Après une réunion à l’Elysée avec les principaux syndicats de policiers et le chef de l'état Bernard Cazeneuve a dévoilé mercredi un plan d'urgence pour tenter de calmer la grogne

les policiers ont encore manifesté mercredi à Paris
les policiers ont encore manifesté mercredi à Paris © AFP / Simon Guillemin / Hans Lucas

Un plan qui prévoit d'abord de mieux équiper les gardiens de la paix qui vont dans certains quartiers sensibles et de modifier la nature de certaines missions et les modalités d'interventions.

Dans l'entourage de Bernard Cazeneuve on reconnait qu'il y a eu des priorités depuis les attentats : d’équiper d'abord les unités les plus spécialisées. Mais qu'après les tentatives d'assassinats de Viry-Châtillon il y avait une grande urgence à bien mieux protéger les Gardiens de la paix, celles et ceux qui risquent leur vie quotidiennement dans certains quartiers sensibles.

Ils recevront dès le début de l'année prochaine de nouveaux gilets pare-balles - plus de 20 000 sont en commande -, des casques et visières de protection, des boucliers, et surtout de nouvelles armes pour remplacer leur vieux Beretta, ainsi qu'un fusil d'assaut, le HK36, déjà livré dans les brigades anti criminalité.

Ensuite pour intervenir de façon plus efficace dans des zones où les forces de l'ordre dérangent de plus en plus, Bernard Cazeneuve a donné des ordres immédiats pour des équipages de trois agents par voiture. Des voitures renouvelées en bonne partie l'année prochaine, plus spacieuses plus protégées, et des agents qui devraient être rapidement redéployées enfin vers leur cœur de métier. Finies donc les gardes statiques devant les tribunaux et les préfectures et la perte de temps dans les hôpitaux pour accompagner des personnes en état d'ébriété.

Un plan à 250 millions d'euros mais également des mesures qui ne coûtent rien mais sont juridiquement très sensibles

Des mesures symboliques comme l’ouverture immédiate de négociations sur le statut de la légitime défense des policiers et de nouveaux engagements pour anonymiser les agents dans l'exercice de leur métier.

Les ministères de l'Intérieur et de la Justice vont donc étudier "les conditions d'évolution de la légitime défense", dont les policiers réclament l'assouplissement des règles, afin de faire des "propositions", dès la fin novembre, au Parlement, a annoncé Bernard Cazeneuve. "Les conditions d'évolution de la légitime défense vont être étudiées pour protéger au maximum les forces de l'ordre dans un cadre juridique scrupuleusement conforme à l'Etat de droit", a affirmé le ministre de l'Intérieur à l'issue d'une rencontre avec les syndicats de policiers à l'Elysée.

le plan de Bernard Cazeneuve pour la Police
le plan de Bernard Cazeneuve pour la Police © Visactu

Syndicats satisfaits et soulagés mais une base difficile à convaincre

Les annonces de Bernard Cazeneuve ont satisfait les syndicats, qui ont salué des mesures "très importantes". "Nous attendons bien évidement que, très rapidement, elles soient mises en oeuvre", a réagi Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix, saluant "une avancée importante" notamment pour ce qui concerne la fameuse "légitime défense".

Les policiers demandent une révision de la légitime défense car les policiers sont en infériorité juridique par rapport aux délinquants

Jean claude Delage, le secrétaire général d'Alliance le premier syndicat de policiers chez les gardiens de la paix policiers avec Emmanuel leclere

Si les annonces de Bernard Cazeneuve ont satisfait les syndicats, qui ont salué des mesures "très importantes", certains policiers de la base n'ont pas été convaincus par ces annonces et ont à nouveau manifesté durant la nuit au Mans, à Marseille ou à Lyon, Nancy, Strasbourg, Nantes ou Nice. A Paris, quelques centaines de manifestants ont défilé jusqu'à l'hôpital Saint-Louis, où un de leurs collègues grièvement brûlé par un cocktail Molotov à Viry-Châtillon (Essonne) le 8 octobre est soigné.

Il semble tout de même que l'heure soit à la concertation plutôt qu'à la manifestation

Mercredi plusieurs des policiers présents devant l'Assemblée nationale nous ont expliqué qu'ils allaient désigner des représentants départementaux, en particulier en l’Île de France. Ils souhaitent ensuite avoir un rendez-vous avec le ministère de l'Intérieur pour faire entendre leur voix et leurs revendications hors de toute organisation syndicale. Les moyens annoncés par le gouvernement seront sans nul doute bien accueillis, mais les policiers attendent maintenant de voir les effets concrets. De plus certains volets n'ont pas été abordés : que ce soit la gestion du management ou le déroulement de carrières, et leur attente à ce sujet est grande.

Robert Paturel, le porte-parole des policiers frondeurs actuellement à l'étranger, a publié mercredi un message Facebook. L'ancien formateur du Raid pense que le mouvement des policiers en colère va s'apaiser doucement après les déclarations du ministre de l'intérieur. "Je n'ai même pas eu le temps d'aller pousser un coup de gueule, maintenant ce serait déplacé écrit-il, mais restons mobilisés quand même".

Pour sonder les policiers frondeurs sur la pertinence des mesures, le "Collectif policiers en colère", a lancé une consultation jeudi matin sur internet : "Estimez-vous que le ministre a répondu aux demandes, à toutes les demandes? Si oui, le mouvement doit-il s'arrêter et si non, doit-il continuer ?".

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