Après une demi-journée de pédagogie, les gendarmes et les policiers se déploient ce mercredi pour faire respecter désormais un confinement général strict, et contrôler toutes celles et ceux qui auront de vraies raisons de se déplacer plus loin que le bout de leur quartier ou de leur village. 10 000 contrôles ont été ef

Contrôle de police entre la gendarmerie national et la police municipale dans le cadre de la mesure de confinement dû a l’evolution de l’épidemie du COVID-19, à Excideuil, village de 1000 habitants (17 Mars 2020)
Contrôle de police entre la gendarmerie national et la police municipale dans le cadre de la mesure de confinement dû a l’evolution de l’épidemie du COVID-19, à Excideuil, village de 1000 habitants (17 Mars 2020) © AFP / Romain Longieras / Hans Lucas

"Cette fois", confie un gendarme d’Île-de-France, "ce sera de la pédagogie plus musclée, et s’il le faut des PV à 38 euros, comme ça s’est passé en Isère ce mardi après-midi".  

"Le premier objectif est de se déployer sur le premier temps fort de la matinée entre 8h et 9h30."

Contrôles routiers renforcés

10 000 contrôles ont déjà été effectués en région parisienne. La police a verbalisé 518 personnes. Comme beaucoup de salariés ne veulent plus prendre les transports en commun, il y a beaucoup plus de monde dans les voitures : c’est la motivation de leurs déplacements que les gendarmes et les policiers veulent d’abord strictement contrôler. À nouveau lors de la pause déjeuner, pour ceux qui ne feraient que des demi-journées, puis enfin lors des retours en fin d’après-midi et début de soirée. 

> Pour télécharger l'Attestation de déplacement dérogatoire et le justificatif de déplacement professionnel

Ronds-points, nationales, sorties d’autoroute, tous les points de passage obligés vers et à la sortie des grandes agglomérations seront occupés par les forces de l’ordre, comme l’a précisé hier à la mi-journée sur France Inter la porte-parole de la gendarmerie nationale. Pour ces contrôles postés à points fixes, le visionnage rapide des attestations d’employeurs et des papiers d’identité suffiront. "Même à travers la vitre", expliquent les motards de la gendarmerie, qui ont déjà dû faire face à plusieurs refus d’ouvrir les fenêtres des voitures.

C’est lors de ce type de contrôles qu’une patrouille a bien cru tomber hier, au sud de Paris, sur des jeunes voulant rendre visite à leurs copains, avec leurs attestations sur l’honneur "un peu douteuses au premier abord". Ils se disaient étudiants en médecine et ont montré, sur leurs téléphones portables, des mails de l’hôpital du Kremlin Bicêtre. Les trois étudiants s’étaient bien portés volontaires pour aller aider le personnel soignant.

À Paris, un contrôle de police au feu rouge et à l'arrêt de bus
À Paris, un contrôle de police au feu rouge et à l'arrêt de bus © Radio France / Valeria Emanuele

Ne pas "jouer trop longtemps"

Visés notamment, les automobilistes qui chercheraient à contourner les interdictions et qui tombent sous le coup des verbalisations, "il ne faudra pas jouer trop longtemps", prévient un haut gradé :

"On veut scotcher les gens chez eux, chacun doit rester fixé dans son département."

Face à des travailleurs du bâtiment qui s’entasseraient dans une camionnette, on leur demandera de porter leur "groin" - le nom donné à ce masque de chantier contre la poussière -, "un minimum". Quant aux quartiers où des jeunes continuaient à se rassembler mardi pour discuter, pour jouer au basket ou au foot, "on va y aller en douceur mais de plus en plus fermement",  poursuit le haut gradé francilien. "Pour celles et ceux qui n’auront pas vraiment compris dans les jours à venir, je pense que l’on sera plus crédible avec les amendes à 135 euros à venir."

Le préfet de Paris Didier Lallement l’a annoncé lui-même ce mardi, plus de 3 000 policiers mettront la capitale sous cloche aux "heures de pointe", sur 150 points de contrôle fixes. Métros, gares, entrées et sorties du périphérique… Les contrôles seront sans doute facilités si l’on compte aussi peu d’affluence que mardi soir à 20 heures sur les bords de Seine : quelques voitures seulement, des bus vides, pas ou très peu de piétons et de rares joggers en solo.  Le préfet a adopté un ton devenu habituel ces derniers mois : "Vous me connaissez, je vais faire comprendre assez vite les consignes".

La vidéo surveillance comme mode d’alerte 

Dans toutes les agglomérations grandes et moyennes, toutes celles qui relèvent de la "zone police", les mêmes schémas seront mis en place, avec des patrouilles mobiles et des points de contrôles fixes sur des axes stratégiques. Un haut cadre du ministère de l’Intérieur confirme que la pédagogie et le ton conciliant de ce début de semaine devraient rapidement changer si les agents tombent sur des adultes ou des adolescents à la mauvaise foi évidente. Pour les éventuels rassemblements ou les files d’attente devant les commerces de bouche et les pharmacies, où ne serait pas respecté le déjà fameux "mètre d’écart" entre les clients, la vidéo protection des municipalités pourra orienter les patrouilles.

L’autre grand objectif du déploiement massif des forces de l’ordre, c’est de surveiller les commerces qui ont fermé depuis le weekend dernier, pour les protéger des vols. Cette protection concerne aussi ceux qui sont ouverts et les centres d’approvisionnement souvent situés dans des zones industrielles désormais désertées.

La sécurité des policiers en question

Une des modalités organisationnelles choisies pour protéger les équipes de la contamination, c’est un partage de chaque peloton d’interventions de la gendarmerie (PSIG) en trois groupes de dix, qui ne se côtoieront plus. Au cas où un agent déclarerait des symptômes du coronavirus, son groupe sera mis en quatorzaine et les deux autres unités pourront continuer à patrouiller.

Mais des syndicats de policiers ont haussé sérieusement le ton ce mardi. Menaces d’exercer leur droit de retrait, tracts incendiaires pour demander où sont "ces putains de masques" : les gardiens de la paix n’ont pas vraiment apprécié les propos de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, expliquant que la dotation des forces de l’ordre en masques de protection n’est pas prioritaire.

Bien qu’acceptant qu’ils ne soient évidemment pas prioritaires vis-à-vis des personnels soignants, les policiers veulent néanmoins pouvoir disposer de quelques masques dans les accueils de commissariats et dans les voitures de patrouilles, au cas où une intervention s’avèrerait sensible et où il ne serait pas possible de garder une distance d’un mètre avec la personne contrôlée. "Comme si les policiers étaient déjà immunisés !", dénonce le syndicat Alternative police. L’UNSA brandit le droit de retrait si rien n’est fait, Alliance promet "d’entrer en résistance si jamais rien ne change ce mercredi" et SGP force ouvrière Police ne décolère pas sur l’absence de consignes claires et nettes.

Des directives "totalement contradictoires"

Les syndicats policiers, des gardiens de la paix aux commissaires, expliquent n’avoir tout bonnement rien compris à certaines directives et notes internes, "totalement contradictoires". Le directeur général de la Police Nationale a donné, selon plusieurs sources, son feu vert pour que celles et ceux qui disposeraient déjà de masques puissent les porter s’ils le souhaitent.

Mais sur le terrain, dans certains commissariats où il y avait quelques stocks en réserve, on les a laissés au placard, fulmine Fabien Vanhemelryck, le patron d’Alliance Police au micro de France Inter : "Parce que certains dans des directions centrales et départementales ont estimé au contraire que ça ferait peur aux citoyens, et ce serait aussi pour faire des économies ! C’est totalement scandaleux."

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