qui ont prêté leur serment d’avocat en même temps ? D’avoir proposé en 2014 à un haut magistrat, Gilbert Azibert, de l’aider pour obtenir un poste à Monaco. En échange de cette promesse, le magistrat, alors avocat général d’une chambre civile à la cour de cassation, devait dénicher des informations confidentielles et user de son influence dans la procédure sur la saisie des agendas du président Sarkozy dans l’affaire Bettencourt.

Début 2014, au hasard d’écoutes dans un autre dossier (le financement libyen supposé de la campagne présidentielle de 2007), les juges découvrent l’existence de deux numéros de téléphone "secrets" dédiés aux seuls échanges entre Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog. Deux boîtiers et deux cartes prépayées, achetés à Nice par Thierry Herzog au nom de "Paul Bismuth", un ancien camarade de lycée. Sur cette ligne secrète, les juges entendent les deux hommes fomenter ce qu’ils appellent un "pacte de corruption"

"Moi, je le fais monter, je l’aiderai" 

Conversation du 30 janvier 2014.

Thierry Herzog - Bon alors, j’ai eu Gilbert ce matin.

Nicolas Sarkozy -  Humm hummm.

TH - Il me dit que d’après lui, oui. Parce qu’il a eu accès à l’avis qui ne sera jamais publié du rapporteur destiné à ses collègues, et que cet avis conclut pour toi à la cassation, et au retrait de toutes les mentions relatives à tes agendas. Tu sais que là, c’est du boulot.

NS - Que là, c’est du quoi ?

TH - Ce sera du boulot pour ces bâtards de Bordeaux.
Derrière ce nom fleuri, l’avocat désigne les magistrats en charge de l’instruction Bettencourt (qui s’est soldée par un non-lieu pour l’ancien président).

Conversation du 5 février 2014.  Nicolas Sarkozy doit se rendre prochainement à Monaco.

Thierry Herzog : Je lui ai dit (…) que tu savais parfaitement ce qu’il faisait. Et donc, il était très content.

Nicolas Sarkozy : Moi, je le fais monter.

TH - Il m’a parlé d’un truc sur Monaco (…)

NS - Je l’aiderai [..]. Appelle le aujourd’hui en disant que je m’en occuperai, parce que moi, je vais à Monaco et je verrai le Prince.

Peu importe qu’au final, Gilbert Azibert n’ait pas eu le poste convoité et que la décision de la cour de cassation sur les agendas présidentiels n’ait pas été favorable à Nicolas Sarkozy : dans la loi, ces manœuvres et propositions suffisent à caractériser l’infraction. 

Le troisième co-prévenu peut-il comparaître par visioconférence ?

Gilbert Azibert est, lui, renvoyé pour "corruption passive" et "trafic d’influence passif" et encourt la même peine que ses deux co-prévenus. Mais c’est l’absent du procès : il n’est pas là. Son avocat, Dominique Allegrini, fournit au tribunal deux certificats médicaux. Il a 73 ans, des problèmes cardiaques et respiratoires. "Ses médecins lui ont très fortement déconseillé de se déplacer", en raison du contexte sanitaire. Mais "il souhaite s’expliquer devant vous". Sur sa chaise rouge, Nicolas Sarkozy, jambes croisées, écoute, mains jointes devant lui.

Que faire ? La procureure Céline Guillet prend la parole. Rappelle les mesures sanitaires exceptionnelles prises pour le déroulement de ce procès. L’accès du public limité, deux salles de retransmission sont prévues, notamment pour les journalistes. Puis fait deux propositions : renforcer encore ces mesures, restreindre encore plus l’accès du public. Ou faire comparaître Gilbert Azibert par visioconférence, depuis Bordeaux. 

Le sujet agite, au même moment, quelques salles plus loin, le procès des attentats de janvier 2015, où il est question de faire comparaître l’un des accusés, toujours malade de la Covid-19, en visioconférence.

"Il se doit de vous parler directement, et pas à travers un écran" s’oppose son avocat, qui fustige l’avancée vers une "justice déshumanisée". Toute la défense est solidaire. Jacqueline Laffont, pour Nicolas Sarkozy, souligne que "le président est présent et s’est organisé pour comparaître le temps du procès. Mais l’avocate que je suis est opposée par principe au recours à la visioconférence." Hervé Temime, pour Thierry Herzog : "La visioconférence serait la plus mauvaise des solutions. Ce n’est pas du tout adapté à notre procès qui doit durer trois semaines, avec de longs débats. Il n’y a pas eu de confrontation des trois prévenus pendant l’instruction. C’est donc hors de question."

Après un court délibéré, le tribunal décide de demander une expertise médicale pour attester de l’état de santé de Gilbert Azibert. En attendant, le procès est suspendu jusqu’à jeudi 13h30. Tout le monde ressort sans un mot pour les micros et caméras. 

Tout le monde ? Pas tout à fait… Frédéric Canoy, l’avocat du vrai Paul Bismuth, l’ex-ami de Thierry Herzog, répond. Car Paul Bismuth, le vrai donc, souhaite se constituer partie civile et demander réparation, pour l’utilisation de son nom. "Il sera là jeudi" annonce son avocat en conclusion de cette séquence surréaliste. 

Le procès est prévu jusqu’au 10 décembre.

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