Alors que huit policiers sur dix sont syndiqués, quelles sont les raisons du désamour qui conduit les policiers à revendiquer seuls, sans l'appui des confédérations

Trois syndicats appelaient à manifester mardi devant les tribunaux pour dénoncer notamment le "laxisme" de la justice
Trois syndicats appelaient à manifester mardi devant les tribunaux pour dénoncer notamment le "laxisme" de la justice © Maxppp / Ian Langsdon/EPA

Le chef de l’Etat reçoit ce mercredi à 18h les grandes confédérations syndicales de la Police, débordées ces dernières semaines par une partie de leur base, alors que près de 80% des policiers sont syndiqués, contre 10% dans les autres professions.

Mardi, par exemple, les syndicats de policiers Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix, Synergie Officiers, l'Unsa et des syndicats de commissaires (SCPN, SICP) ont très peu mobilisé avec leur premier appel à se rassembler devant les tribunaux pour dénoncer notamment le "laxisme" de la justice à l'égard des agresseurs des forces de l'ordre.

Une faible mobilisation comparée aux manifestations qui se déroulent chaque soir, depuis neuf jours, un peu partout en France et qui voient des centaines de policiers se rassembler, hors de tout cadre syndical.

Pourquoi les ce désamour alors que ce métier connait portant un taux de syndicalisation très important ?

Des confédérations minées par de profondes luttes de pouvoir ces dernières années, plus intéressées à peser sur les carrières et les avancements des policiers au détriment de ce qui se passe vraiment sur le terrain, voilà se que sont devenus les syndicats, selon leurs détracteurs.

Ce sont les négociations post attentat avec Bernard Cazeneuve, Matignon et l’Elysée qui ont fait éclater une unité syndicale de façade chez les policiers. Des négociations pour un rattrapage massif des postes liquidés sous Nicolas Sarkozy et des budgets de fonctionnement qui vont avec. Le refus de Force Ouvrière de signer le plan de rattrapage a déclenché des mois de tensions avec la place Beauvau. Des tensions liées à la concurrence exacerbée entre le deuxième syndicat - Force Ouvrière donc -et le syndicat Alliance, arrivé en tête aux dernières élections professionnelles de 2014 et logiquement devenu l’interlocuteur privilégié du ministre de l’Intérieur, même s’il est catalogué à droite politiquement et même sarkozyste pour son secrétaire général Jean-Claude Delage.

Deux syndicats secoués eux même par les dissidence internes, au point que plusieurs responsables nationaux et régionaux des deux organisations se sont rassemblés pour fonder un nouveau syndicat du côté de la CFDT.

Les dissidents, les syndicats minoritaires et une grande partie des policiers non syndiqués parmi les Gardiens de la paix, n'ont pas cessé de dénoncer la stratégie du gouvernement consistant à déployer en priorité les efforts en moyens humains et en matériel sur les unités d'élite, alors qu’eux considèrent, au delà du terrorisme, qu'ils sont ceux qui sont en première ligne face à l'ultraviolence grandissante et quotidienne dans certains quartiers.

"On ne nous a pas donné les moyens d'être efficaces, c’est pour ça qu'on aboutit à la situation actuelle"

Lorsque l'on entend Céline Berthon, secrétaire générale du Syndicat des Commissaires de Police (majoritaire) évoquer avec Nathalie Hernandez ce qu'elle attend du Président de la République, l'impression est celle de quelqu’un qui demande de l'aide pour éviter que les syndicats perdent encore plus le contrôle de la situation.

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