La justice examinait, ce lundi, la demande de Christophe Dettinger. Il réclame le déblocage d'une cagnotte Leetchi ouverte pour le soutenir après sa convocation judiciaire, en janvier, pour avoir frappé deux gendarmes. Son avocate dénonce des pressions politiques, la plateforme met en avant ses conditions générales.

L'ex-boxeur Christophe Dettinger ici en noir, à droite, le 13 février 2019
L'ex-boxeur Christophe Dettinger ici en noir, à droite, le 13 février 2019 © Maxppp / Ian Langdson

Les avocats de Leetchi l'ont assuré à plusieurs reprises, ce lundi, au tribunal de grande instance de Paris : selon eux, "il ne s'agit pas d'apprécier la moralité" de la cagnotte ouverte en janvier pour soutenir Christophe Dettinger, mais bien d'en faire respecter les conditions. 

Jusque-là plutôt amenés à faire entendre leurs arguments par voie de presse interposée, les conseils de la plateforme et ceux du couple Dettinger se sont exprimés devant la justice, lors d'une audience d'une heure et demie, au terme de laquelle il faut admettre que la chose ne semblait pas beaucoup plus claire, tant tout semble reposer sur des questions d'interprétation.

Deux questions occupent notamment les débats depuis le début de cette affaire : quel est l'objet de la cagnotte, et qui en est le bénéficiaire ? Les réponses, évidemment, divergent selon la partie. "De la mauvaise foi", est allée jusqu'à avancer devant la juge Maître Laurence Léger, l'avocate de Christophe Dettinger, sous les regards de son client et de Nicolas Alves, l'organisateur de la cagnotte. "On n'a pas un problème de droit dans ce dossier, on a un problème de communication, d'image pour la société."

"Au vu du montant atteint à ce jour, la cagnotte n'accepte plus de contribution"

Ce lundi, les avocats de Leetchi ont à nouveau expliqué devant le tribunal que la cagnotte avait été ouverte en janvier, avec pour objectif affiché de payer les frais d'avocats de l'ex-boxeur, poursuivi pour avoir frappé deux gendarmes, lors d'une manifestation de "gilets jaunes" le 5 janvier à Paris. Une fois atteinte la somme de 145 000 euros, deux jours après l'ouverture de l'appel aux dons, le site a jugé la somme suffisante et a décidé de fermer la collecte, plutôt que de devoir rembourser les donateurs une fois les factures acquittées. Un message expliquait alors aux donateurs potentiels : "Au vu du montant atteint à ce jour, la cagnotte n'accepte plus de contribution". Ce montant a été décrit comme largement suffisant à payer des honoraires, souligne Maître Martine Samuelian, "avocate depuis maintenant 35 ans" et conseil de Leetchi.

Or, l'organisateur de la cagnotte nie avoir explicitement lancé la collecte pour payer les frais d'avocats, mais bien pour "soutenir" la famille Dettinger. À l'audience, l'avocate de l'ancien boxeur a affirmé que Nicolas Alves avait été appelé à de nombreuses reprises par Leetchi, alors que l'existence de cette cagnotte commençait à faire polémique, "pour lui faire modifier l'intitulé et le texte de la cagnotte, pour dire qu'elle sera limitée aux frais de justice et d'avocat". Malgré ces coups de téléphone, l'organisateur refuse. Maître Laurence Léger rappelle d'ailleurs que les objets des cagnottes sont validés avant autorisation d'ouverture, et qu'il n'y aurait, de toute façon, pas eu lieu de le modifier ensuite. L'avocate ajoute avoir envoyé ses factures à Leetchi qui, selon ses dires, lui a expliqué vouloir attendre la décision de justice dans ce dossier avant tout versement.

"Un débat totalement artificiel"

L'autre grand point de discorde est le bénéficiaire officiel de cette cagnotte. Leetchi affirme avoir cru comprendre, à l'ouverture de la collecte, qu'il s'agissait de Christophe Dettinger. Or, l'organisateur a ensuite demandé que la somme soit versée à l'épouse de l'ex-boxeur. "Imaginez-vous : des gens donnent pour une association, et les fonds sont attribués à une personne physique, ce n'est pas possible !", plaide Maître Olivier Lyon Lynch, également avocat de Leetchi, sous-entendant que changer de bénéficiaire reviendrait à trahir la confiance des donateurs. Argument également avancé par sa consœur, Maître Samuelian : "On a 8 000 donateurs de cette cagnotte qui pourraient expliquer à Leetchi qu'elle n'a pas respecté ses propres obligations, ce n'est pas le bon bénéficiaire et pas le bon objet." "C'est un débat totalement artificiel", s'agace l'avocate du couple. "Monsieur, Madame, c’est pareil, cela va sur le même compte."

Le couple Dettinger demande également des dommages et intérêts à hauteur d'environ deux millions d'euros, soit la somme qu'il aurait pu, selon lui, toucher, si la cagnotte était restée ouverte 45 jours comme prévu. "Une fourchette basse", insiste Maître Isabelle Samama, qui représente également les intérêts de l'ex-boxeur et de sa compagne. Selon elle, ce montant est établi en fonction des dons faits pendant les deux jours durant lesquels la cagnotte était ouverte. Or, la notoriété de Christophe Dettinger augmentant les jours suivants, il y aurait eu, à en croire l'avocate, encore plus de dons par la suite.

Le couple va devoir attendre encore un peu avant de savoir s'il peut ou non bénéficier de l'argent qui dort dans cette cagnotte : le jugement a été mis en délibéré, et sera rendu le 20 janvier prochain.

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