Reportage assez rare : nous sommes entrés au CRA 2 du Mesnil-Amelot, près de l'aéroport de Roissy. Visite dans le secteur des familles et des femmes, aux côtés de Xavier Iacovelli, sénateur socialiste des Hauts de Seine qui a exercé son droit de visite parlementaire. Il en sort ébranlé.

Dans l'enceinte du CRA 2, secteur "familles" du Mesnil-Amelot
Dans l'enceinte du CRA 2, secteur "familles" du Mesnil-Amelot © Radio France / Béatrice Dugué

Quelques jeux pour enfants - un toboggan, une petite balançoire. Des couleurs vives pour les bâtiments - le turquoise et le rose fuchsia. Cela ne suffit pas à égayer ce quartier des familles du centre de rétention du Mesnil-Amelot, en Seine et Marne, à quelques kilomètres de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Les chambres sont spartiates, closes par des grilles le soir, les sanitaires guère engageants. "On ne nettoie pas bien, les toilettes sont sales, c'est un peu difficile", témoigne Héritier, congolais. Lui et sa femme ont été arrêtés à Roissy avec de faux papiers, en février dernier : ils sont en rétention depuis le 12 mars. "Ça gratte, ça démange tout le temps, c'est pas bon du tout" se désole Mavinga, homosexuelle angolaise, dont la demande d'asile a été rejetée deux fois. Elle est venue pour "les droits de l'homme". Elle n'a, dit-elle rien volé, ni tué personne et elle se retrouve bloquée là, désœuvrée. 

Zone "familles" du CRA2 du Mesnil-Amelot. Grilles fermées le soir.
Zone "familles" du CRA2 du Mesnil-Amelot. Grilles fermées le soir. © Radio France / Béatrice Dugué

"Pas de liberté ici"

Xavier Iacovelli est catégorique : ça n'est pas un lieu pour les enfants. En fond sonore, un avion qui atterrit ou un haut parleur qui appelle les retenus à intervalles réguliers. "Moi, j'ai deux enfants, je ne les imagine pas ici, dans la cour. Même s'il y a un toboggan. Il y a des barbelés, un grillage, ce sont des cellules fermées le soir. Il n'y a pas de liberté ici. C'est une prison ! Les enfants sont incarcérés". Pas de famille avec enfants quand l'élu visite, mais la semaine dernière encore, un couple d'Algériens a été retenu là avec des bambins d'un et trois ans. Depuis début janvier, quatorze familles ont été placées au Mesnil-Amelot. Certaines ont été libérées sur décision du tribunal administratif. 

Le tableau des arrivées et des départs pour chaque retenu, chaque famille retenue
Le tableau des arrivées et des départs pour chaque retenu, chaque famille retenue © Radio France / Béatrice Dugué

Ces jours sont désastreux pour les enfants, expliquent les accompagnatrices juridiques en rétention pour la CIMADE (l'association est présente au sein du CRA) : "Certains ont des crises de panique la nuit, refont pipi au lit. Souvent ils arrêtent de manger". Mathilde Godoy raconte qu'il y a peu, une petite de 2 ans a perdu 2 kilos très vite. "Les enfants perdent aussi confiance en leur parents", dit-elle, parce que ces derniers ne peuvent pas les protéger des moments traumatisants que sont les arrestations, et l'emprisonnement.

"On n'enferme pas un enfant : point !"

"Vous avez la clef !" : c'est le nom de la campagne que lance l'UNICEF contre l'enfermement des enfants en France. L'année dernière, 208 mineurs ont été placés en rétention administrative avec leurs parents sans papiers, en métropole (1221 à Mayotte), selon l'agence onusienne qui défend la condition des enfants. Elle initie une pétition en ligne pour sensibiliser le grand public, aux conséquences de ces enfermements. Elle est soutenue par une vingtaine d'associations, ONG et syndicats. Elle cible notamment le préfet de Moselle, à l'origine de près de la moitié des mesures de rétention de familles avec enfants. L'UNICEF le rencontrera dans quelques jours.

La Convention internationale des Droits de l’Enfant prévoit que "dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale". Or, le Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies, organe de contrôle et de mise en oeuvre de la Convention, a eu l’occasion d’affirmer à plusieurs reprises que la détention d’un enfant au motif du statut migratoire de ses parents constitue une violation des Droits de l’Enfant, et est contraire au principe de l’intérêt supérieur de l’enfant. "On n'enferme pas un enfant. Point !" revendique l'UNICEF.

L'entrée du centre de rétention
L'entrée du centre de rétention © Radio France / Béatrice Dugué
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.