C'est un rapatriement surprise, qui a eu lieu dans le plus grand secret, jusqu'à ce que le Quai d'Orsay confirme le retour en France de cinq orphelins de djihadistes français. C'est le premier retour du genre depuis un camp du Kurdistan syrien, même si quelques rares autres enfants avaient été rapatriés seuls d'Irak.

La France a rapatrié vendredi cinq enfants de djihadistes français, "orphelins et isolés", dont trois frères de cinq, trois et un an
La France a rapatrié vendredi cinq enfants de djihadistes français, "orphelins et isolés", dont trois frères de cinq, trois et un an © DR

L'un est un bébé, d'un an, blessé au visage par des éclats d'obus. Ses deux frères n'ont que trois et cinq ans. Ils étaient les trois orphelins pour lesquels leurs grands-parents, Lydie et Patrice Maninchedda, avaient lancé des appels désespérés au président Macron, pour qu'il rapatrie leurs petits-enfants, seuls, dans le camp d'Al-Hol, depuis la mort de leur mère, et l'arrestation de leur père, un djihadiste allemand.

Les deux autres enfants rapatriés ce vendredi sont deux fillettes âgées de 4 et 5 ans, deux orphelines elles aussi, sans lien de parenté. Ces cinq enfants "isolés" selon les mots du Quai d'Orsay, ont atterri sur le tarmac de l'aéroport de Villacoublay vers 13h30, ce vendredi. C'est un avion militaire qui les a ramenés. Ce sont des soldats français qui sont allés les chercher. Des soldats aidés par les forces démocratiques, que la France remercie officiellement pour leur "coopération". 

L'exfiltration de ces enfants a été longuement préparée, selon des sources diplomatiques, mais elle a finalement été réalisée très rapidement, selon les témoignages recueillis sur place, des témoignages des femmes de différentes nationalités qui avaient recueilli ces orphelins sous leurs tentes, principalement dans le camp d'Al-Hol, au Nord-Est du Kurdistan syrien. 

"Leur retour est un grand soulagement" témoigne une grand-mère

Dans l'avion militaire du retour, plusieurs médecins ont pris soin des enfants, qui ont ensuite été immédiatement pris en charge à leur arrivée en France, certains en grande souffrance physique et tous ayant vécu ces dernières semaines dans des conditions sanitaires épouvantables. "Leur retour est un soulagement, un grand bonheur" témoigne la grand-mère des trois petits garçons, qui espère voir prochainement ses trois petits-fils. Elle ne les connaît pas encore tous, puisque certains sont nés en Syrie.

"Ces enfants étaient très vulnérables, dans les situations les plus périlleuses" dit un diplomate

Pour l'instant, ces cinq enfants rapatriés ont été confiés à l'Aide sociale à l'enfance, comme c'est désormais le cas à chaque retour. La décision a été prise par la justice versaillaise, territorialement compétente puisque les enfants ont atterri dans un aéroport des Yvelines. Des juges des enfants vont maintenant décider dans les prochaines semaines s'ils remettent ces enfants à d'autres membres de leurs familles, ou s'ils les laissent pour plusieurs mois dans des familles d'accueil de l'ASE, ce qui est devenue la règle depuis plusieurs années, pour les quelque 90 enfants rentrés de Syrie.

D'autres retours d'enfants, sans leurs parents, sont envisageables, selon un diplomate, qui rappelle la doctrine du "cas par cas" martelée par Emmanuel Macron depuis maintenant dix-huit mois. Le retour de ces cinq enfants correspond complètement à ce "cas par cas", glisse le diplomate, expliquant que la France a précisément choisi d'aller chercher ces enfants-là car ils étaient "très vulnérables, dans des situations très périlleuses, sans parents, sans protection immédiate"

"C'est une première étape, cinq orphelins, mais il faut tous les rapatrier urgemment", clame l'avocate Marie Dosé

"Mais que fait-on pour la centaine d'autres enfants français au Kurdistan syrien ?" clame Marie Dosé, avocate qui défend plusieurs femmes détenus en Syrie avec leurs enfants. "Il faut tous les rapatrier ! Puisqu'on peut organiser une opération de rapatriement en quelques heures ! Et surtout, on ne peut pas dire, vous, autres enfants français, vous continuez à mourir, vous continuez à tomber malades, parce que votre mère a le malheur d'être encore en vie, c'est complètement dingue !" s'emporte l'avocate, signataire d'une pétition, avec maître Henri Leclerc, pour le retour de tous les enfants français de Syrie.

Martin Pradel, avocat des grands-parents Maninchedda, ajoute : "on voit que c'est possible d'aller là-bas, et donc ceux qui sont encore là-bas, qui sont soumis à la faim, au froid, à la pluie, à la mort, tous ces enfants, il faut les sauver."

Dans sa maison du Nord-Pas-de-Calais, où elle a encadré de nombreuses photos de ses petits-enfants, Lydie Maninchedda acquiesce. "Nous espérons aussi que tous les autres enfants qui sont encore dans ce camp, qui sont encore en danger, eux aussi pourront rentrer". Elle appelle encore Emmanuel Macron à faire "preuve d'humanité". Comme "il l'a fait pour mes petits-enfants", dit-elle, le remerciant, soulagée de savoir que ses petits-enfants, sont désormais en sécurité, et encadrés par des professionnels de l'enfance qui pourront maintenant évaluer et prendre en charge leurs traumatismes.

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