L’attentat de Nice a fait 86 morts et plus de 450 blessés il y a un an sur la promenade des Anglais. Neuf suspects sont toujours écroués. Retour sur les faits.

Mémorial en hommage aux victimes de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais.
Mémorial en hommage aux victimes de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais. © Maxppp / LP/Yann Foreix

Le 14 juillet 2016, Mohamed Lahouaiej Bouhlel fonce avec un camion de 19 tonnes sur la foule réunie sur la promenade des Anglais, à Nice, pour admirer le feu d’artifice. L’attentat fait 86 morts, dont 37 étrangers de 19 nationalités différentes, plus de 450 blessés, et des milliers de personnes traumatisées. Un an après, où en est l’enquête ?

Une course meurtrière de 2 kilomètres

Ce soir-là, le camion pénètre sur la promenade des Anglais vers 22h45. Le chauffeur force le barrage de police qui délimite le secteur piéton à l'angle du boulevard Gambetta. Il zigzague pour percuter le maximum de personnes, monte sur les trottoirs. Le feu d’artifice se termine à peine, la foule est dense, 30 000 personnes sont sur la promenade des Anglais, la musique couvre le bruit du moteur, personne ne l'entend arriver. La course meurtrière va durer 4 minutes et 17 secondes, sur 2 kilomètres.

Un homme à scooter tente de stopper le camion en jetant son deux-roues en travers, puis en s'accrochant à sa portière, et en frappant le terroriste. Le poids-lourd finit par caler à hauteur du Palais de la Méditerranée. Huit policiers ouvrent le feu et abattent l'homme.

Le déroulé de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016.
Le déroulé de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016. © AFP / SIMON MALFATTO, SOPHIE RAMIS, KUN TIAN, THOMAS SAINT-CRICQ.

Un attentat revendiqué par l'État islamique

Au volant, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, installé à Nice depuis son mariage en 2007. L'étude de son téléphone a montré qu'il avait fait du repérage sur la promenade des Anglais plusieurs mois avant, ainsi que le jour même de l'attentat. Pendant plus d'un an, il a photographié les grands événements qui ont lieu sur la promenade, il a pris en tout 70 photos. Il avait économisé et vendu sa voiture pour pouvoir louer le camion. En tout, il avait fait onze repérages avec son camion sur la promenade quelques jours avant l'attaque, sans être signalé. L'attentat était donc bien prémédité.

Mohamed Lahouaiej Bouhlel était fasciné par la violence extrême et les actions djihadistes, il regardait des vidéos de propagande chez lui et dans des cybercafés. Aux yeux des enquêteurs, son profil instable a pu être influencé par les appels récurrents aux meurtres lancés depuis l'Irak et la Syrie par l'organisation État islamique, qui a revendiqué l'attentat. Mais à ce stade, aucun lien entre le tueur et la mouvance radicale ou avec l'organisation djihadiste n'a pu être établi par les enquêteurs.

Des complices présumés mis en examen

L'enquête est menée par le pôle antiterroriste de Paris. Neuf suspects sont toujours écroués, soupçonnés de complicité avec le terroriste ou d'avoir joué un rôle dans la fourniture des armes. Les enquêteurs s'interrogent notamment sur le rôle de Chokri Chafroud, qui apparaît à leurs yeux comme un mentor influent. Chokri Chafroud avait envoyé un message à Mohamed Lahouaiej Bouhlel, lui disant : "Charge le camion, mets dedans 2 000 tonnes de fer, coupe lui les freins mon ami et moi je regarde." Parmi les suspects également, un couple d'Albanais, Artan Henaj et Enkeledja Zace, et un Franco-Tunisien de 21 ans, Ramzi Arefa, suspectés d'avoir fourni un pistolet au tueur, sans avoir forcément eu connaissance de son projet.

Les juges d'instruction antiterroristes ont présenté il y a quelques jours à Nice et à Paris leurs investigations lors d'une nouvelle réunion devant plusieurs centaines de parties civiles. Au total, 583 personnes se sont constituées parties civiles.

La sécurité était-elle suffisante ce soir-là ?

Dans les jours qui suivent, la sécurité sur la promenade des Anglais pour le feu d'artifice du 14-Juillet est remise en question. Les élus locaux, et notamment Christian Estrosi, alors premier adjoint Les Républicains au maire de Nice et président de la région Paca, accusent le gouvernement d'avoir déployé un dispositif de sécurité insuffisant le soir de l'attaque.

Sandra Bertin, une policière municipale, responsable des 1 734 caméras de vidéosurveillance installées à Nice, avait même affirmé avoir subi des pressions de la part du ministère de l'Intérieur pour mentir dans son rapport sur les positions des policiers nationaux sur le trajet du camion, rédigé à partir des bandes vidéo. Une pression exercée selon Sandra Bertin au téléphone, et via des policiers, par une représentante de la place Beauvau. Elle lui aurait demandé de modifier son texte. Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, et l'administration de la Police nationale avaient porté plainte pour diffamation. Simple "fantasme" pour le ministère public, qui a requis ce vendredi 7 juillet la relaxe de Sandra Bertin. Le tribunal rendra sa décision le 14 septembre.

Parallèlement à l'enquête menée à Paris sur l'attentat lui-même, une instruction a donc été donc également ouverte à Nice sur les éventuelles failles de sécurité. L'IGPN, la police des polices, avait conclu dans un rapport que le dispositif "n'était pas sous-dimensionné".

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