Entre respect de la présomption d'innocence et image potentiellement dévastatrice, la confirmation par la chaîne de l'arrivée de l'animateur a jeté un froid parmi les journalistes.

Jean-Marc Morandini en conférence de presse le 19 juillet 2016
Jean-Marc Morandini en conférence de presse le 19 juillet 2016 © Maxppp / Nicolas Kovarik

Ce coup-là, les journalistes d'iTélé ne l'avaient pas vu venir. Mis en cause par le magazine Les Inrocks en juillet puis mis en examen fin septembre pour "corruption de mineur" et "corruption de mineur aggravée", Jean-Marc Morandini avait été mis en retrait dès cet été de l'antenne d'Europe 1 où il officiait jusqu'ici, d'un commun accord. La chaîne d'information iTélé avait dans un premier temps reporté son arrivée, confiant à la rentrée la tranche qu'il devait occuper (de 18h à 19h) à la journaliste Amandine Bégot. Selon la Société des journalistes de la chaîne, la direction les avait alors rassurés, estimant que "les faits reprochés sont graves, et la question de son arrivée ne se pose plus. Sauf contrordre".

Le "contrordre" est tombé vendredi matin : dans un communiqué, iTélé confirme l'arrivée de Jean-Marc Morandini à la tranche prévue, à partir du 19 octobre.

Présomption d'innocence...

Juridiquement, difficile de contester la décision. Jean-Marc Morandini est jusqu'ici simplement mis en examen, et n'a donc pas été condamné pour les faits qui lui sont reprochés. L'enquête repose pour l'instant sur des plaintes déposées en juillet et septembre, suite à la diffusion de l'article des Inrocks, par deux jeunes hommes mineurs à l'époque des faits.

Ce n'est d'ailleurs pas un revirement de la part de la chaîne. Fin août, un mois avant sa mise en examen, iTélé appliquait déjà la présomption d'innocence. Tout en précisant, au cas où : "En cas de condamnation, Jean-Marc Morandini et iTélé ont d'ores et déjà prévu qu'il quitterait le groupe sans indemnité."

... contre réputation de sérieux à préserver

Mais pour la SDJ, la question n'est pas du tout d'ordre judiciaire, mais relève de l'image de la chaîne, qui risque selon eux d'être durablement entachée par cette arrivée en plein scandale. "Notre métier repose sur la crédibilité", explique la SDJ dans un communiqué. "Celle d'une rédaction, celle de ses journalistes. Sur notre image. [...] Sans préjuger de sa culpabilité, en respectant sa présomption d’innocence, il est évident que la présence de Jean-Marc Morandini entachera l'image de la chaîne et de ses journalistes."

Les journalistes s'inquiètent notamment du contexte dans lequel se seraient déroulés les faits, le tournage de la websérie Les Faucons. "Il est inacceptable d'associer notre image à celle d'un producteur de série érotique sur le net", s'indignent-ils. Sans compter le contexte orageux dans lequel l'animateur arrive au sein de la rédaction d'iTélé.

La direction a pour sa part répondu, dans l'après-midi, avec un autre communiqué, rappelant à nouveau le principe de présomption d'innocence.

De son côté, la chaîne NRJ12, qui diffuse l'émission de faits divers Crimes présentée par Jean-Marc Morandini, avait fait le choix fin septembre de ne plus le faire apparaître à l'image suite à sa mise en examen. Tout en conservant sa voix en fond sonore pour les parties où elle était déjà enregistrée.

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