Au 7e jour du procès Merah, la cour d'assises spéciale de Paris a notamment entendu ce mardi le témoignage bouleversant d'un rescapé de la tuerie de l'école juive Ozar Hatorah.

Au procès de Mohamed Merah on a entendu ce mardi le témoignage d’un bénévole de l'école juive de Toulouse, où Mohamed Merah a abattu un enseignant et trois enfants, ce 19 mars 2012
Au procès de Mohamed Merah on a entendu ce mardi le témoignage d’un bénévole de l'école juive de Toulouse, où Mohamed Merah a abattu un enseignant et trois enfants, ce 19 mars 2012 © AFP / Jacques Demarthon

Yacov Soussan, 33 ans, s’avance à la barre vêtu d’un costume sombre et d'une chemise blanche, une kippa sur la tête. Avec une émotion contenue, ce jeune rabbin raconte les 36 secondes d’horreur qu’il a vécues, au volant de la camionnette qu’il avait empruntée à l’école Ozar Hatorah où il travaillait comme bénévole.

Ce lundi 19 mars 2012, il est 8 heures moins 5 quand il arrive pour la prière. "A l’entrée de l’école, je vois Jonathan Sandler avec ses deux enfants. Je le salue, et à cet instant, je vois une personne avec son casque qui traverse la rue. Je le vois s'approcher de M. Sandler et au début, je ne comprends pas ce qu'il se passe. Je vois M. Sandler s'agiter devant cette personne."

Au début, j’avais pas vu qu'il avait une arme automatique. Après, je le vois sortir un revolver.

"Je le vois tirer sur M. Sandler, je le vois tirer sur son fils à droite, tirer sur son autre fils derrière, puis je le vois rentrer dans l’école. Je le vois à deux trois mètres de l'entrée, il tire sur la fille du directeur. Il tire après, en l'air. Il est retourné en arrière, il a continué à tirer sur les corps qui étaient à terre. Je le vois se diriger vers moi, il prend son arme, il tire, ça a touché le haut du capot, j’ai juste eu le temps de faire marche arrière".

Dans une salle d'assises baignée d'un silence bouleversant, Yacov Soussan poursuit son récit de ce jour qui "a changé sa vie." Il décrit des tirs "précis".

"C’était pas des tirs, c’était des exécutions".

dit-il. Et à travers le casque dont il ne distinguait pas le visage, il assure qu'il a perçu "la haine" de Mohamed Merah.

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Ecoutez le témoignage de Yacov Soussan

Par Sophie Parmentier

Cinq ans et demi après, ce jeune père de famille sent encore des moments d’angoisse et de "culpabilité". "J’aurais peut-être dû faire quelque chose, sauver, agir", confie-t-il.

A trois mètres de lui, Abdelkader Merah écoute. "Est-ce que vous éprouvez de la honte ?" lui demande un avocat des parties civiles.

"Ce que je ressens, c’est pas une question de honte, c’est de la tristesse, je suis sincèrement désolé de ce qui est arrivé" déclare Abdelkader Merah, sans vraiment convaincre Yacov Soussan, encore traumatisé. Aujourd'hui encore, quand il entend un scooter près de lui, il sursaute et ressent encore la peur, terrible, éprouvée ce lundi 19 mars 2012, à Toulouse.

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