Une trentaine de députés, tous membres de la commission des Lois, ont visité plusieurs établissements pénitentiaires le 7 novembre. Des élus réunis mercredi matin à l'Assemblée pour échanger leurs expériences.

Une cellule de Fresnes, quartier des arrivants. Seulement 9 m² pour deux, voire trois personnes
Une cellule de Fresnes, quartier des arrivants. Seulement 9 m² pour deux, voire trois personnes © Radio France / Corinne Audouin

De Longuenesse (dans le Pas-de-Calais) aux Baumettes (à Marseille), en passant par Fresnes, Lyon-Corbas, et jusqu'à Saint-Denis de la Réunion, 26 établissements de tous types, maison d'arrêt, centre de détention, maison centrale pour les longues peines, ont reçu mardi la visite d'un ou plusieurs élus. Cela fait partie des prérogatives des parlementaires : ils peuvent se rendre quand ils le souhaitent dans tous les établissement pénitentiaires.

L'idée, c'est que ces députés, qui vont être amenés à travailler sur les questions de justice, se fassent une idée concrète de la prison en France. Qu'en ont-ils retenu ?

Parfois des situations aberrantes

23 députés ont pris la parole, parfois longuement. Tous ont d'abord remercié la présidente de la commission des lois, la députée LREM Yaël Braun-Pivet, à l'origine de l'initiative. 

Au-delà de la vétusté des établissements, des cellules de 9m² "triplées" dans les maisons d'arrêt, que certains découvraient pour la première fois, ils ont noté que la surpopulation carcérale affectait autant les détenus que les personnels. 

Avec, parfois, des situations aberrantes liées au manque de surveillants. Erwan Balanant, député Modem, a visité le centre pénitentiaire de Ploemeur, dans le Morbihan.

J'ai découvert des choses totalement incongrues dans cette prison. Elle a eu la chance d'avoir 2,5 millions de travaux pour mettre en place de nouveaux parloirs. C'est bien, mais une unité de vie familiale qui a été construite, qui depuis un an et demi est prête, n'est pas mise en service parce qu'il n'y a pas de personnel pour le faire.

D'autres députés ont rapporté des cas similaires : au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, en Saône et Loire, la députée socialiste Cécile Untermaier a expliqué que comme à Ploemeur, deux unités de vie familiale, des parloirs prévus pour que les détenus rencontrent leurs familles, n'étaient pas utilisés, faute de personnel.

Le secteur censé accueillir des détenus en semi-liberté était, lui, vide. Pareil au centre pénitentiaire de Longuenesse, dans le Pas-de-Calais : le député La France Insoumise Ugo Bernalicis a constaté que le quartier pour peines aménagées était "à moitié vide", alors que la maison d'arrêt déborde. La raison, selon le député ? Faute d'emplois et de formations suffisantes dans la région, très peu de détenus remplissent les critères pour intégrer ce quartier, qu'ils ne rejoignent que pour dormir. 

"La prison n'est pas l'alpha et l'omega"

À l'exception de quelques députés (Eric Ciotti de LR, qui a profité de son intervention pour réclamer plus de places de prison, Ugo Bernalicis de le France Insoumise lui répondant que "la prison n'est pas l'alpha et l'oméga de tous les problèmes"), les élus ont pour la plupart évité la polémique, pour se placer sur le terrain du constat.

Les difficultés d'accès aux soins et le nombre de détenus souffrant de troubles psychiatriques sont revenus dans plusieurs interventions. "Cela représente un tiers des détenus à Saint-Etienne, c'est aberrant", a souligné le député LREM de la Loire Jean-Michel Mis. Certains, comme la députée Modem - et ancienne magistrate - Laurence Vichnievsky, avancent des pistes pour les prisons de demain. "Il faut réfléchir à la taille des établissements", a lancé la députée, après avoir visité le Centre pénitentiaire de Riom, un établissement neuf de près de 600 places, qui lui a fait l'effet d'un lieu "aseptisé". Elle s'est dite aussi très opposée aux "PPP", les "partenariats publics-privés", dont le coût à long terme est "très onéreux" pour l'État.

Un plan de construction de 15.000 nouvelles places avait été lancé par Jean-Jacques Urvoas, sous la présidence de François Hollande, et repris par Emmanuel Macron. Mais beaucoup d'élus estiment qu'au regard de ce qu'ils ont vu en détention, cela ne peut  pas être la seule solution à la surpopulation carcérale. Le député LREM Thomas Rudigoz s'est rendu à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas. 

Évidemment il y a besoin de places en prison. Mais les places ne suffisent pas, et ne pourront pas être la seule solution. Un des prisonniers m'a dit : "pourquoi ne développez-vous pas plus des travaux d'intérêt général ? Cela aurait été plus bénéfique pour moi."

Pour la suite de ses travaux, la commission des lois auditionnera mardi prochain Adeline Hazan la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté.

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