Le ministre de l’Intérieur a annoncé ce dimanche 26 janvier le retrait immédiat de ces grenades lacrymogènes controversées, à l’origine de plusieurs blessures mutilantes chez des manifestants. Sauf que ces grenades étaient déjà en fin de vie depuis longtemps… mais pas leurs remplaçantes.

Une grenade GLI-F4 par terre sur la place d’Italie à Paris, en novembre 2019
Une grenade GLI-F4 par terre sur la place d’Italie à Paris, en novembre 2019 © AFP / Karine Pierre / Hans Lucas

L’information a vite fait le tour des spécialistes, et surtout des mouvements qui militent depuis longtemps pour l’abandon (entre autres) de ces grenades lacrymogènes qui, mal utilisées, peuvent conduire à de graves mutilations, souvent après avoir tenté de les éloigner de la foule en les relançant à l’envoyeur. Dans ces cas-là, comme le précise lui-même Christophe Castaner, “ces manifestants, les prenant volontairement en main, se blessent gravement”. D’où cette annonce du ministre de l’Intérieur : “je pense qu'il nous faut retirer les GLI-F4 de l'usage de la police”.

Il faut dire que les charges s’accumulent depuis longtemps contre cette grenade bien spécifique. En grande partie parce qu’il ne s’agit pas d’une “simple lacrymo” : la GLI-F4 a un caractère explosif, volontaire puisqu’il permet de générer un “souffle” pour disperser un groupe. Souffle suffisant également pour arracher une main, si elle est en contact avec l’objet au moment de son explosion. D’ailleurs, selon un rapport de police cité par le Défenseur des Droits, "la France est le seul pays d'Europe à continuer d'employer des munitions explosives". Des avocats avaient également publié une tribune en novembre 2018 pour réclamer le retrait total des GLI-F4.

Une grenade que l’État n’achetait déjà plus, et que son constructeur ne vend plus

L’annonce du retrait des GLI-F4 de l’arsenal à disposition des forces de police est donc bienvenue, mais tardive… Voire obsolète. En fait, cette disparition est déjà sur les rails depuis longtemps : en mai 2018, l’État avait déjà renoncé aux trop dangereuses GLI-F4 dans un appel d’offres, lui préférant d’autres modèles supposément moins brutaux.

Bien avant encore, après la mort de Rémi Fraisse en 2014 à Sivens (et l’interdiction presque immédiate des grenades offensives responsables de ce décès), un rapport de l’IGPN et de l’IGGN (police et gendarmerie) pointait du doigt la dangerosité des GLI-F4. Au point que la même année, son constructeur Alsetex renonçait à la construire, pointant des défauts qui nécessiteraient de revoir “totalement le processus de production du produit”. D’autant plus contraignant que les ventes sont “très faibles”, et pour cause : le seul client est le ministère de l’Intérieur, la GLI-F4 n’étant “pas exportable”.

Depuis, les grenades de ce type encore utilisées proviennent de stocks de la police et de la gendarmerie. Des stocks destinés, à plus ou moins court terme, à s’épuiser. Annoncer leur retrait permet uniquement de prendre un peu d’avance sur la disparition programmée de ce type de grenades, destinées à être consommées manifestation après manifestation ou à prendre la poussière.

Cela ne veut pas dire que les grenades lacrymogènes disparaissent de l’arsenal : depuis l’annonce de la fin de la production des GLI-F4, leur constructeur a développé les GM2-L, un autre type de grenade lacrymogène, dépourvue elle d’effet de souffle. Et d’autres armes de maintien de l’ordre tout aussi controversés et dénoncés que les GLI-F4 (comme les LBD, eux aussi responsables de graves blessures depuis plusieurs années), restent bel et bien à l’ordre du jour.

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