Dès la première question qui lui est posée, il l’évoque. Daniel Legrand est sous « lourd traitement ».

« J’ai des pertes de mémoire », insiste-t-il. Et effectivement, l’accusé de ce troisième procès Outreau n’a pas l’air au mieux de sa forme. Reconnu adulte handicapé, il vit désormais chez sa mère, sans emploi et sans guère plus de perspectives.

Lorsqu’il prend la parole, invité à raconter son parcours par le président, on croirait entendre un enfant. Accent du Nord très prononcé, mains sur les hanches, ce jeune homme de 33 ans raconte :

« J’ai plutôt eu une bonne enfance. Moi c’était football, football, football. J’ai même arrêté l’école à 16 ans pour me consacrer au football. »

Une passion qui, visiblement, plaisait peu à son père. « Mon père sa passion c’était le travail et moi c’était le football. C’est sûr qu’il était remonté quand même, il me faisait comprendre qu’il fallait travailler. »

L’école vous n’aimiez pas trop ?, lui demande le président.

  • « Je pensais qu’à la récréation pour aller jouer au football. »

  • « Vous pensiez en faire votre métier ? »

  • « J’aurais bien aimé. J’avais le niveau. J’étais au dessus du lot. »

A l’époque, Daniel Legrand rêvait ballon rond et club à intégrer. Pourquoi pas Boulogne, ou même de « grands clubs ». A petites touches, réponse par réponse, on devine qu’il n’y a pas grand chose d’autre dans la vie de l’adolescent Daniel Legrand : « c’était pas évident à l’époque parce qu’on a perdu notre maison avec mes parents. Je dormais dans la voiture avec mon père alors des fois je manquais le travail. »

Il y avait bien des « copains de quartier », mais ils n’ont pas été entendus dans la procédure. Quelques relations, certes : « j’ai juste eu des flirts, mais pas très longtemps. Moi c’était toujours football, football, football, je me préoccupais pas des femmes. Je suis resté vierge très tard. »

« Pourquoi ? », interroge le président

« J’étais timide. Mais … l’affaire d’Outreau ça m’a enlevé ma timidité. »

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