Ils étaient des centaines de jeunes, dimanche soir, à attendre pour rentrer dans le bâtiment où se tenait une fête privée à Champigny-sur-Marne. Ali était parmi eux. Le jeune homme est intervenu pour porter secours à la policière agressée à coup de pied, en marge d'une intervention de police. Il raconte.

Un réveillon dégénère : un policier et une policière tabassés
Un réveillon dégénère : un policier et une policière tabassés © Maxppp / PhotosPQR/Le Parisien

Des manifestations de soutien aux deux policiers agressés la nuit du Nouvel an à Champigny-sur-Marne ont eu lieu devant le commissariat de la ville du Val-de Marne où une centaine de policiers se sont rassemblés ce mardi et en province, à l'appel des syndicats de la profession.

Dimanche soir, un capitaine de police et une gardienne de la paix du commissariat de Chennevières-sur-Marne ont été roués de coups lors d'une intervention pour rétablir l'ordre à l'occasion d'une soirée privée de réveillon, organisée dans un hangar d'une zone industrielle de cette commune à l'est de Paris et qui n'avait été autorisée, ni par la mairie ni par la préfecture.

Les auteurs de la violente agression, qui a été filmée, sont toujours recherchés

Mardi, le hangar portait encore les traces des violences : un muret de briques devant l'entrée principale a été en partie détruit, le rideau métallique d'une entrée latérale défoncé et des plaques de placoplatre réduites en miettes.  

"On attendait 200 personnes mais il y a eu beaucoup de monde qui est arrivé", a reconnu un proche du propriétaire des lieux, présent lors de la soirée. "On leur a dit qu'il n'y avait pas de place, qu'il fallait partir, mais on ne pouvait pas les contrôler", a-t-il reconnu, précisant que seules quatre personnes étaient chargées de la sécurité.

Parmi tous les gens venus, ce dimanche soir, pour ce qu'ils pensaient allait être une belle fête de fin d'année, il y a Ali, 17 ans. Arrivé devant le hangar pour rejoindre des amis, il constate avec surprise l'ampleur de la foule qui attend devant l'entrée du bâtiment, où la soirée a déjà commencé. À l'intérieur, "200 personnes" font la fête, selon un ami du propriétaire, tandis qu'à l'extérieur deux vigiles tentent de contenir plusieurs centaines de jeunes qui voulaient s'inviter dans la salle, 800, selon Ali, qui attendent dans le froid depuis plusieurs heures jusqu'à l'annonce qu'ils ne pourront pas rentrer pour cause de salle pleine. Devant l'entrée, un muret en briques s'écroule sous la pression de la foule.  

"La moitié du groupe est partie derrière pour voir s'il n'y avait pas une autre entrée", raconte Ali "Les gens derrière ont poussé à nouveau et un nouveau mur de briques est tombé et un rideau de fer. Il y a eu des blessés. Les pompiers ont été appelés, du coup la police est venue aussi, elle a fait évacuer la salle pour sortir les blessés." 

"Les policiers nous ont demandé de partir, mais après toute cette attente et cette queue, les gens ne bougeaient pas"

"Les policiers ont commencé à mettre un 'coup de gazeuse', les gens hurlaient à la mort, les CRS sont arrivés ils tiraient au flash-ball et à la lacrymo, tout le monde est arrivé en courant, les gens étaient piétinés, il y avait des malaises". Ali, lui même est touché à la cuisse, raconte-t-il.

Les jeunes ripostent par des jets de projectiles. "Les gens ont pété un câble", raconte Ali, "ils ont retourné une voiture. Une bonne cinquantaine sont restés pour affronter les forces de l'ordre mais d'autres sont partis". Ali est de ceux là. Il court avec de nombreuses personnes vers la sortie de la zone industrielle.  

C’est là, explique-t-il, à une centaine de mètres de la salle, "que des policiers sont arrivés du coté opposé et se sont trouvés au milieu des deux groupes de jeunes qui avaient été gazés, tapés et qui étaient très énervés".

Tapez-les, ils sont tout seuls

Deux policiers : un capitaine et une gardienne de la paix, se retrouvent isolés et sont pris à partie par la foule. "Un homme a criée 'tapez-les, ils ne sont que deux'. Ils les ont massacrés de coups de pied" raconte Ali qui décrit une "vingtaine de personnes" encerclant la policière, au sol, et lui donnant des coups de pieds.  

Ali raconte alors s'être interposé pour protéger la jeune femme. "Au début, personne ne pouvait rien faire tellement les gens étaient énervés. Ils ne tapaient pas une personne mais un uniforme, ils ne pensaient pas à un être humain, mais moi je savais qu'elle n'avait rien à voir avec ça. Quand de 20 ils sont passé à trois ou quatre et surtout et que l'un d'eux a tenté de lui piquer son arme, alors je suis intervenu".

Il ramène alors la jeune femme vers une voiture de ses collègues. "Elle était en état de choc. Elle ne parlait pas, elle marchait sur une jambe et  saignait de la bouche", se souvient Ali. 

Le jeune homme est toujours "écœuré" par le déchaînement des agresseurs. "Les gens qui ont fait ça n'étaient plus eux-mêmes", dit-il, "ils ont propagé la haine qu'ils avaient contre les organisateurs de la soirée et ceux qui les avaient gazés."

Le policier a le nez cassé et sa collègue, frappée au sol, souffre de contusions au visage. Ils se sont vu prescrire dix et sept jours d'incapacité totale de travail (ITT).

Deux policiers agressés à Champigny-sur-Marne
Deux policiers agressés à Champigny-sur-Marne © Visactu
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