Arrêté samedi en Bolivie, l’ancien activiste d’extrême gauche italien Cesare Battisti est arrivé à Rome, ce lundi, pour être emprisonné. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir participé à quatre meurtres lors des "années de plomb" en Italie. Retour sur plus de 37 ans de cavale.

L'ex-activiste d'extrême gauche italien Cesare Battisti à sa descente d'avion à l'aéroport Ciampino à Rome le 14 janvier 2019.
L'ex-activiste d'extrême gauche italien Cesare Battisti à sa descente d'avion à l'aéroport Ciampino à Rome le 14 janvier 2019. © AFP / Alberto PIZZOLI

Cesare Battisti, 64 ans, ancien membre des Prolétaires armés pour le communisme (PAC), a été arrêté dans la ville de Santa Cruz de la Sierra en Bolivie, par la police brésilienne, dans la nuit de samedi 12 à dimanche 13 janvier. Il est arrivé à Rome ce lundi à la mi-journée. "De cette façon, l’ex-terroriste purgera la peine prononcée par la justice italienne : la perpétuité !", a déclaré le ministre italien de la Justice Alfonso Bonafede sur son compte Twitter. Il doit être incarcéré à la prison de Rebibbia à Rome.

"Cet infâme qui a passé des années sur les plages au Brésil ou à boire du champagne à Paris, a tué (entre 1978 et 1979) un maréchal de 54 ans, un charcutier, un joaillier et un jeune policier de 24 ans. Il doit moisir en prison jusqu'à la fin de ses jours", a déclaré le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini dimanche soir à la télévision.

Le chef de la Ligue du nord a multiplié les tweets sur le sujet, parlant notamment "d'une journée de fête pour les Italiens". Mais ajoute le vice-Premier ministre, "ce doit être le début du chemin, parce qu'il sont encore nombreux, trop nombreux, les terroristes encore en liberté."

Au Brésil depuis 2004

L’ancien activiste d’extrême gauche vivait au Brésil depuis une quinzaine d’années. Il y avait refait sa vie et a eu un fils, mineur, d’une mère brésilienne. Il comptait notamment sur sa paternité pour le protéger légalement d’une extradition.

En 2010, Cesare Battisti avait reçu le soutien de l’ancien président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva qui avait bloqué son extradition vers l’Italie et lui avait accordé sa protection. 

Le 13 décembre dernier changement de ton après le changement de président le 28 octobre 2018. Un juge de la Cour suprême du Brésil a ordonné l’arrestation de Cesare Battisti "en vue d’une extradition". À partir de là, les autorités brésiliennes perdent la trace de Battisti. Il est entré en Bolivie "de manière illégale", selon une source gouvernementale bolivienne.

Cesare Battisti gardien d'immeuble et écrivain en France

Cesare Battisti a toujours clamé son innocence. Après son évasion de la prison italienne de Frosinone en 1981, il se cache quelques temps à Rome puis part pour la France avant de rejoindre le Mexique. Il y passera sept ans, puis revient en France de 1990 à 2004. Le président François Mitterrand s’étant engagé à n’extrader aucun militant d’extrême gauche renonçant à la lutte armée, Battisti bénéficie alors de cette jurisprudence dans un premier temps. Comme une centaine d’autres militants italiens des années 1970, il refait sa vie à Paris.

La France rejette à plusieurs reprises les demandes d’extradition de Cesare Battisti voulues par l’Italie. Ce dernier devient alors gardien d’immeuble pour assurer ses fins de mois, puis se met à l’écriture. Il publiera une douzaine de polars, s’inspirant souvent de sa propre vie. Il bénéficie alors du soutien de plusieurs personnalités dont notamment celui de la romancière Fred Vargas.

Si François Mitterrand s’était engagé, dans un premier temps, à ne pas extrader les militants d’extrême gauche, l’ancien président socialiste s’était par la suite, dit prêt à faire une exception pour les auteurs de crime de sang. 

En 2004, le vent tourne pour l’ex-activiste d’extrême gauche. Cette fois, la France accepte la demande d’extradition de l’Italie et place Battisti sous contrôle judiciaire. En rupture avec son prédécesseur, le président Jacques Chirac déclare "il est de notre devoir de répondre favorablement à une demande d'extradition". Cesare Battisti se soustrait à son contrôle, disparaît alors une nouvelle fois et s’envole pour le Brésil.

Les "années de plomb" de Cesare Battisti

Cesare Battisti avait été condamné, en Italie, une première fois en février 1981 à 13 ans de prison pour "appartenance à un groupe armé". Il était membre des PAC, les Prolétaires Armés pour le Communisme, un groupe considéré comme terroriste par Rome, très actif à la fin des années 1970. 

Dès le mois d’octobre 1981, Cesare Battisti s’évade de la prison de Frosinone, au Sud de Rome, grâce à des complices présumés du PAC. Un assaut, rapide, spectaculaire et quasi militaire. Il sera ensuite condamné, en 1993, par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour deux meurtres et deux complicités de meurtre commis en 1978 et 1979. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.