France Inter a joint plusieurs détenus dans leurs cellules de Villepinte, Fleury-Mérogis et Fresnes. Ils nous ont confié leurs inquiétudes et la tension qui s'installe dans les prisons françaises depuis la mise en place de mesures restrictives face au Covid-19.

La prison de Fleury-Mérogis, à 30 km au sud de Paris
La prison de Fleury-Mérogis, à 30 km au sud de Paris © AFP / Philippe Lopez

Qu’ils soient détenus à Fleury-Mérogis, Villepinte, Fresnes, Nanterre ou Châteauroux, ils racontent la prison désormais sans parloir, ni contact avec l’extérieur, toutes les activités nécessitant le recours à des intervenants extérieurs - ateliers socio-culturels, enseignement, travail -  ayant été supprimées.

En compensation, et afin d’éviter les crispations, la direction de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis a par exemple augmenté le nombre de promenade. Mais la situation reste très difficile à supporter pour Hakim, que nous avons joint depuis sa cellule. “Aller au parloir, c’est un réconfort. On voit sa famille, on prend des nouvelles. Et là, je n’ai plus le droit d’aller voir ma femme, mes enfants. C’est très très dur.” 

Karim, 33 ans, est particulièrement inquiet : sa soeur a été contaminée par le coronavirus. Il se sent impuissant et d’autant plus isolé. Dans la maison d’arrêt de Villepinte, où il est détenu depuis un peu moins d’un an, il a clairement senti la tension monter d’un cran. 

Là, ça va vraiment basculer dans une petite guerre à l’intérieur de la prison. Il y a déjà eu des tensions, des gens qui criaient, tapaient sur les portes.

Hygiène et risques de contamination 

Une situation qui risque d’aller en empirant. "80% des détenus font entrer leur cannabis au parloir", explique encore Karim. Or, l’épuisement des réserves de cannabis des personnes incarcérées est une source de tensions importantes.  

S’ajoutent également les inquiétudes des détenus pour leur propre santé. “Ils ne séparent pas les nouveaux arrivants, qui étaient encore dehors après l’arrivée du coronavirus, et les anciens”, s’alarme ce détenu de Villepinte. "On est chaque jour en danger, témoigne cet autre prisonnier. 

Le personnel ne porte pas de masque et risque de nous contaminer. Chaque jour, les prisonniers vivent avec la peur de mourir derrière les barreaux

Dans ce contexte, et afin d'éviter d'alourdir encore la surpopulation carcérale, la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, demande de retarder l'exécution des courtes peines de prison. "Ces mesures sont d’ores et déjà suivies d’effet : on comptabilise ces derniers jours une trentaine d’entrées en prison quotidiennes, contre plus de 200 habituellement", précise la Chancellerie dans un communiqué. 

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