Il avait reconnu les faits, pensant éviter un vrai procès pour corruption. C'est raté. Vincent Bolloré devrait (sauf éléments nouveaux) être bel et bien jugé lors d'un procès devant une chambre correctionnelle.

Vincent Bolloré et son avocat Me Olivier Baratelli, à la sortie de l'audience où la juge a refusé d'homologuer son plaider coupable
Vincent Bolloré et son avocat Me Olivier Baratelli, à la sortie de l'audience où la juge a refusé d'homologuer son plaider coupable © Radio France / Emanuel Leclère

Accusé d'avoir gonflé des contrats de communication pour la présidentielle 2010 du président du Togo, via sa filiale Havas pour s'assurer des avantages fiscaux et d'exploitations notamment du port de Lomé, le milliardaire breton comparaissait ce vendredi 26 février devant le tribunal de Paris, dans le cadre d'une procédure dite de "plaider coupable". Les peines d'amendes avaient été négociées en amont, pendant deux mois avec le parquet national financier. Sauf que le tribunal parisien en a décidé autrement... 

À l'énoncé de la décision de la juge Isabelle Prévost-Desprez, dans la grande salle d'audience 2.13 du palais de justice de Paris presque vide, Vincent Bolloré et son avocat Olivier Baratelli sont restés assis sur leur banc, comme groggy, pendant de longues minutes avant de quitter rapidement le tribunal et de refuser le moindre commentaire. 

"Veuillez me pardonner, affaire en cours, pas de commentaire", ont juste lâché l'homme d'affaire et son avocat avant de s'engouffrer dans l'ascenseur. "Affaire en cours", effectivement, alors que l'ancien patron du groupe, qui porte son nom, semblait penser que cette histoire d'accusation de corruption au Togo, qui dure depuis plus de 10 ans, allait s'achever discrètement à la mi-journée avec cette procédure du plaider coupable à la française.

Un camouflet pour Vincent Bolloré et le parquet national financier (PNF) ? 

La juge Isabelle Prévost-Desprez n'aura suivi qu'en partie les réquisitions négociées par le Parquet national financier. Elle a validé la partie de la procédure qui concerne le groupe Bolloré en tant que personne morale, en échange d'une amende de 12 millions d'euros et d'un programme de contrôle obligatoire par l'agence française anticorruption  pendant deux ans. Ce qui devrait coûter 4 millions de plus à l’entreprise, donc 16 millions au total.

Mais le tribunal a donc refusé d'homologuer tout ce qui concerne Vincent Bolloré et deux de ses anciens bras droits en Afrique en tant que personnes physiques. La juge Isabelle Prévost-Desprez a visiblement estimé que les faits étaient trop graves pour être jugés de la sorte, c’est-à-dire en quasi catimini, et que les peines (375 000 euros d’amende et pas d'inscription au casier judiciaire) n’étaient pas adaptées à la nature des faits. Elle a évoqué "un trouble à l'ordre public et économique", "une atteinte à la souveraineté du Togo" avant de demander un renvoi devant un tribunal correctionnel.

Ce couperet est inattendu et rarissime. Et la journée était d’autant plus surprenante que Vincent Bolloré venait de reconnaître publiquement, à la barre d'un tribunal, pour la première fois de sa carrière, des faits de corruption active en Afrique.

Durant de nombreuses années, Vincent Bolloré a en effet systématiquement attaqué – et fait condamner à de nombreuses reprises – les médias qui enquêtaient et relayaient des accusations de corruption en échange d'attribution (avec ou sans appel d'offre) de concessions portuaires en Afrique.