Après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hypercacher, l'Union européenne a demandé à Europol de traquer la propagande djihadiste en ligne. Les géants du web coopèrent.

Europol parvient à 90% à se faire entendre des plateformes
Europol parvient à 90% à se faire entendre des plateformes © Reuters / Dado Ruvic

La guerre contre l'Etat islamique passe aussi par le web

Trois semaines après le 13 novembre, le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avaient réuni les grands fournisseurs de service internet pour remettre le sujet à l'ordre du jour. A la Haye, l'office européen de police avait reçu en mars 2015 le mandat de lutter contre la propagande djihadiste. Europol a installé en juillet 2015 son unité de signalement internet (en anglais "IRU, internet referral unit"), qui compte aujourd'hui 23 personnes, et met en avant ses résultats.

Premier axe de cette lutte : l'expertise, développée depuis plusieurs années, d'identification des contenus produits par Al Qaida ou le groupe Etat islamique. Quand Europol signale un contenu, "il est assez clair en terme de propagande, de soutien ou d'appel aux actions violentes" explique Vincent Semestre, le chef de l'unité. Difficile alors de brandir l'argument de la liberté d'expression.

La rencontre de l'obscurantisme et de la génération YouTube

La traque aux contenus djihadistes s'est d'ailleurs passablement compliquée avec le groupe Etat islamique : "ce qui a changé depuis l'avènement de DAECH et leur prise de territoire sur internet, c'est que la propagande est totalement décentralisée. Les personnes qui sont derrière ont une très bonne connaissance d'internet et des réseaux sociaux. C'est l'idéologie la plus obscurantiste qui rencontre la génération YouTube. On est dans une approche très rapide de publication, sur de nombreuses plateformes en simultané, dans plusieurs langues". Après les attentats de Bruxelles, le 22 mars, neuf vidéos originales ont ainsi été mises en ligne en une semaine sur plus de vingt plateformes.

Europol a travaillé avec plus de 70 plateformes, en huit langues, dont les géants Google, Facebook ou Twitter. L'unité leur a déjà signalé plus de 15 000 contenus, en essayant de les repérer très vite après leur publication. Dans 90% des cas, les contenus ont été retirés : "on est dans une approche de coopération volontaire. Nous transmettons l'information aux plateformes, à charge pour elles d'évaluer si oui ou non cela doit rester sur leur serveur." En général, la réponse est non.

Europol pense avoir trouvé la méthode pour contrecarrer la diffusion de la propagande au plus grand nombre : "le mandat de l'unité était de limiter l'accessibilité des contenus pour les populations les plus fragiles. La propagande se doit d'être visible, l'idée c'est de la limiter là où elle est beaucoup vue".

L'exemple des douze jeunes interpellés en France l'été dernier, après avoir été manipulés sur la messagerie Telegram par un djihadiste français en Syrie, montre toutefois que le groupe Etat islamique a d'autres moyens de cibler des personnes fragiles...

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