Les révélations autour d'Alexandre Benalla, proche collaborateur d'Emmanuel Macron, plonge l'exécutif dans la tourmente. Affaires judiciaires, troubles politiques, on récapitule.

Alexandre Benalla, ancien collaborateur d'Emmanuel Macron
Alexandre Benalla, ancien collaborateur d'Emmanuel Macron © AFP / PHILIPPE WOJAZER

Le collaborateur d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, et l'employé de LREM Vincent Crase, filmés en train de frapper des manifestants le 1er mai, ont été mis en examen dimanche, notamment pour "violences en réunion", a indiqué le parquet de Paris.
Trois policiers, déjà suspendus pour avoir transmis des images de vidéo-surveillance à Alexandre Benalla, ont également été mis en examen, pour "détournement d'images issues d'un système de vidéo-protection" et "violation du secret professionnel".
Tous les cinq ont été placés sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du parquet.

Que reproche-t-on à Alexandre Benalla ?

Alexandre Benalla, chargé de mission à l'Élysée et qui portait ce jour-là un brassard et un casque de police, et Vincent Crase, employé du parti présidentiel, ont été filmés en train de frapper et malmener des manifestants le jour de la Fête du travail à Paris. Ils avaient été autorisés à accompagner les forces de l'ordre en tant qu'"observateurs". 

Les images avaient été diffusées immédiatement après la manifestation mais ce n'est que ce mercredi 18 juillet que le journal Le Monde a identifié le collaborateur de l'Élysée.

Ce "proche conseiller du président de la République" aurait été sanctionné pour ces violences, mis à pied 15 jours par le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, qui a également confirmé avoir vu les images dès le 2 mai et "démis de ses fonctions en matière d'organisation de la sécurité des déplacements du président", selon le porte-parole Bruno Roger-Petit. Mais des clichés récents ont démontré qu'il assurait la sécurité du chef de l'État il y a quelques jours encore.

Depuis cette révélation, d'autres informations sont venues ternir le portrait de Benalla. Alexandre Benalla disposait notamment de nombreux avantages, tels qu'un logement de fonction dans une dépendance de l'Élysée, quai Branly ou encore un badge pour accéder à l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

Où en est l'enquête ?

Le parquet de Paris a ouvert jeudi une enquête préliminaire pour "violences par personne chargée d'une mission de service public", "usurpation de fonctions" et "usurpation de signes réservés à l'autorité publique". 

Des faits nouveaux viennent éclairer l'enquête vendredi : Alexandre Benalla se serait fait transmettre des images de vidéo-surveillance enregistrées place de la Contrescarpe le 1er mai. Faits qui poussent l'Élysée à engager une procédure de licenciement.

Alexandra Benalla, dont le licenciement a été annoncé vendredi, est également mis en examen pour "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique", "port public et sans droit d'insignes réglementés", "recel de détournement d'images issues d'un système de vidéo-protection" et "recel de violation du secret professionnel".

Un salarié du parti présidentiel La République en marche, qui était avec Alexandre Benalla le 1er mai place de la Contrescarpe, Vincent Crase, est lui mis en examen pour "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique" et "port prohibé d'une arme de catégorie B".

Le domicile d'Alexandre Benalla a été perquisitionné samedi matin. L'homme et la femme victimes de violences sur les images vidéo sont  identifiés et demandent à être entendus plus tard par les enquêteurs.

Du côté de la gendarmerie, les révélations sur Alexandre Benalla et Vincent Crase, sont un caillou dans la chaussure. Une communication a été faite à destination des réservistes, promettant des conséquences disciplinaires et statutaires sur les deux ex-collaborateurs, par ailleurs respectivement ancien et actuel réserviste de la gendarmerie.

Deux personnels, par ailleurs réservistes de la gendarmerie nationale, sont mis en cause dans une affaire de violences en service de maintien de l’ordre à Paris. Ils n’étaient pas employés en mission par la gendarmerie nationale lors des faits reprochés commis le 1er mai dernier. Il paraît important de vous donner quelques informations sur la situation.        
L’un d’entre eux (Alexandre B.) est engagé dans la réserve opérationnelle depuis 2009. Il n’a pas été employé depuis 2015. En 2017, il a été radié à sa demande de la réserve opérationnelle, et a été intégré comme spécialiste expert pour apporter un éclairage sur la fonction protection. Ce vivier peu connu est constitué de 74 personnes recrutées pour leurs compétences particulières (informaticiens, linguistes, communicants, juristes, spécialistes ressources humaines, cadre de sécurité etc...). Ce statut ne permet pas d’être employé en dehors de son domaine de compétence, et exclut toute mission opérationnelle. Le grade d’Alexandre B. (lieutenant-colonel) lui a été conféré au titre de son niveau d’expertise et pour le seul exercice de sa mission. Il n’a jamais été employé par la gendarmerie nationale dans ce cadre.        
Le second (Vincent C.), chef d’escadron de la réserve opérationnelle, a quant à lui intégré cette dernière en 1996. Il a effectué régulièrement des missions de formation et d’encadrement.        
Les faits reprochés à ces deux personnes, commis en dehors de tout lien avec le service de la gendarmerie, auront pour autant des conséquences disciplinaires et statutaires sur leur qualité de réserviste.

Pourquoi l'affaire est-elle devenue politique ?

Depuis jeudi, les députés se sont davantage penchés sur l'affaire Benalla que sur la révision constitutionnelle, s'accordant jeudi soir entre opposition et majorité pour doter la commission des Lois des pouvoirs d'enquête sur cette affaire. Une commission des Lois qui a annoncé samedi qu'elle entendrait le Premier ministre Gérard Collomb dès lundi, à 10h, alors que l'exécutif demeure silencieux sur ce dossier.

L'affaire Benalla aura eu raison, au moins provisoirement, du projet de révision constitutionnelle voulu par Emmanuel Macron et dont l'examen, déjà compliqué, a été dimanche suspendu jusqu'à nouvel ordre, après un blocage inédit de l'Assemblée nationale.  L'hémicycle était en état de "siège" depuis les révélations sur l'ex-collaborateur du chef de l'État, selon les termes d'une élue LREM. L'air grave, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a annoncé en fin de matinée la suspension des travaux et souhaité que l'examen de la révision, qui en était à son onzième jour d'affilée, reprenne "ultérieurement dans des conditions plus sereines".

L'opposition plaidait depuis près de trois jours qu'il était impossible de débattre d'un tel texte constitutionnel "au milieu de cette crise profonde".

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