Avec dix cas confirmés en prison et 450 détenus présentant des symptômes de coronavirus, l'épidémie est bel et bien entrée en prison. Or la promiscuité, les conditions d'hygiène, en font une véritable cocotte-minute. D'où des mesures qu'a précisées la Garde des Sceaux ce jeudi matin sur France Inter.

Vue de l'intérieur de la prison de Bayonne
Vue de l'intérieur de la prison de Bayonne © Radio France / Oihana Larzabal

"La question de la détention, c’est l’une de mes principales préoccupations", assure Nicole Belloubet. Et pour cause : avec plus de 70.000 détenus, pour un peu plus de 61.000 places, les prisons françaises sont déjà en situation de tension en temps normal.

Ajoutez-y un virus capable de se transmettre rapidement, et vous obtenez une situation proche de l'explosion. "Une petite guerre", craignait même un détenu interrogé par France Inter. En Italie, l'arrêt brutal des parloirs avait par exemple provoqué des mutineries, la mort de 12 détenus et une quarantaine de blessés chez les surveillants.

Le coronavirus est-il arrivé déjà en prison ?

Oui. La Garde des Sceaux a évoqué jeudi matin sur notre antenne plusieurs cas avérés de détenus infectés par le coronavirus : "Dix détenus ont été testés positifs, et 450 sont symptomatiques", donc présentent des signes de maladie même s'ils n'ont pas été testés. Elle explique également avoir pris deux types de mesures pour éviter une crise pénitentiaire en plus de la crise sanitaire.

Quelles sont les mesures pour lutter sur le plan sanitaire ?

Les parloirs sont "suspendus", mais avec "des mesures de compensation" : les détenus ne pouvant plus voir leurs proches (qui sont de toute façon confinés eux aussi) ont droit à un forfait téléphonique de 40 euros, ainsi que l'accès gratuit à la télévision.

Les promenades sont "maintenues mais aménagées en petits groupes". Enfin, Nicole Belloubet annonce l'arrivée massive de masques pour les personnels pénitentiaires : "nous avons 116.000 masques dans les établissements, et la possibilité d'avoir accès à 100.000 autres".

Va-t-on libérer des détenus plus tôt ?

Oui, et c'est une mesure qui a immédiatement fait polémique : envisager, au cas par cas, de "soulager la tension pénitentiaire" (autrement dit la surpopulation), en libérant un peu plus tôt que prévu certains détenus en fin de peine.

Une idée révélée mercredi par un communiqué du syndicat FO-Pénitentiaire, majoritaire chez les personnels carcéraux : "Des ordonnances vont être prises permettant la libération anticipée des  détenus en fin de peine. Ce qui permettra la libération d'environ 5.000 détenus." Une perspective qui a provoqué la colère des personnels. La ministre a confirmé l'idée ce matin, mais en précisant des conditions strictes.

Va-t-il vraiment y avoir 5.000 libérations ?

Non, il n'y aura pas une "vague" de plusieurs milliers de libérations automatiques : c'est plus compliqué que cela. "Nous examinons au cas par cas les situations des personnes à deux mois de la fin de leur détention", assure ainsi Nicole Belloubet, qui se dit "opposée à une mesure générale", y compris pour les personnes en détention provisoire (pas encore jugées).

Parmi ces détenus, certains sont exclus d'office de ces libérations anticipées : ceux "condamnées pour des faits criminels graves, de terrorisme ou des violences intra-familiales". Enfin, les détenus concernés doivent pouvoir rester confinés chez eux après leur sortie de prison : pour être libéré en avance, il faudra donc avoir un logement.

Ces libérations s'ajouteront à un autre phénomène qui réduit mécaniquement le nombre de détenus : "Du fait d'une activité juridictionnelle réduite, il y a beaucoup moins d’entrées en détention", rappelle la Garde des Sceaux. "Depuis le début du confinement, il y a déjà 1.600 détenus en moins."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.