Alors qu'elle venait d'atteindre les 145 000 euros, la cagnotte créée en soutien au boxeur gilet jaune a été fermée au bout de deux jours. La société Leetchi avait-elle le droit de procéder ainsi ? Alors que la question a été examinée ce mercredi par le tribunal de Paris, récapitulatif des arguments de chaque camp.

Condamné à un an de prison de prison ferme, Christophe Dettinger a pu bénéficier d'une libération conditionnelle. Il a été placé sous bracelet électronique.
Condamné à un an de prison de prison ferme, Christophe Dettinger a pu bénéficier d'une libération conditionnelle. Il a été placé sous bracelet électronique. © AFP / Geoffroy Van Der Hasselt

Christophe Dettinger touchera-t-il l'argent récolté grâce à la cagnotte Leetchi ? L'affaire était examinée ce mercredi par le juge des référés du tribunal de Paris, qui rendra sa décision le 19 juin.

Rappel des faits. Alors que l'ex-champion de boxe a été filmé la veille en train de frapper des gendarmes mobiles à Paris, Nicolas Alves, un ami des Dettinger, crée le 6 janvier sur la plateforme Leetchi une cagnotte intitulée "Soutien à Christophe D., le boxeur gilet jaune". Les dons affluent. Plus de 145 000 euros sont récoltés en deux jours. L'initiative suscite néanmoins des critiques, y compris au sein du gouvernement. Le 8 janvier, Leetchi décide de suspendre la cagnotte. Une petite partie des donateurs ont depuis été remboursés.

Leetchi invoque un problème sur le bénéficiaire de la cagnotte

C'est le principal problème soulevé par Leetchi. Quand la cagnotte est créée, la case "bénéficiaire" comporte seulement la mention "champion". Or c'est ensuite l'épouse du boxeur, Karine Dettinger qui a demandé le versement de l'argent. "Sans décision de justice, nous ne pouvons pas considérer Mme Dettinger comme bénéficiaire de la cagnotte", explique à l'audience l'avocate de Leetchi, Martine Samuelian. Avant d'ajouter, visiblement agacée : "On a pignon sur rue, on doit respecter nos conditions générales d'utilisation!"

L'avocate du couple Dettinger souligne quant à elle que c'est bien la pièce d'identité et le relevé d'identité bancaire de Karine Dettinger qui ont été fournis à Leetchi. "De toute façon, ils sont mariés, c'est un seul et même porte-monnaie !", s'exclame Laurence Léger.

L'utilisation de l'argent

Leetchi affirme que, quand l'initiateur de la cagnotte a été contacté par téléphone, celui-ci aurait affirmé que la somme récoltée devait uniquement servir à payer les frais d'avocat du boxeur.

"Il n'a jamais dit ça, ce sont des propos mensongers", réplique l'avocate de Christophe Dettinger. À ses yeux, l'intitulé de la cagnotte était clair : il s'agissait de soutenir une famille en difficulté. L'argent peut donc légitimement servir à payer les charges, la cantine des enfants ou encore à rembourser un prêt immobilier.

Incitation à la violence ?

Dernier argument mis en avant par Leetchi : une cagnotte ne peut promouvoir un acte violent. Or ce sont bien les coups portés par Christophe Dettinger aux gendarmes mobiles qui ont été l'élément déclencheur de cette initiative, selon la plateforme.

De son côté, l'avocate de l'ex-champion rappelle que son client s'est très vite excusé dans une vidéo, et que l'intitulé de la cagnotte ne comporte aucune incitation à la haine.

Multiplication des procédures

Ce bras de fer entre Leetchi et les Dettinger a généré d'autres procédures. Dans un autre volet qui sera examiné par le tribunal en décembre, Karine Dettinger réclame à Leetchi 3 millions d'euros de dommages et intérêts. Le montant correspond d'après elle au manque à gagner généré par la clôture anticipée de la cagnotte, alors que celle-ci devait rester ouverte 45 jours.

Cinquante-cinq donateurs ont également porté plainte pour pour "abus de confiance". Ils réclament chacun à Leetchi un euro symbolique.

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